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Les enfants d'Icare

Электронная книга - «Les enfants d'Icare». Краткое содержание книги:

« Il se trouvait à un moment où l’Histoire retient son souffle, où le présent se détache de ce qui a été… Toutes les réussites du passé se trouvaient réduites à néant, mais une seule pensée revenait inlassablement dans l’esprit de Reinhold comme un écho tenace : désormais l’homme n’était plus seul dans l’univers. »
L’astronef étranger s’était posé sur Terre et nul ne l’avait vu arriver. Maintenant qu’il était là, plus rien ne serait comme avant. Sans se montrer, ses occupants ne tardent pas à imposer leur volonté à l’homme. Ils exigent et obtiennent le désarmement général.
L’action des Suzerains est incontestablement bénéfique et cependant un doute terrible subsiste… Pourquoi aucun humain n’a-t-il pu les apercevoir ? L’existence de l’humanité n’est-elle pas menacée ?
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L’événement se produisit à une vitesse vertigineuse. Jan avait sous les yeux un décor agreste, un aimable paysage fertile avec, seul détail insolite, ces innombrables petites statues disséminées – sans que le hasard y fût pour rien – sur toute son étendue. En l’espace d’un instant, tout – les arbres, l’herbe, les animaux qui peuplaient ce coin de terre – tout se volatilisa, s’évanouit, cessa d’exister. Seuls demeuraient les lacs sereins, les cours d’eau aux méandres sinueux, l’étagement des collines rousses dépouillées de leur verdoyante parure – et les silhouettes silencieuses, indifférentes, artisanes de cette destruction.

— Pourquoi ont-ils fait ça ? demanda Jan.

— Peut-être que la présence d’autres esprits, même les esprits rudimentaires des plantes et des animaux, leur déplaisait. Nous pensons qu’ils finiront un jour par trouver que l’univers matériel les distrait également. Qui sait ce qui arrivera alors ? Vous comprenez maintenant pourquoi nous nous sommes retirés une fois accomplie notre mission. Nous continuons de les étudier mais nous ne pénétrons jamais dans leur territoire et nous n’y envoyons même pas d’appareils. Nous les observons depuis l’espace, nous n’osons pas faire plus.

— Cet épisode remonte à bien des années. Que s’est-il passé depuis ?

— Très peu de chose. Ils n’ont pas bougé d’un pouce pendant tout ce temps. Qu’il fasse jour ou nuit, que ce soit l’hiver ou l’été, ils ne réagissent pas. Ils en sont encore à tester leurs pouvoirs. Le cours de quelques rivières s’est modifié et il y en a une qui coule d’aval en amont. Mais ils n’ont rien fait qui semble répondre à un motif précis.

— Et ils se désintéressent entièrement de vous ?

— Oui, mais cela n’a rien de surprenant. La… l’entité dont ils participent sait tout sur notre compte. Il lui est apparemment égal que nous cherchions à l’étudier. Quand elle voudra que nous partions ou si elle a une nouvelle mission à nous confier sur un autre monde, elle nous manifestera son désir de la manière la plus claire qui soit. D’ici là, nous resterons sur la Terre afin que nos savants collectent le maximum d’informations possible.

C’est donc la fin de l’homme, songea Jan avec une résignation au delà de la tristesse. Une fin qu’aucun prophète n’avait jamais annoncée, une fin désavouant aussi bien l’optimisme que le pessimisme.

Et néanmoins appropriée : elle avait la sublime inéluctabilité d’un grandiose chef-d’œuvre. Jan avait eu un fugitif aperçu du cosmos et de sa terrifiante immensité, et il savait maintenant que l’homme n’y avait pas sa place. Il réalisait enfin la vanité ultime de l’utopie qui l’avait leurré. Il avait rêvé des étoiles. Or, la route qui conduisait aux étoiles bifurquait et la destination à laquelle menait chacune de ses branches était étrangère aux espoirs comme aux craintes des humains.

Au bout de la première voie, il y avait les Suzerains. Ils avaient conservé leur individualité, l’indépendance de leur ego, ils avaient conscience de leur moi et le pronom « je » avait un sens dans leur langue. Ils éprouvaient des émotions dont au moins quelques-unes étaient communes à leur espèce et à l’humanité. Mais – et Jan s’en rendait compte à présent –, ils étaient bloqués dans une impasse dont ils ne s’évaderaient jamais. Leur intelligence était dix fois, cent fois plus puissante que l’intelligence humaine, mais en dernière analyse, cela ne faisait aucune différence. Ils étaient aussi désarmés, aussi désorientés que les hommes en face de l’inconcevable complexité d’une galaxie de cent mille millions de soleils et d’un cosmos de cent mille millions de galaxies.

Et qu’y avait-il au bout du second embranchement ? Le Maître Esprit, quel qu’il pût être, qui était à l’homme ce que l’homme était à l’amibe. Depuis combien de temps cette entité potentiellement infinie et immortelle absorbait-elle races sur races à mesure qu’elle s’étendait à travers les étoiles ? Avait-elle aussi des désirs, des buts qu’elle pressentait obscurément et n’atteindrait peut-être jamais ? Elle avait désormais pris possession de tout ce que la race humaine avait conquis. Ce n’était pas une tragédie mais un accomplissement. Les milliards d’éphémères étincelles de conscience qui avaient été le tissu de l’humanité ne scintilleraient plus comme autant de lucioles dans la nuit. Mais elles n’avaient pas vécu en vain.

Le dernier acte n’était pas encore joué, Jan le savait. Le rideau tomberait demain ou il tomberait dans des siècles. Les Suzerains eux-mêmes ignoraient quand.

Jan comprenait maintenant leur objectif, il comprenait ce qu’ils avaient fait pour les hommes et pourquoi ils s’attardaient encore sur la Terre. Il éprouvait un profond sentiment d’humilité et admirait l’inexorable patience d’une si longue attente.

Jamais il ne connaîtrait entièrement l’histoire de l’étrange symbiose du Maître Esprit et de ses serviteurs. Selon les dires de Rashaverak, le Maître Esprit était présent depuis l’aube de sa race bien qu’il n’eût utilisé celle-ci que lorsqu’elle eut édifié une civilisation scientifique et eut été à même de sillonner l’espace pour exécuter ses ordres.

— Mais pourquoi a-t-il besoin de vous ? Avec les pouvoirs effrayants dont il dispose, il pourrait sûrement faire tout ce qui lui plaît.

— Non, il a ses limitations, rétorqua Rashaverak. Nous savons que, par le passé, il a tenté d’agir directement sur l’esprit de membres d’autres races pour influer sur leur développement culturel. Cela s’est invariablement soldé par un échec, peut-être parce que l’effort est trop intense. Nous sommes ses interprètes – nous sommes les gardiens. Ou si vous préférez, pour employer une de vos images, nous labourons le champ jusqu’à ce que la récolte soit mûre. Le Maître Esprit fait alors la moisson – et nous repartons recommencer ailleurs. Votre race est la cinquième à l’apothéose de laquelle nous assistons. Chaque fois, nous en apprenons un peu plus.

— Et vous ne gardez pas rancune au Maître Esprit de se servir de vous comme d’un outil ?

— Cet arrangement présente certains avantages. D’ailleurs un être intelligent ne s’indigne pas devant l’inévitable.

C’était là une proposition que l’humanité n’avait jamais pleinement admise, se dit Jan avec une amère ironie. Il y avait certaines choses au delà de la logique que les Suzerains n’avaient jamais comprises.

— Il est quand même curieux que le Maître Esprit vous ait choisis, vous, pour faire ce travail alors que vous ne possédez pas trace des facultés paraphysiques latentes chez les Terriens. Comment entre-t-il en contact avec vous pour vous faire connaître ses instructions ?

— C’est une question à laquelle je ne puis répondre et je ne peux pas davantage vous dire pour quelle raison je suis obligé de vous dissimuler certains faits. Peut-être connaîtrez-vous un jour une partie de la vérité.

Il était inutile de poursuivre l’interrogatoire dans cette direction. Mieux valait changer de sujet avec l’espoir de recueillir plus tard des indications qui le mettraient sur la voie.

— Il y a encore quelque chose que vous n’avez jamais expliqué. La première fois que vous êtes venus sur la Terre, jadis, qu’est-ce qui a tourné de travers ? Pourquoi êtes-vous devenu le symbole de la peur et du mal pour les humains ?

Rashaverak sourit. Il s’y prenait moins bien que Karellen, mais c’était quand même une bonne imitation de sourire.

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