Les enfants d'Icare
- Автор: Кларк Артур Чарльз
- Год: 1977
- Язык: французский
- Год: J'ai Lu
- ISBN: 2-277-11799-4
- Переводчик: Michel Deutsch
- Жанр: Научная фантастика
Электронная книга - «Les enfants d'Icare». Краткое содержание книги:
L’astronef étranger s’était posé sur Terre et nul ne l’avait vu arriver. Maintenant qu’il était là, plus rien ne serait comme avant. Sans se montrer, ses occupants ne tardent pas à imposer leur volonté à l’homme. Ils exigent et obtiennent le désarmement général.
L’action des Suzerains est incontestablement bénéfique et cependant un doute terrible subsiste… Pourquoi aucun humain n’a-t-il pu les apercevoir ? L’existence de l’humanité n’est-elle pas menacée ?
C’était désormais sans importance : la Terre était au bout de la route. Il l’avait vue ainsi cent fois, mais toujours par le truchement de l’œil mécanique de la télévision. Mais enfin, il était lui-même dans l’espace tandis que s’écrivait le dernier chapitre de son rêve et, devant lui, la Terre tournait sur son orbite éternelle.
Le grand croissant bleu-vert était dans son premier quartier : plus de la moitié du disque visible était encore plongée dans l’obscurité. Il n’y avait que quelques bancs dans la zone des alizés. La calotte glaciaire arctique scintillait mais l’aveuglant reflet du soleil dans le Pacifique Nord la surpassait en éclat.
On aurait cru une planète liquide : cet hémisphère était presque entièrement dépourvu de terre ferme. Le seul continent que Jan distinguait, brume d’une teinte plus foncée marbrant le halo atmosphérique qui ceinturait le globe, était l’Australie.
Quand la nef pénétra dans le cône d’ombre, l’éblouissant croissant s’amenuisa, pâlit et s’éteignit d’un seul coup. C’étaient à présent les ténèbres et la nuit. Le monde dormait.
Ce fut alors que Jan fut frappé par une étrange anomalie. Il était au-dessus de la terre ferme. Mais où étaient les brillants chapelets de lumière, les flamboiements des cités de l’homme ? Pas une seule étincelle ne déchirait la nuit qui enveloppait l’hémisphère. Des millions de kilowatts qui se déversaient jadis avec insouciance, lancés à l’assaut des étoiles, il n’y avait plus trace. Ce que Jan avait sous les yeux aurait aussi bien pu être la Terre avant l’apparition de l’Homme.
Ce n’était pas le retour auquel il s’attendait mais il ne pouvait rien faire d’autre que regarder tandis que la peur de l’inconnu montait en lui. Il était arrivé quelque chose à la Terre – quelque chose d’inimaginable. Pourtant, le vaisseau poursuivait sa course, décrivant la boucle qui le ferait entrer dans la zone éclairée.
Jan ne vit rien de l’atterrissage car la vue de la planète fut soudain remplacée par un fouillis de tracés et de plages lumineuses qui n’avaient pas de sens pour lui. Quand l’image optique réapparut sur l’écran, la nef s’était posée. Il y avait de grands bâtiments, des machines qui allaient et venaient et un groupe de Suzerains constituant le comité d’accueil. Un chuintement assourdi s’éleva au moment de la manœuvre d’égalisation des pressions, puis Jan entendit s’ouvrir les sabords. Il n’attendit pas davantage : ce fut avec indulgence ou indifférence que les géants muets le virent se ruer hors de la salle de pilotage.
Il était rentré, c’était à nouveau l’éclat de son soleil familier qui frappait ses yeux, l’air qu’il respirait était l’air qui avait gonflé pour la première fois ses poumons quand il était venu au monde. La passerelle était déjà en place mais il dut patienter quelques instants que sa vision s’accoutumât à la lumière qui l’aveuglait.
Karellen était debout à côté d’un lourd véhicule chargé de caisses, un peu à l’écart de ses congénères. Jan ne s’étonna pas de le reconnaître et le fait que le Superviseur n’avait absolument pas changé ne le surprit pas davantage. Cela, au moins, était conforme à ses prévisions. C’était la seule chose qui le fût.
— Je vous attendais, dit Karellen.
23
— Au début, commença Karellen, nous pouvions sans danger nous mêler à eux. Mais ils n’avaient plus besoin de nous. Notre tâche était terminée. Nous les avions regroupés et leur avions donné un continent rien qu’à eux. Regardez.
Le mur auquel Jan faisait face s’effaça, remplacé par un paysage bucolique observé d’une altitude de quelques centaines de mètres. L’illusion était si parfaite qu’il eut un étourdissement passager.
— C’était cinq ans plus tard, commenta Karellen. Quand la seconde phase s’est amorcée.
Des silhouettes se déplaçaient et la caméra fondit sur elles comme un rapace sur sa proie.
— Cela va vous chagriner. Mais rappelez-vous que vos critères ne s’appliquent plus. Ce ne sont pas des enfants humains que vous voyez.
Pourtant, la première impression de Jan fut de voir des enfants humains et aucune logique au monde n’y pouvait rien. Ç’aurait pu être une tribu de primitifs exécutant une danse rituelle compliquée. Ils étaient nus, ils étaient sales et leurs cheveux emmêlés tombaient dans les yeux. Pour autant qu’on pouvait le dire, les plus jeunes avaient cinq ans et les plus âgés en avaient quinze. Néanmoins, tous se mouvaient avec la même agilité, la même précision et tous se désintéressaient aussi totalement de l’environnement.
Mais quand il vit leurs visages, Jan eut un hoquet et il dut faire un effort pour ne pas détourner les yeux. Des visages encore plus vacants que ceux des morts car le ciseau du Temps laisse sa marque sur les traits des cadavres qui portent témoignage même quand leurs lèvres sont à jamais scellées. Ces visages-là étaient aussi vides, aussi dénués d’expression et d’émotion que la gueule d’un serpent, le masque d’un insecte. Les Suzerains étaient comparativement plus humains.
— Vous cherchez une chose qui n’existe plus, fit le Superviseur. N’oubliez pas qu’ils ne possèdent pas plus d’identité que les cellules de votre corps. Mais leur union fait d’eux quelque chose de beaucoup plus grand que vous.
— Pourquoi n’arrêtent-ils pas de gesticuler ?
— Nous appelons cela la « longue danse ». Ils ne dorment pas et elle a duré près d’un an. Ils étaient trois cent millions à exécuter les mêmes figures sur tout un continent. Nous avons inlassablement tenté de les analyser, mais elles ne présentent aucune signification. Peut-être parce que nous n’appréhendons que l’aspect physique du phénomène, la petite partie qui se trouve sur la Terre. Il est possible que ce que nous avons baptisé le Maître Esprit soit encore occupé à les former, à les faire fusionner en une entité globale afin de les absorber totalement dans son être.
— Mais comment faisaient-ils pour se nourrir ? Et que se passait-il s’ils rencontraient des obstacles – des arbres, une falaise, une étendue d’eau ?
— Pour ce qui est de l’eau, cela ne changeait rien : ils ne se noyaient pas. Quand ils heurtaient un obstacle, il leur arrivait de se blesser mais ils ne le remarquaient même pas. En ce qui concerne la nourriture, ils avaient tous les fruits et tout le gibier qu’il leur fallait à satiété. Mais à présent, s’alimenter fait partie des besoins dont ils se sont affranchis. En effet, la nourriture est essentiellement une source d’énergie et ils ont appris à se brancher sur des sources d’énergie transcendantes.
L’image scintilla comme au passage d’une brume de chaleur. Quand elle s’éclaircit à nouveau, tout mouvement avait cessé.
— Regardez. Nous sommes trois ans plus tard.
Les petites silhouettes, si désarmées et si pitoyables pour qui eût ignoré la vérité, étaient immobiles et figées dans les bois, les clairières, les plaines. La caméra se promenait infatigablement de l’une à l’autre. Déjà, leurs physionomies s’uniformisaient. Jan avait eu autrefois l’occasion de voir des photographies composées à partir de dizaines de clichés superposés. Le visage « moyen » ainsi obtenu était aussi impersonnel, aussi dépourvu de caractéristiques que ceux de ces enfants.
Ils avaient l’air de dormir ou d’être en transe. Leurs yeux étaient hermétiquement clos et ils ne paraissaient pas avoir plus conscience de l’environnement que les arbres sous lesquels ils se tenaient pétrifiés. Quelles pensées, se demanda Jan, retentissaient dans la complexe trame où leurs esprits n’étaient désormais rien de plus – et rien de moins – que des fils composant une immense tapisserie ? Une tapisserie, songea-t-il brusquement, qui recouvrait de multiples mondes et de multiples races – et qui continuait de se déployer.