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Les enfants d'Icare

Электронная книга - «Les enfants d'Icare». Краткое содержание книги:

« Il se trouvait à un moment où l’Histoire retient son souffle, où le présent se détache de ce qui a été… Toutes les réussites du passé se trouvaient réduites à néant, mais une seule pensée revenait inlassablement dans l’esprit de Reinhold comme un écho tenace : désormais l’homme n’était plus seul dans l’univers. »
L’astronef étranger s’était posé sur Terre et nul ne l’avait vu arriver. Maintenant qu’il était là, plus rien ne serait comme avant. Sans se montrer, ses occupants ne tardent pas à imposer leur volonté à l’homme. Ils exigent et obtiennent le désarmement général.
L’action des Suzerains est incontestablement bénéfique et cependant un doute terrible subsiste… Pourquoi aucun humain n’a-t-il pu les apercevoir ? L’existence de l’humanité n’est-elle pas menacée ?
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« Nous pensons – mais ce n’est qu’une théorie – que le Maître Esprit cherche à croître, à étendre ses pouvoirs, à développer sa conscience de l’univers. Il est sans doute à présent la somme d’une multitude de races et il s’est depuis longtemps affranchi de la tyrannie de la matière. Il dépiste partout l’intelligence. Quand il a su que vous étiez presque prêts, il nous a dépêchés pour exécuter sa volonté, pour vous préparer à l’imminente métamorphose.

« Tous les changements antérieurs que votre race a connus ont demandé un temps immense. Mais il ne s’agit plus, cette fois, d’une transformation du corps : il s’agit d’une mutation de l’esprit. En vertu des lois de l’évolution, elle sera cataclysmique – instantanée. Elle a déjà commencé. Il vous faut regarder la vérité en face : vous êtes la dernière génération de l’Homo sapiens.

« Nous ne pouvons vous dire que fort peu de choses touchant la nature de cette transformation. Nous ne savons pas comment elle procède, nous ignorons à quel stimulus le Maître Esprit fait appel pour la déclencher quand il juge que le moment est venu. Tout ce que nous avons découvert, c’est qu’elle démarre avec un seul individu – toujours un enfant –, puis se propage de façon explosive à la manière des cristaux qui se forment à partir du premier germe dans une solution saturée. Les adultes ne sont pas touchés parce que leur esprit est déjà figé dans un moule inaltérable.

« Dans quelques années, tout sera consommé et la race humaine se sera divisée en deux rameaux. Aucun retour en arrière n’est possible et l’avenir du monde tel que vous le connaissez est clos. Tous les espoirs, tous les rêves de votre race sont éteints. Vous avez donné naissance à vos successeurs, et c’est là votre tragédie : vous ne les comprendrez jamais, vous ne pourrez jamais entrer en communication avec leur esprit. Ils n’auront pas, en vérité, un esprit dans l’acception que vous donnez à ce mot. Ils seront une entité unique, de même que vous-mêmes êtes la somme des myriades de cellules qui vous composent. Vous ne les considérerez pas comme des humains et vous aurez raison.

« Je vous dis tout cela afin que vous sachiez ce qui vous attend. Dans quelques heures, la crise éclatera. Ma tâche et mon devoir sont de protéger ceux dont j’ai été désigné pour être le gardien. Malgré les pouvoirs qui s’éveillent en eux, ils risquent d’être massacrés par les foules qui les environnent – oui, même par leurs propres parents lorsque ceux-ci comprendront la vérité. J’ai charge de les évacuer et de les concentrer dans un lieu isolé pour assurer et leur sécurité et la vôtre. Demain, mes nefs procéderont à cette évacuation. Je ne vous en voudrai pas si vous essayez de contrecarrer l’opération mais ce sera inutile. Des pouvoirs plus puissants que les miens sont en train de sortir de leur sommeil et je ne suis qu’un de leurs instruments.

« Mais ensuite… que faire de vous, les survivants, quand le dessein aura été accompli ? Le plus simple et le plus miséricordieux serait peut-être de vous anéantir, tout comme vous sacrifieriez vous-même un petit chien mortellement blessé que vous aimez. Mais je ne le puis. Votre avenir sera celui que vous choisirez pour les dernières années qui vous restent à vivre. J’espère que l’humanité ira en paix vers le grand repos, sachant qu’elle n’a pas vécu en vain. Car si ceux que vous avez engendrés vous sont totalement étrangers, s’ils ne partagent aucun de vos désirs et aucune de vos espérances, s’ils voient dans vos plus grandioses réalisations des joujoux dérisoires, il n’en demeure pas moins que c’est quelque chose de prodigieux et que vous en aurez été les créateurs.

« Quand notre race sera oubliée, une part de la vôtre vivra encore. Aussi, ne nous condamnez pas pour ce que nous avons été contraints de faire. Et rappelez-vous ceci : nous vous envierons toujours.

21

À présent, Jean ne pleurait plus. L’île scintillait de son éclat d’or dans l’impitoyable, l’inhumaine lumière du soleil quand la nef apparut entre les pics jumeaux de Sparte. C’était sur cet îlot rocheux que son fils, il n’y avait pas si longtemps, avait échappé à la mort grâce à un miracle qu’elle ne comprenait que trop bien, maintenant. Parfois, elle se demandait s’il n’eût pas mieux valu, au fond, que les Suzerains s’en fussent lavé les mains et l’eussent abandonné à son sort. La mort était quelque chose qu’elle pouvait affronter – et elle l’avait déjà fait auparavant, elle était dans l’ordre des choses. Mais ce dont il s’agissait était plus inhabituel que la mort – et plus définitif. De tous temps les hommes mouraient mais l’espèce humaine se perpétuait.

Les enfants disséminés par petits groupes sur la grève n’émettaient pas un son, ne faisaient pas un geste. Ils se désintéressaient tout autant les uns des autres que cela avait été le cas dans les foyers qu’ils quittaient pour toujours. Beaucoup d’entre eux portaient dans leurs bras des bébés trop petits pour marcher – ou qui ne désiraient pas faire appel aux pouvoirs rendant la marche inutile. Car s’ils pouvaient déplacer des objets inanimés, songeait George, ils étaient sûrement capables de léviter. Mais pourquoi les Suzerains se donnaient-ils donc la peine de venir les embarquer ?

C’était sans importance. Ils partaient et ils avaient choisi ce moyen pour s’en aller. Ce fut alors que le vague souvenir qui tracassait George fit surface. Il avait vu, il y avait bien longtemps, un vieux film d’actualités datant d’un siècle montrant un exode analogue. Cela devait remonter à la Première Guerre mondiale – ou à la Seconde. Des théories de trains bourrés d’enfants qui fuyaient les villes menacées, laissant derrière eux des parents que tant d’entre eux ne reverraient jamais. Rares étaient ceux qui pleuraient. Quelques-uns, hébétés, se cramponnaient craintivement à leur maigre bagage, mais la plupart avaient l’air d’attendre avec impatience quelque prodigieuse aventure.

Pourtant, c’était là une fausse analogie. L’histoire ne se répète pas. Aujourd’hui, ceux qui partaient, quoi qu’ils pussent être, n’étaient plus des enfants. Et, cette fois, il n’y aurait pas de retrouvailles.

La nef s’était posée au bord du rivage et profondément enfoncée dans le sable meuble. D’un seul et même mouvement, les larges sabords incurvés coulissèrent et, telles des langues de métal, les passerelles d’accès saillirent. Les silhouettes éparpillées sur la plage, enfermées dans un indicible isolement, commencèrent à se rassembler, à s’agglutiner en une foule qui avançait exactement comme l’aurait fait une foule humaine.

Isolés ? Pourquoi l’idée d’isolement m’est-elle venue à l’esprit ? se demanda George. Car, en tout état de cause, l’isolement était quelque chose qu’ils ne connaîtraient jamais plus. Seuls des individus, seules des créatures humaines pouvaient être seules et isolées. Une fois tombées les barrières, la solitude disparaîtrait à mesure que se diluerait la personnalité. Ces innombrables gouttes de pluie se fondraient dans le même océan.

La main de Jean lui étreignit plus fermement l’épaule.

— Regarde, fit-elle dans un souffle. Jeff est là. Près de la deuxième porte.

C’était très loin et il était très difficile de dire avec certitude que c’était bien lui. Les yeux de George étaient embués et cela lui brouillait la vue. Néanmoins, c’était Jeff, il n’y avait aucun doute. Il reconnaissait son fils, un pied déjà posé sur la passerelle.

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