Les enfants d'Icare
- Автор: Кларк Артур Чарльз
- Год: 1977
- Язык: французский
- Год: J'ai Lu
- ISBN: 2-277-11799-4
- Переводчик: Michel Deutsch
- Жанр: Научная фантастика
Электронная книга - «Les enfants d'Icare». Краткое содержание книги:
L’astronef étranger s’était posé sur Terre et nul ne l’avait vu arriver. Maintenant qu’il était là, plus rien ne serait comme avant. Sans se montrer, ses occupants ne tardent pas à imposer leur volonté à l’homme. Ils exigent et obtiennent le désarmement général.
L’action des Suzerains est incontestablement bénéfique et cependant un doute terrible subsiste… Pourquoi aucun humain n’a-t-il pu les apercevoir ? L’existence de l’humanité n’est-elle pas menacée ?
L’architecture était tristement fonctionnelle. Pas le moindre motif décoratif, rien qui ne répondît à une fin précise, même si celle-ci échappait souvent à Jan. Un homme du Moyen Âge voyant cette cité baignée d’une lumière sanglante et ses habitants aurait été convaincu que c’était l’Enfer. En dépit de sa curiosité et du détachement scientifique qui était le sien, Jan lui-même était parfois sur le point de céder à une terreur irraisonnée. L’absence de tout point de référence familier est capable de faire chavirer l’esprit le plus objectif et le plus lucide.
Et il y avait une foule de choses que Jan ne comprenait pas, des choses que Vindarten ne pouvait ou ne voulait pas lui expliquer. Qu’étaient ces fulgurances, ces formes changeantes qui scintillaient dans l’air et filaient à une vitesse telle qu’il ne pouvait être certain de leur existence ? Ce pouvait aussi bien être un phénomène effrayant que quelque chose d’aussi spectaculaire dans sa banalité que les enseignes au néon du Broadway d’antan.
Jan pressentait aussi que l’univers des Suzerains était rempli de sonorités qu’il ne captait pas. Il lui arrivait de percevoir des rythmes complexes qui escaladaient ou descendaient toute la gamme des fréquences audibles pour s’évanouir dans la bande des infra-sons ou des ultra-sons. Vindarten, qui ne saisissait apparemment pas ce que Jan voulait dire par « musique », ne put jamais lui donner une réponse satisfaisante.
Ce n’était pas une très grande cité : elle était beaucoup plus petite, en vérité, que Londres ou New York au temps de leur apogée. Selon Vindarten, il existait plusieurs milliers de villes analogues disséminées sur toute la surface de la planète, chacune répondant à une finalité précise. L’équivalent terrestre le plus proche de tels loci aurait été une ville universitaire, à ceci près que la spécialisation y était infiniment plus poussée. Jan avait bientôt découvert la vocation de la cité dont il était l’hôte : l’étude des cultures étrangères.
L’une des toutes premières fois qu’il avait quitté la cellule nue où il était confiné, en compagnie de Vindarten, celui-ci l’avait conduit au musée. Le fait de se trouver enfin dans un endroit dont il comprenait pleinement la destination avait donné au Terrien un coup de fouet psychologique, ce dont il avait le plus grand besoin. Abstraction faite de son échelle, ce musée aurait aussi bien pu se trouver sur la Terre. Le trajet avait été long. Le Suzerain et lui s’étaient installés sur une vaste plate-forme animée d’un mouvement régulier dirigé du haut vers le bas, tel un piston se déplaçant à l’intérieur d’un interminable cylindre vertical. Il n’y avait pas d’instruments de commande visibles et la poussée de l’accélération, au commencement puis à la fin de la descente, avait été très sensible. Sans doute les Suzerains trouvaient-ils inutile de faire usage de leurs générateurs de champs de compensation à des fins domestiques. Jan se demandait si toute la planète était criblée de puits et pourquoi la cité se prolongeait sous terre au lieu de rayonner en surface. C’était là encore une de ces énigmes qu’il n’avait jamais élucidées.
On aurait pu passer une vie entière à explorer ces salles colossales où s’entassait le butin ramené de combien de planètes ? les chefs-d’œuvre d’une inimaginable quantité de civilisations. Mais Jan n’avait pas eu le temps de voir grand-chose de ces merveilles. Vindarten lui avait fait prendre place sur une espèce de languette qui, à première vue, donnait l’impression de n’être qu’un motif décoratif incrusté dans le sol. Au moment où Jan se rappelait que la notion d’ornementation était inconnue sur ce monde, quelque chose d’invisible l’avait doucement happé et il s’était senti propulsé. Et ç’avait été à une vitesse de l’ordre de vingt ou trente kilomètres à l’heure qu’il avait longé les vitrines et les dioramas représentant d’inconcevables paysages.
Les Suzerains avaient résolu le problème de la fatigue des musées : les visiteurs n’avaient pas besoin de marcher.
Ils avaient dû parcourir plusieurs kilomètres quand Vindarten, prenant Jan à bras-le-corps, l’arracha d’un coup de ses grandes ailes à la mystérieuse force qui les entraînait. Devant eux s’étirait une salle à moitié vide aux proportions phénoménales baignant dans une lumière familière que le jeune homme n’avait pas revue depuis qu’il avait quitté la Terre ; elle était atténuée pour ne pas blesser les yeux des Suzerains mais il n’y avait pas à s’y méprendre : c’était la clarté du soleil.
Jan n’aurait jamais cru que quelque chose d’aussi commun, d’aussi banal pût faire naître une telle nostalgie en lui.
C’était donc la salle réservée à la Terre. Jan et son guide passèrent devant une admirable maquette de Paris, devant des trésors artistiques formant un méli-mélo incongru de siècles qui se télescopaient, devant des ordinateurs et des haches paléolithiques, devant des postes de télévision et devant la turbine à vapeur d’Héron d’Alexandrie. Ils franchirent ainsi quelques mètres. Puis une haute porte s’ouvrit devant eux et ils entrèrent dans le cabinet du conservateur de l’exposition terrienne.
Était-ce la première fois qu’il voyait un homme ? se demanda Jan. Était-il déjà allé sur la Terre ou la Terre n’était-elle pour lui qu’une planète parmi la multitude de celles dont il avait la charge et dont il ignorait la localisation exacte ? Une chose était sûre : il ne parlait ni ne comprenait l’anglais et Vindarten devait faire office d’interprète.
Jan avait passé là plusieurs heures à faire des commentaires dans une sorte de magnétophone tandis que les Suzerains lui présentaient successivement divers objets d’origine terrestre dont il était bien incapable d’identifier la plupart. Son ignorance touchant à sa propre race et à ses réalisations était vertigineuse et il doutait qu’en dépit de leurs prodigieuses facultés mentales les Suzerains pussent réellement appréhender la culture humaine dans sa totalité.
Vindarten lui fit suivre un autre chemin pour ressortir. À nouveau, ils glissèrent sans effort à travers des couloirs aux hautes voûtes, mais cette fois, c’étaient les créations de la nature et non celles de l’intelligence qui y étaient exposées. Sullivan aurait donné sa vie avec joie pour être là et contempler de visu les miracles qu’avait façonnés l’évolution sur cent planètes. Mais Sullivan était sans doute déjà mort à l’heure qu’il était…
Ils atteignirent une galerie surélevée dominant une vaste salle circulaire qui mesurait bien cent mètres de diamètre. Selon l’habitude, il n’y avait pas de garde-fou et Jan hésita à s’approcher, mais comme Vindarten, debout à l’extrême bord, regardait tranquillement en bas, il le rejoignit avec circonspection.
Le sol n’était qu’à vingt mètres – trop, beaucoup trop près. Par la suite, Jan eut la conviction que son guide n’avait nullement eu l’intention de lui faire peur et que sa réaction avait dérouté le Suzerain : il avait poussé un hurlement assourdissant et fait un bond en arrière. Instinctivement. Pour ne plus voir ce qu’il y avait en bas. Quand se furent éteints les échos assourdis de son cri, il se ressaisit et revint auprès de Vindarten.
Bien sûr ce n’était pas une chose vivante, elle ne le fixait pas volontairement comme il l’avait tout d’abord cru dans sa panique. Elle remplissait presque entièrement le large puits. La lumière rougeâtre dansait dans ses profondeurs cristallines.
C’était un œil. Un œil de Titan.
— Pourquoi avez-vous émis ce bruit ? s’était enquis Vindarten.
— J’ai eu peur, avait avoué Jan, tout penaud.