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Les enfants d'Icare

Электронная книга - «Les enfants d'Icare». Краткое содержание книги:

« Il se trouvait à un moment où l’Histoire retient son souffle, où le présent se détache de ce qui a été… Toutes les réussites du passé se trouvaient réduites à néant, mais une seule pensée revenait inlassablement dans l’esprit de Reinhold comme un écho tenace : désormais l’homme n’était plus seul dans l’univers. »
L’astronef étranger s’était posé sur Terre et nul ne l’avait vu arriver. Maintenant qu’il était là, plus rien ne serait comme avant. Sans se montrer, ses occupants ne tardent pas à imposer leur volonté à l’homme. Ils exigent et obtiennent le désarmement général.
L’action des Suzerains est incontestablement bénéfique et cependant un doute terrible subsiste… Pourquoi aucun humain n’a-t-il pu les apercevoir ? L’existence de l’humanité n’est-elle pas menacée ?
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Quand les trois pilotes s’étaient levés d’un même mouvement, Jan avait deviné que l’on était arrivé à destination. Ils ne dirent rien à leur passager, ils ne parlaient pas entre eux et lorsque l’un d’eux fit signe à Jan de les suivre, le jeune homme réalisa une chose qui aurait dû lui venir plus tôt à l’esprit : peut-être qu’ici, à l’extrémité de l’interminable chaîne d’approvisionnement de Karellen, personne ne comprenait un mot d’anglais.

Les trois Suzerains le regardèrent gravement quand les hautes portes s’ouvrirent devant ses yeux avides. Cet instant était le point culminant de sa vie : il était le premier être humain à poser son regard sur une planète éclairée par un soleil étranger. L’éclat de NGS 549672 envahit le vaisseau. Devant Jan s’étendait la planète des Suzerains.

À quoi s’était-il attendu ? Il ne le savait pas au juste. Des édifices colossaux, des villes dont les tours se perdraient dans les nuages, des machines inimaginables… Cela ne l’aurait pas surpris. Or, il n’y avait rien d’autre qu’une plaine presque entièrement plate s’étirant jusqu’à une ligne d’horizon curieusement rapprochée et dont la monotonie n’était rompue que par la silhouette de trois autres vaisseaux qui se dressaient à quelques kilomètres de là.

Une fois surmontée sa déception initiale, Jan haussa les épaules. Après tout, quoi de plus normal que l’existence d’un spatiodrome dans une région aussi écartée et déserte ?

Il faisait froid, mais modérément. La lumière du gros soleil rouge, bas dans le ciel, était amplement suffisante pour l’œil humain, mais Jan se demanda combien de temps s’écoulerait avant qu’il commence à avoir la nostalgie du vert et du bleu. Il remarqua soudain un gigantesque et mince croissant qui montait à l’assaut du ciel, arc de Titan accouplé au soleil, et il lui fallut un bon moment pour se rendre à l’évidence : il n’était pas encore arrivé tout à fait au terme du voyage. Ce croissant, c’était la planète des Suzerains et l’endroit où la nef s’était posée était le satellite de celle-ci, ce n’était que la base de départ des vaisseaux.

Les trois copilotes le firent monter à bord d’un navire dont les dimensions n’excédaient pas celles d’un avion de ligne terrestre et Jan se jucha dans un vaste fauteuil qui lui donnait l’impression d’être un Pygmée pour essayer de voir la planète par les hublots d’observation. Mais le trajet fut si court qu’il ne discerna guère les détails du globe qui grossissait sous ses yeux. Même à une si proche distance de leur monde, les Suzerains utilisaient vraisemblablement un mode de propulsion dérivé du générateur stellaire, car au bout de quelques minutes à peine l’appareil pénétra dans la couche atmosphérique émaillée de nuages. Quand les portes s’ouvrirent, ses occupants en sortirent. Ils étaient dans une salle close dont la voûte avait dû se refermer en coulissant car il n’y avait pas trace de panneau d’accès.

Jan ne quitta cet édifice que deux jours plus tard. Il constituait un arrivage inattendu et rien n’était prévu pour le mettre en consigne. Circonstance aggravante, aucun Suzerain ne comprenait l’anglais. Toute communication était pratiquement impossible et il se rendit compte avec amertume que, entrer en contact avec une race extraterrestre, ce n’était pas aussi simple que cela en avait souvent l’air dans les romans. Le langage des gestes se révéla singulièrement décevant : sa mimique reposait essentiellement sur des mouvements, des expressions et des attitudes qui étaient lettre morte pour les Suzerains. Il serait vraiment rageant, se disait Jan, que les seuls Suzerains à parler sa langue fussent tous sur la Terre, mais il n’avait d’autre solution que de prendre son mal en patience et d’espérer que les choses s’arrangeraient. Selon toute probabilité, quelqu’un, un savant, un spécialiste des races étrangères finirait bien par venir s’occuper de lui ! À moins qu’il eût si peu d’importance que personne n’aurait l’idée de prendre cette peine ?

Il lui était impossible de sortir car les portes n’avaient pas de mécanismes d’ouverture visibles. Elles coulissaient simplement à l’approche des Suzerains. Jan avait tenté de faire comme eux, il avait agité des objets en l’air en se mettant sur la pointe des pieds et en sautant pour le cas où la manœuvre aurait été commandée par un faisceau de rayonnement, il avait essayé tous les trucs qu’il avait pu imaginer mais en vain. Et il songeait qu’un homme de l’âge de pierre échoué dans un immeuble moderne se serait trouvé aussi démuni que lui. Une fois, il avait collé aux talons d’un Suzerain qui se préparait à sortir mais l’extraterrestre l’avait repoussé avec douceur, et comme il ne voulait surtout pas importuner ses hôtes, Jan n’avait pas insisté.

Il n’avait pas encore cédé au désespoir quand Vindarten l’avait pris en charge. Le Suzerain s’exprimait dans un anglais atroce et parlait beaucoup trop vite, mais ses progrès avaient été extraordinairement rapides. Au bout de quelques jours, Jan et lui pouvaient converser sans beaucoup de difficulté à condition que le sujet n’exigeât pas l’emploi d’un vocabulaire spécialisé.

Une fois cornaqué par Vindarten, Jan n’avait plus eu de soucis. D’un autre côté, il était dans l’incapacité de faire ce qu’il voulait car il passait le plus clair de son temps en compagnie de savants dont la grande préoccupation était d’effectuer de mystérieux tests à l’aide d’appareils compliqués dont le terrien se méfiait fort. À l’issue d’une séance au cours de laquelle une espèce de machine hypothèse avait été utilisée, il avait souffert d’une atroce migraine qui avait duré plusieurs heures. S’il ne demandait pas mieux que de coopérer, il redoutait que les investigateurs n’aient pas conscience de ses limitations, tant mentales que physiques. Il lui fallut longtemps, en tout cas, pour leur faire comprendre qu’il lui était nécessaire de dormir à intervalles réguliers.

Entre deux séances, il pouvait jeter un bref coup d’œil sur la ville et ce fut ainsi qu’il réalisa à quel point il serait difficile – et dangereux – pour lui de s’y aventurer. Il n’existait pratiquement pas de rues et l’on ignorait apparemment les véhicules de surface. C’était une cité faite pour des êtres ailés qui n’avaient pas à s’inquiéter des lois de la pesanteur. Se trouver sans avertissement au bord d’un vertigineux abîme de quelques centaines de mètres de profondeur ou découvrir que le seul accès d’une pièce était une ouverture percée très haut dans un mur, c’était pain quotidien et Jan avait commencé à se rendre compte à travers une foule de détails que la psychologie d’une race aérienne n’avait certainement rien de commun avec celle d’une race aptère.

Les Suzerains volant comme de grands oiseaux au milieu des tours à lents et puissants coups d’ailes, voilà qui était un bien singulier spectacle. Et cela posait aussi un problème d’ordre scientifique. Leur planète était grosse – plus grosse que la Terre. Or, sa gravité était faible et la forte densité de son atmosphère intriguait Jan. Quand il l’avait interrogé à ce propos, Vindarten lui avait répondu, confirmant ainsi ce qu’il avait à demi pressenti, qu’elle n’était pas le berceau de la race. Les Suzerains étaient originaires d’une planète beaucoup plus petite et quand ils avaient pris possession de celle-là, ils avaient modifié non seulement son atmosphère mais aussi sa gravité.

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