Les enfants d'Icare
- Автор: Кларк Артур Чарльз
- Год: 1977
- Язык: французский
- Год: J'ai Lu
- ISBN: 2-277-11799-4
- Переводчик: Michel Deutsch
- Жанр: Научная фантастика
Электронная книга - «Les enfants d'Icare». Краткое содержание книги:
L’astronef étranger s’était posé sur Terre et nul ne l’avait vu arriver. Maintenant qu’il était là, plus rien ne serait comme avant. Sans se montrer, ses occupants ne tardent pas à imposer leur volonté à l’homme. Ils exigent et obtiennent le désarmement général.
L’action des Suzerains est incontestablement bénéfique et cependant un doute terrible subsiste… Pourquoi aucun humain n’a-t-il pu les apercevoir ? L’existence de l’humanité n’est-elle pas menacée ?
Et Jeff se retourna. Son visage n’était qu’une tache claire. À cette distance, il était impossible de savoir s’il se rappelait ce qu’il abandonnait. Et George ignorerait à jamais si ç’avait été par hasard qu’il s’était retourné ou si, en cet ultime instant où il était encore leur fils, il savait, au moment d’entrer dans un royaume dont l’accès leur était à tout jamais interdit, que ses parents le regardaient.
Les portes commencèrent à se refermer. Alors, Fey tendit son museau vers le ciel et exhala une plainte sourde, déchirante. Quand elle tourna ses beaux yeux clairs vers lui, George comprit qu’elle avait perdu son maître. Maintenant, il n’avait plus de rival.
Pour ceux qui étaient restés, il y avait de nombreuses routes, mais une seule destination. « Le monde est toujours beau, disaient certains. Nous le quitterons forcément un jour, mais à quoi bon hâter le départ ? »
Mais ceux qui attachaient plus de prix à l’avenir qu’au passé et qui avaient été dépouillés de tout ce qui rendait la vie digne d’être vécue n’avaient pas envie de demeurer là. Ils partirent, les uns seuls, les autres avec leurs amis, chacun selon son tempérament.
Ainsi en alla-t-il d’Athènes. L’Île était née dans le feu : ce fut dans le feu qu’elle choisit de mourir. Ceux qui souhaitaient s’en aller s’en allèrent mais la plupart des membres de la Colonie préférèrent rester pour périr au milieu des fragments de leurs rêves fracassés.
Nul ne connaissait le jour ni l’heure. Pourtant, cette nuit-là, Jean se réveilla. Elle resta quelques instants sans bouger, épiant le silence, les yeux fixés au plafond d’où émanait une luminescence fantomatique. Elle saisit la main de George. Il avait le sommeil plus profond qu’elle, mais cette fois, il s’éveilla immédiatement. Ils ne se dirent rien car les mots qu’il leur eût fallu prononcer n’existaient pas.
Jean n’avait plus peur. Elle n’était même plus triste. Elle avait atteint les eaux calmes et était désormais au delà de l’émotion. Mais il y avait encore une chose à faire et elle savait qu’ils avaient à peine le temps.
Muet, George la suivit. Ils traversèrent la coulée de clair de lune que laissait filtrer le toit sans faire plus de bruit que leurs ombres et entrèrent dans la nursery déserte.
Tout était demeuré en l’état. Les motifs fluorescents que George s’était donné tant de mal à peindre luisaient toujours sur les murs et la crécelle de Jennifer était encore à l’endroit où elle l’avait abandonnée quand son esprit s’était enfoncé dans l’univers indiciblement étranger qui était dorénavant le sien.
Elle a laissé ses jouets mais les nôtres nous accompagneront, se dit George qui se prit à penser aux enfants royaux des pharaons enterrés avec leurs poupées et leurs colliers. Il en irait de même. Personne ne chérira plus nos trésors. Nous les emmènerons avec nous, nous ne nous en séparerons pas.
Jean se tourna lentement vers son mari et posa la tête sur son épaule. Il noua les bras autour de sa taille et son ancien amour ressuscita, estompé mais clair, semblable à un écho venu de lointaines montagnes. Il était trop tard pour lui dire tout ce qu’elle méritait qu’il lui dise, et c’était moins ses trahisons que son indifférence passée qu’il regrettait.
— Au revoir, chéri, murmura-t-elle soudain.
George resserra davantage son étreinte. Il n’eut pas le temps de répondre, mais en cette dernière seconde, il éprouva quand même un étonnement fugitif, surpris qu’elle sût que l’instant fatal était arrivé.
Au cœur de l’écorce rocheuse, les fragments d’uranium commencèrent à se ruer l’un vers l’autre pour une union qui ne serait jamais consommée.
Et l’île s’éleva à la rencontre de l’aube.
22
La nef des Suzerains filait à travers la constellation de Carina, escortée de sa traîne semblable à une queue de météore.
Elle amorça sa vertigineuse décélération dans les parages des planètes extérieures, mais quand elle passa au large de Mars, sa vitesse représentait encore une appréciable fraction de celle de la lumière. Les gigantesques champs périsolaires absorbaient lentement sa force vive, alors même que, sur un million de kilomètres derrière elle, l’énergie de dissipation du générateur stellaire traçait dans le ciel ses hiéroglyphes de feu.
Jan Rodricks, plus vieux de six mois, regagnait la planète qu’il avait quittée quatre-vingts ans plus tôt.
Il n’était plus, cette fois, un passager clandestin tapi dans une cellule secrète. Debout derrière les trois pilotes (mais pourquoi étaient-ils si nombreux ?), il regardait le vaste écran, pièce maîtresse de la salle de contrôle, sur lequel s’inscrivaient des motifs et des taches de couleur toujours recommencés formant des configurations incompréhensibles. Sans doute véhiculaient-ils des informations qui, sur un vaisseau de conception humaine, se seraient traduites par des chiffres sur des cadrans. Cependant, l’image du ciel constellé apparaissait parfois sur l’écran et Jan espérait qu’il pourrait bientôt y distinguer la Terre.
Il était heureux de rentrer au pays en dépit des trésors d’astuce qu’il avait dépensés pour s’en évader. Au cours de ces six mois, il avait mûri. Il avait vu bien des choses, il avait été infiniment loin et il était las ; il aspirait à retrouver son univers familier. Il savait maintenant pourquoi les Suzerains avaient édicté que la Terre serait interdite d’espace. L’humanité avait encore une longue, une très longue route à parcourir avant de pouvoir jouer un rôle au sein de la civilisation dont il avait eu un bref aperçu.
Peut-être – mais c’était une éventualité qu’il se refusait à accepter – ne serait-elle jamais qu’une espèce inférieure enfermée dans une réserve à l’écart, un zoo dont les Suzerains seraient les gardiens. Il se pouvait que c’eût été la signification profonde de l’avertissement ambigu que Vindarten lui avait lancé juste avant son départ : « Il est possible que bien des choses se soient produites pendant votre absence, avait dit le Suzerain. Il est possible que vous ne reconnaissiez plus votre planète. »
Oui, c’était possible. Quatre-vingts ans, c’est long, et bien qu’il fût jeune et adaptable, Jan aurait peut-être du mal à se faire à tous les changements qui étaient intervenus. Mais en tout cas, il était sûr et certain que les hommes ne demanderaient qu’à entendre son récit et la description qu’il leur ferait de ce qu’il avait vu de la civilisation suzeraine.
Il avait été bien traité comme il l’avait prévu. Il n’avait pas eu conscience du voyage aller. Lorsque l’injection avait cessé d’agir et qu’il était sorti de sa fantastique cachette, la nef entrait déjà dans le système des Suzerains. Il avait constaté avec soulagement que son respirateur à oxygène lui serait inutile. L’air était dense et lourd mais il respirait sans difficulté. Il se trouvait dans la titanesque cale qu’éclairait une lumière rougeoyante au milieu d’innombrables caisses et de tout l’attirail que l’on pouvait s’attendre à trouver dans la soute d’un navire, transocéanique ou spatial. Il lui avait fallu près d’une heure pour arriver à la cabine de service, et se présenter à l’équipage.
L’indifférence de celui-ci l’avait surpris. Il savait que les Suzerains trahissaient rarement leurs émotions mais il s’était attendu, au moins, à une réaction. Eh bien, non : les Suzerains avaient continué comme si de rien n’était à faire leur travail, à surveiller le grand écran, à tapoter sur les touches sans nombre de leurs claviers de commande. Jan n’avait pas tardé à comprendre qu’ils étaient en approche et se préparaient à atterrir, car de temps en temps surgissait sur l’écran l’image fugitive d’une planète qui ne cessait de grossir. Cependant, il ne ressentait pas la moindre impression de mouvement ni de décélération. La pesanteur demeurait constante, elle ne variait pas d’un iota. Il l’évaluait approximativement à un cinquième de la gravité terrestre. L’énorme puissance à l’œuvre était compensée avec une extrême précision.