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Citoyen de la galaxie [Citizen of the Galaxy - fr]

Электронная книга - «Citoyen de la galaxie [Citizen of the Galaxy - fr]». Краткое содержание книги:

Le marché aux esclaves se tenait sur la Place de la Liberté, du côté du port spatial, en face du capitole des Neuf Mondes. Le marchand de chair humaine psalmodiait les enchères sur un ton monocorde, constamment interrompu par le rugissement des fusées.
Pourquoi un marché d’esclaves dans cet avenir lointain, dans cette Galaxie repue de progrès ? Pourquoi y vendre un jeune homme, Thorby, aussitôt après son arrivée ? Et qui est Thorby au juste ? Les gens sont libres. Chaque vaisseau spatial est un état souverain. Mais les Libres Marchands ont peut-être trouvé la pire solution au plus difficile problème : comment être humain et survivre dans toutes les situations. Et Thorby se pose une question : à quoi bon être un Citoyen de la Galaxie ?
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De plus, il n’avait jamais eu un valet. Il remarqua que Rudbek contenait des douzaines de personnes, pas tellement d’ailleurs par rapport à sa taille gigantesque, mais il réalisa que la plupart d’entre eux étaient des domestiques. Ce détail ne l’impressionna pas autant que cela aurait dû. Il savait que sur Jubbul, les maisons riches étaient remplies d’esclaves, mais ignorait que sur la Terre, un domestique représentait le comble du luxe ostentatoire, un luxe bien plus grand qu’une chaise à porteurs sur Jubbul, ou que l’hospitalité somptueuse des Familles aux Rassemblements. Il se rendait seulement compte que les valets le rendaient nerveux, et il en avait trois sur le dos. Thorby refusa de laisser qui que ce soit le baigner, mais il se laissa raser, car le seul rasoir disponible consistait en la classique lame mince et tranchante. Celui qu’il possédait ne marchait pas sur le voltage de Rudbek. En dehors de cela, il accepta des conseils sur la façon nouvelle pour lui de s’habiller.

Les vêtements à sa disposition dans les armoires ne lui allaient pas parfaitement. Celui qui était supérieur aux autres se mit à couper les tissus et à les réassembler en marmonnant des excuses. Thorby fut finalement paré d’un jabot bouffant et de collants, lorsqu’un autre domestique apparut.

— Monsieur salue Rudbek et le prie de le rejoindre dans le grand hall.

Thorby mémorisa le chemin en le suivant.

L’oncle Jack, en bleu nuit et écarlate, l’attendait en compagnie de Leda qui portait… Le jeune homme était perdu. Les couleurs n’arrêtaient pas de changer, on pouvait à peine les distinguer. Mais elle était belle. Ses cheveux étaient iridescents maintenant. Il distingua parmi ses bijoux un joyau qui provenait de Finster, et se demanda s’il n’avait pas été ramené par Sisu, et même pointé par lui !

— Te voilà, mon garçon ! s’écria oncle Jack joyeusement. Tu te sens mieux ? Nous n’allons pas t’épuiser, c’est juste un dîner de famille.

Le dîner comprenait douze personnes et commença par une réception dans le grand salon où des domestiques silencieux servirent des boissons, des amuse-gueule, avec de la musique en sourdine. On fit les présentations.

— Rudbek de Rudbek. Lady Wilkes, ta tante Jennifer, qui est venue exprès de Nouvelle-Zélande pour te voir. Rudbek de Rudbek, le juge Bruder et son épouse. Le juge est notre principal conseiller.

Et ainsi de suite. Thorby mémorisa les noms, les rattacha aux visages, en croyant que c’était comme dans la Famille. Mais ici les titres familiaux n’étaient pas aussi précis. Il avait du mal à évaluer le statut de chacun. Il ne savait pas lequel des quatre-vingts différents titres étranges qu’il connaissait, pouvait s’appliquer à Leda, sa « cousine ». Il supposait toutefois qu’elle devait être première cousine germaine, puisque oncle Jack ne s’appelait pas Rudbek. Il pensa à elle comme étant tabou, ce qui l’aurait déconcertée si elle l’avait su.

Il réalisa qu’il devait appartenir à une famille riche. Mais personne ne mentionna quel était son statut à lui, et il n’arrivait pas à déterminer celui des autres. Deux des plus jeunes femmes lui firent des révérences. Il crut d’abord que la première avait trébuché et essaya de l’aider. Mais quand la seconde fit de même, il joignit ses paumes en guise de réponse.

Les femmes plus âgées semblaient attendre de lui un comportement respectueux. Il ne réussit pas à classer le juge Bruder. On ne l’avait pas présenté comme un parent, c’était pourtant un dîner familial. Il fixa Thorby avec un sourire approbateur et aboya :

— Ravi de te voir de retour parmi nous, jeune homme ! Il doit y avoir un Rudbek à Rudbek. Tes vacances nous ont causé du souci, n’est-ce pas, John ?

— Oui, beaucoup même, acquiesça oncle Jack. Mais tout s’arrangera. Rien ne presse. Il faut laisser au garçon le temps de se retrouver.

— Bien sûr, bien sûr.

Leda s’approcha de lui, plaça une main sous son coude et l’emmena dans la salle à manger. Les autres suivirent. Thorby s’assit à un bout de la longue table, et oncle Jack à l’autre. Tante Jennifer se trouvait placée à la droite du jeune homme, Leda à sa gauche. La tante se mit à poser des questions et à fournir les réponses. Il admit qu’il venait juste de quitter la Garde. Elle n’arrivait pas à comprendre pourquoi il n’avait pas servi en tant qu’officier. Il n’essaya pas de lui expliquer, ni de parler de Jubbulpore : l’attitude de Leda l’avait rendu circonspect. C’était égal. Il l’interrogea sur la Nouvelle-Zélande et reçut un discours qui sortait tout droit d’un guide touristique.

Puis Leda se détourna du juge Bruder et se mit à parler à Thorby. La tante Jennifer s’adressa à l’homme placé à sa droite.

La vaisselle lui parut étrange, surtout des pincettes à découper et des brochettes. Mais les cuillères et les fourchettes étaient normales. Il s’en tira en regardant ce que faisait Leda. Les plats étaient servis avec solennité, mais c’était ainsi que l’on servait Grand-mère. Il n’avait pas grand mal à savoir se tenir à table grâce aux remarques sarcastiques de l’aimable Fritz.

Il fut seulement embarrassé à la fin, lorsque le maître d’hôtel lui présenta un énorme gobelet rempli à ras bords et attendit. Leda lui murmura :

— Goûte, secoue la tête et pose le verre.

Il obéit. Puis le maître d’hôtel s’éloigna et elle chuchota :

— Ne le bois pas. C’est de la foudre en bouteille. A propos, j’ai dit à Papa de ne pas proposer des toasts.

Le repas s’acheva enfin. Leda lui donna de nouveau des instructions.

— Lève-toi.

Il le fit et tous les autres suivirent.

Le « dîner familial » ne fut qu’un début. Oncle Jack n’était visible qu’aux repas, et encore pas toujours. Il excusa ses absences par : « Il faut bien que quelqu’un fasse tourner la machine. Les affaires n’attendent pas. » En bon commerçant, Thorby comprenait bien cette attitude, mais il désirait vivement avoir une longue conversation avec oncle Jack, au lieu de toutes ces mondanités. Leda était pleine de bonne volonté, mais ne lui donnait que peu de renseignements.

— Papa est terriblement occupé. Des tas de sociétés et d’autres choses. C’est trop compliqué pour moi. Dépêchons-nous, les autres nous attendent.

Les autres étaient toujours en train d’attendre : pour les soirées dansantes, le ski (Thorby appréciait la sensation d’envol, mais trouvait que c’était un moyen de transport risqué, surtout quand il remontait une piste après avoir évité un arbre de justesse), les parties de cartes, les dîners de jeunes où il se mettait à un bout de la table, et Leda à l’autre, puis encore des soirées dansantes, des sauts à Yellowstone pour donner à manger aux ours, des soupers de minuit, des garden-parties. La propriété de Rudbek avait beau se trouver au pied des Tétons recouverts de neige, la maison possédait un énorme jardin tropical sous un dôme transparent. Thorby ne réalisa son existence que lorsque Leda le lui fit toucher. Les amis de la jeune fille étaient sympathiques et le garçon devint très habile à manier des propos futiles. Les jeunes gens l’appelaient « Thor » au lieu de « Rudbek », et Leda « Bûche ». Ils le traitaient avec une familiarité respectueuse, et semblaient intéressés par son séjour dans la Garde et ses voyages à travers la Galaxie, mais ne l’accablèrent pas de questions personnelles. Thorby avait appris la leçon, et n’offrit pas spontanément de plus amples détails.

Mais il commençait à en avoir assez des plaisirs. Un Rassemblement était superbe, mais en homme habitué au travail, il éprouvait le besoin de s’y remettre.

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