Citoyen de la galaxie [Citizen of the Galaxy - fr]
- Автор: Хайнлайн Роберт Энсон
- Год: 1982
- Язык: французский
- Год: Pocket
- ISBN: 2-266-01146-4
- Переводчик: Helene Bouboulis
- Жанр: Научная фантастика
Электронная книга - «Citoyen de la galaxie [Citizen of the Galaxy - fr]». Краткое содержание книги:
Pourquoi un marché d’esclaves dans cet avenir lointain, dans cette Galaxie repue de progrès ? Pourquoi y vendre un jeune homme, Thorby, aussitôt après son arrivée ? Et qui est Thorby au juste ? Les gens sont libres. Chaque vaisseau spatial est un état souverain. Mais les Libres Marchands ont peut-être trouvé la pire solution au plus difficile problème : comment être humain et survivre dans toutes les situations. Et Thorby se pose une question : à quoi bon être un Citoyen de la Galaxie ?
— Jubbulpore… Attends une minute. C’est…
— La capitale des Neuf Mondes.
— Ah, oui ! C’est une de nos colonies, n’est-ce pas ?
Thorby se demanda ce que penserait le Sargon de cette déclaration.
— Euh, pas exactement. C’est un empire souverain maintenant. Ils affirment traditionnellement qu’ils n’ont jamais été autre chose, et n’aiment pas admettre qu’ils sont d’origine terrienne.
— Quelle idée étrange !
Un steward s’approcha d’eux avec des rafraîchissements et des amuse-gueule délicats. Thor prit un gobelet glacé qu’il sirota avec circonspection.
— Que faisais-tu là-bas, Thor ? continua-t-elle. Tu allais à l’école ?
Thorby repensa à l’enseignement patient de Pop, et conclut qu’elle ne parlait pas de cela.
— Je mendiais.
— Comment ?
— J’étais mendiant.
— Pardon ?
— Un mendiant. Patenté. Une personne qui demande l’aumône.
— C’est bien ce que j’avais cru comprendre, répondit-elle. Je sais ce qu’est un mendiant. J’ai lu des livres. Mais… excuse-moi, Thor, je suis une fille simple… j’étais stupéfaite.
Ce n’était pas vrai : elle était une femme sophistiquée bien adaptée à son environnement. Depuis la mort de sa mère, elle avait joué le rôle de maîtresse de maison pour son père et pouvait converser avec des gens venant d’autres planètes avec assurance, tenir des propos badins dans trois langues différentes à une grande soirée, avec grâce et efficacité. Leda pouvait monter à cheval, danser, chanter, nager, skier, diriger un intérieur, compter lentement, lire et écrire en cas de nécessité, et répondre de façon appropriée à toutes les questions. Elle était intelligente, jolie, bienveillante, comparable sur le plan culturel à une chasseuse de têtes hors classe : compétente, souple et habile.
Mais ce cousin étrange, perdu et retrouvé lui paraissait un nouvel oiseau à apprivoiser. Elle continua hésitante :
— Pardonne mon ignorance, mais nous n’avons rien de tel ici, sur Terre. J’ai du mal à l’imaginer. Etait-ce terriblement désagréable ?
L’esprit de Thorby retourna en arrière dans le Temps. Il était assis en tailleur sur la grande Place, Pop était allongé à côté de lui et lui parlait.
— C’était la période la plus heureuse de ma vie, répondit-il simplement.
— Oh.
Ce fut tout ce qu’elle réussit à articuler.
Mais son père lui avait laissé le champ libre pour manœuvrer. Demander à un homme de parler de lui-même était une tactique infaillible.
— Comment fait-on au début ? Je ne saurais pas par où commencer ?
— On m’a appris. Tu vois, j’étais en vente et… – Il allait lui expliquer Pop, puis décida d’attendre un peu. – Un vieux mendiant m’a acheté.
— « T’a acheté » ?
— J’étais un esclave.
Leda eut l’impression d’être tombée dans une fosse remplie d’eau. S’il avait dit « cannibale », « vampire », ou « sorcier », elle n’aurait pas été plus scandalisée. Mais elle se reprit, tout en sursautant intérieurement.
— Je suis désolée, Thor, si j’ai été impolie, mais nous sommes tous si curieux de ce que tu es devenu pendant tout ce temps… Mon Dieu ! Tu as été absent pendant à peu près quinze ans. Si tu ne veux pas répondre, dis-le. Tu étais un gentil petit garçon et je t’aimais bien… S’il te plaît, ne m’envoie pas promener, quand je pose une question embarrassante.
— Tu ne me crois pas ?
— Comment le pourrais-je ? Nous n’avons pas eu d’esclaves ici depuis des siècles.
Thorby souhaita n’avoir jamais quitté le Hydra et renonça. Il avait appris dans la Garde que beaucoup de frakis dans les mondes à l’intérieur de l’Hégémonie n’avaient jamais entendu parler de l’esclavage.
— Tu te souviens de moi quand j’étais petit ?
— Oh, oui !
— Pourquoi ne puis-je me rappeler de toi ? Je ne me rappelle de rien avant d’être… Je ne me souviens pas de la Terre.
Elle sourit.
— J’ai trois ans de plus que toi. Quand je t’ai vu pour la dernière fois, j’avais six ans, je me souviens. Toi tu n’avais que trois ans, tu as oublié.
Le jeune homme pensa que c’était l’occasion pour savoir quel âge il avait.
— Quel âge as-tu maintenant ?
— Maintenant j’ai le même âge que toi, et je le garderai tant que je ne serai pas mariée. N’insiste pas, Thorby… Je ne serai pas offensée, quand tu poseras des questions embarrassantes. On ne demande pas son âge à une dame sur la Terre. On considère qu’elle est plus jeune qu’elle ne paraît.
— Vraiment ?
Thorby réfléchit à cette coutume étrange. Dans la Famille, une femme s’efforçait de paraître le plus âgé possible pour obtenir du statut.
— Oui. Ta mère, par exemple, était très belle, mais je n’ai jamais su son âge. Elle avait peut-être vingt-cinq ans, quand je la connaissais, peut-être quarante.
— Tu connaissais mes parents ?
— Oh, oui ! Oncle Creighton était adorable avec une grosse voix. Il me donnait des poignées de dollars pour acheter des sucres d’orge et des ballons que je prenais avec mes petites mains moites. – Elle fronça les sourcils. – Mais je ne peux pas me souvenir de son visage. C’est bête, n’est-ce pas ? Peu importe, Thor. Je serais heureuse d’entendre tout ce que tu as envie de me dire.
— Mais je ne me rappelle pas de ma capture, répondit-il. Ni d’avoir jamais eu de parents. J’étais un esclave, dans plusieurs endroits avec plusieurs maîtres, jusqu’à ce que j’arrive à Jubbulpore. Là j’ai été vendu encore une fois et c’est la chose la plus heureuse qui me soit jamais arrivée.
Leda avait perdu son sourire de courtoisie.
— Tu l’as vraiment été ? demanda-t-elle d’une voix tranquille.
Thorby éprouva l’ennui du voyageur qui revient chez lui.
— Si tu crois que l’esclavage a été aboli… Eh bien, la galaxie est vaste. Veux-tu que je remonte mon pantalon pour te le montrer ?
— Me montrer quoi, Thor ?
— Ma marque d’esclavage ? Le tatouage utilisé par un intendant pour identifier la marchandise. – Il remonta la jambe gauche. – Tu vois ? La date, c’est mon affranchissement. C’est en Sargonais, un genre de Sanskrit. Je ne pense pas que tu puisses le lire.
Elle le regarda, les yeux écarquillés.
— Mais quelle horreur ! C’est affreux !
— Cela dépend du maître, mais ce n’est pas agréable, fit-il en couvrant sa jambe.
— Mais pourquoi est-ce que personne ne fait rien contre cela ?
Il haussa les épaules.
— C’est si loin.
— Mais…
Elle s’arrêta en voyant son père arriver.
— Salut, les enfants. La promenade te plaît, Thor ?
— Oui. Le paysage est magnifique.
— Les Rocheuses ne sont rien à côté de l’Himalaya. Mais nos Tétons sont très beaux… Et les voilà. Nous allons être bientôt à la maison. – Il indiqua du doigt. – Regarde. Voici Rudbek.
— Cette ville s’appelle Rudbek ?
— Autrefois, quand elle était encore un village, elle s’appelait le Trou de Johnson ou quelque chose comme cela. Je ne parlais pas de Rudbek City, mais de chez toi, de chez nous, de Rudbek. On peut voir la tour au-dessus du lac… Avec les Grands Tétons derrière. Le plus beau panorama du monde. Tu es un Rudbek de Rudbek à Rudbek… « Rudbek au cube » comme disait ton père… Ton père a pris le nom en se mariant, mais cela ne l’impressionnait pas. Moi, je l’aime bien ce nom, il gronde comme un coup de tonnerre. C’est bien d’avoir de nouveau un Rudbek à la maison.
Thorby passa sous une douche drue, ensuite dans une baignoire chaude dont les côtés et le fond le massaient avec des milliers de doigts, enfin dans une piscine tiède qui se rafraîchissait au fur et à mesure qu’il y pénétrait. Il avança avec prudence dans cette dernière, n’ayant jamais appris à nager.