Aventures périlleuses de trois Français au Pays des Diamants
- Автор: Буссенар Луи Анри
- Язык: французский
- Год: Marpon & Flammarion
- Жанр: Исторические приключения
Электронная книга - «Aventures périlleuses de trois Français au Pays des Diamants». Краткое содержание книги:
– Vous savez, dit à un Irlandais déguenillé un Argentin bronzé comme une porte de pagode, que Sam Smith est ici.
Ce nom, prononcé d’une voix basse, presque craintive, produit une étrange impression d’étonnement et de curiosité.
– Sam Smith, le bushranger (voleur du bois).[27]
– Le roi des bushrangers, mon camarade. L’empereur des pillards, le monarque des irréguliers, le grand chef des vauriens qui nous dévalisent quand nous avons trouvé le panier d’oranges.
– Chut ! Taisez-vous. Il n’est pas prudent de parler ainsi de Sam, qui a des émissaires partout.
– Mais, vous l’avez donc vu ? Comment savez-vous qu’il est dans nos parages ?
– Eh ! pardieu ! il est partout où il y a un bon coup à faire. Après avoir écumé New-Rush, arrêté la diligence qui emportait la production d’Old-de-Beer’s, on l’a vu, un beau matin, à Nelson’s Fountain, où il a, dit-on, assassiné un mineur arrivé depuis deux jours à peine.
– Contez-nous donc cela, gentleman.
– Tout à l’heure. Quand nous aurons vu le duel.
– Pour une fois, dit un Belge secoué par la fièvre, sais-tu, monsieur, qu’on le dit associé avec les trois Boërs.
– Klaas, Cornélis et Pieter.
– Les colons du Waal ?
– C’est ça même.
– Vous vous trompez. Sam Smith opère toujours seul. Il a des complices qui lui obéissent fanatiquement et auxquels il donne de temps en temps un os à ronger...
– Du reste, un vrai gentleman de grands chemins.
– Généreux comme un lord...
– Fort comme un éléphant...
– Cruel comme un tigre...
– Avide comme un usurier...
– Bref, pire et meilleur que tout !
– D’où vient-il ? Qui est-il ?
– On raconte sur lui d’étranges choses. Il paraît qu’il a été longtemps le chef des bushrangers d’Australie. Il commandait à plus de cinq cents hommes, ne craignant ni Dieu ni Diable...
» Leurs richesses étaient incalculables. Le lord gouverneur général avec ses appointements n’était qu’un petit garçon à côté d’eux. Malheureusement, leurs affaires se sont gâtées...
– Vous dites malheureusement, gentleman !
– Je dis malheureusement, au point de vue de l’art de détrousser son prochain.
» Voyant que cette industrie à laquelle il se livrait en véritable dilettante était menacée d’un chômage dont la durée pouvait être indéfinie, voyant aussi, que les cordes de chanvre poussaient toutes savonnées aux arbres du Bush australien, mon Smith est venu exploiter les claims diamantifères et les diggins aurifères de l’Afrique Australe.
– Mais, pour en parler ainsi, vous le connaissez donc ?
– Je l’ai vu deux fois, et dans des circonstances que je n’oublierai pas de sitôt.
– Dites-nous cela, s’il vous plaît.
– Volontiers, puisque vous y tenez. Mais, prévenez-moi quand Dick et le Français vont se battre. J’ai parié pour ce dernier et j’espère vous offrir, si je gagne, un grog comme jamais notre hôte n’en a incendié depuis que nous lavons les terres du Zambèze.
– Bravo ! Vous êtes un vrai mineur, vous.
– La première fois que je vis Sam Smith, c’était, il y a trois semaines.
– Pas possible, et la seconde ?...
– Pas plus tard qu’hier matin.
– Mais, à quel endroit ?
– À deux milles à peine d’ici. Je dois vous dire avant tout, que si vous m’interrompez toujours, il me sera impossible de vous satisfaire. Un peu de patience. Ma double aventure se résume en deux mots. Je revenais, harassé, mais radieux, d’une prospection[28] au milieu des roches servant de prolongement à celles qui forment les cataractes Victoria. La récolte avait été heureuse. Indépendamment de jolis grains d’or qui gonflaient ma ceinture, je portais, dans ma sacoche, une pépite monumentale aussi grosse que les deux poings.
– Vraiment ! Ce nugget pesait bien une douzaine de kilogrammes, n’est-ce pas ?
– Vous pouvez en mettre seize, mon camarade, de l’or au premier titre, payable trois francs le gramme en bon argent de France, ce qui donnait à mon nugget une valeur de près de 2000 livres sterling (50 000 francs.)
– Arrah !... exclama l’Irlandais, de quoi boire toute sa vie.
– Je marchais en chantonnant, quand une voix rude, partie d’un buisson, m’intima l’ordre de stopper.
» Naturellement, je n’en fis rien, j’armai mon revolver tout en pressant le pas. Une détonation éclata soudain. Je sentis à la main qui tenait l’arme, un choc violent, et mon revolver, fracassé par une balle, jaillit je ne sais où.
» Un grand gaillard, fort bien vêtu, ma foi, bondit hors du fourré, et se campa droit devant moi, tenant une carabine à deux coups dont le canon droit fumait encore.
Il riait à se tordre, le mécréant, tout en dardant sur moi un regard qui me fit frémir.
– Entêté, dit-il d’une voix railleuse. Si vous aviez obéi à mon injonction et partagé fraternellement le produit de votre prospection, vous seriez encore propriétaire de votre pistolet. De plus, vous resteriez nanti de la moitié de votre or. Tandis qu’il va falloir retourner vos poches, et vous en aller gueux comme un Irlandais.
– Et vous n’avez pas résisté ?
– À quoi bon. Mon crâne eût servi de réceptacle à une jolie balle de douze à la livre, et je n’aurais pas, en ce moment, l’occasion de vous raconter ma mésaventure.
» J’obéis sans plus tarder, car le gentleman de grande route semblait pressé.
– C’est bien, mon garçon, continua-t-il de son accent sardonique. Quand vous aurez plus tard l’occasion de rencontrer Sam Smith le bushranger, souvenez-vous que ses moindres désirs sont des ordres.
– Mais, gentleman, répondis-je timidement, – j’étais littéralement abruti, je vous assure, – j’ignorais avoir affaire à Votre Seigneurie.
– Ah ! çà, est-ce qu’il y aurait ici quelqu’un d’assez osé pour marcher sur mes brisées. Qui donc ose, sans ma permission, lever l’impôt du bushranging ? Je suis le seul, entends-tu bien, le seul qui affronte vos gardes de police et nargue la sentence du juge Lynch !
» By God ! si j’ai un concurrent, parle sans crainte et je te jure, dans ce cas, de le lyncher moi-même.
– Non pas, gentleman. Mais, je vous croyais occupé ailleurs.
Il se mit à rire de plus belle, empocha sans vergogne mon trésor, laissa sur le sol une pincée de grains d’or, siffla son cheval, se mit lestement en selle et piqua des deux en me disant :
– Je te connais. Tu ne seras pas mis à contribution avant six mois. Ramasse ces brimborions qu’il me plaît de t’abandonner, et n’oublie pas, la prochaine fois, qu’il te faudra partager.
Puis, il disparut, me laissant furieux et décontenancé.
– Certes, il y avait de quoi.
– Dieu me damne ! Voilà un hardi compagnon.
– Un démon ! avec lequel il vous faudra compter.
– Nous verrons bien.
– Mais la suite... la suite de l’histoire. Racontez-nous votre seconde rencontre.
Le narrateur engloutit une énorme rasade, comme pour chasser le souvenir importun de cette aventure désagréable et continua :
– C’était, ainsi que j’ai eu l’honneur de vous le dire, hier matin, à deux milles environ des chutes. Je rentrais d’une nouvelle prospection. Moins fructueuse celle-là que la première. Je n’avais pas un gramme d’or en poche, mes provisions étaient entièrement épuisées depuis deux jours, et je revenais mourant de faim, trébuchant à chaque pas.
27
On donne, en Australie, le nom de bushrangers, littéralement coureurs du buisson, à des malfaiteurs qui forment, encore aujourd’hui, une redoutable association dans le but de piller les mineurs. (Voir à ce sujet notre ouvrage intitulé : Les Pirates des Champs d’or, 1 vol.)
28
Prospection est le terme employé par les chercheurs d’or, pour désigner l’exploration qui précède l’exploitation des terrains aurifères. (Voir à ce sujet notre ouvrage intitulé Le Secret de l’Or, 1 vol.)