Aventures périlleuses de trois Français au Pays des Diamants
- Автор: Буссенар Луи Анри
- Язык: французский
- Год: Marpon & Flammarion
- Жанр: Исторические приключения
Электронная книга - «Aventures périlleuses de trois Français au Pays des Diamants». Краткое содержание книги:
» Brisé par la fatigue et le besoin, je roulai dans un ravin situé complètement en dehors de tout lieu fréquenté. La chute fut si rude que je m’évanouis, en disant mentalement adieu pour jamais aux diggins et aux franches lippées qui suivent les récoltes abondantes.
» Une sensation de fraîcheur m’éveilla. J’ouvris les yeux, et j’aperçus, comme dans un brouillard, un homme de haute taille, casqué de blanc, qui souriait sous ses longues moustaches blondes, et dont la figure disparaissait sous une magnifique barbe fauve.
» Il humectait mon front avec son mouchoir trempé dans une flaque d’eau, et s’interrompait de temps en temps pour me frictionner vigoureusement.
– Eh ! bien, mon camarade, vous avez de la chance que je sois venu ici à la recherche d’une gélinotte que je viens de tuer pour mon déjeuner. Ces vautours qui tournent au-dessus de nous en ce moment vous eussent gentiment disséqué tout vif.
Je balbutiai un remerciement, et collai avidement mes lèvres à une gourde pleine de Cape-brandy que me tendait mon sauveur.
– Là, continua-t-il avec sa joviale cordialité, ce petit lait vous a ragaillardi, n’est-ce pas ? Vous allez pouvoir rentrer au diggin. Avez-vous de quoi dîner ce soir ?
– Pas un shelling aujourd’hui, gentleman.
– Qu’à cela ne tienne, je suis en fonds et vous accepterez bien que je vous offre de quoi boire à ma santé.
» Il tira séance tenante de sa cartouchière un petit sac de peau, en sortit un diamant de la grosseur d’une noisette, me le mit dans la main, ramassa son fusil, et s’esquiva en deux bonds, sans attendre l’expression de ma gratitude.
– Et le diamant ?... cria-t-on à la ronde.
– Nous le buvons en ce moment, gentleman.
– Mais, l’homme... C’était encore Sam Smith le Bushranger, n’est-il pas vrai ?
Un hourra retentissant empêcha d’entendre la réponse du mineur. Les deux adversaires prenaient place l’un en face de l’autre, séparés par un espace de vingt-cinq mètres rigoureusement comptés par leurs témoins.
Un homme de moyenne taille, vêtu d’habits en lambeaux, et dont les traits amaigris portaient la trace de souffrances terribles, pénétrait en ce moment sous la tente. Il alla s’asseoir devant une table précipitamment abandonnée par les buveurs, mit ses coudes sur la planche souillée de liquides épanchés, et demeura immobile, la tête entre ses mains, comme terrassé par la fatigue ou la maladie. Grâce au tumulte qui accompagna le commencement de la lutte, nul ne remarqua son arrivée.
Dick l’Américain, subitement dégrisé par l’absorption de quelques gouttes d’ammoniaque, s’installa posément, visita les cartouches de son revolver, et attendit le signal. Le Français, armé de la navaja, se campa intrépidement à l’autre extrémité du champ clos, en cambrant sa petite taille dont il semblait ne pas vouloir perdre un millimètre.
Le silence se fit tout à coup, et l’on n’entendit plus que les respirations haletantes de quelques spectateurs plus impressionnables.
– Quand vous voudrez, dit froidement le Français en posant à plat le long couteau sur la paume de sa main, la pointe reposant sur la saignée du bras.
– All right... riposta l’Américain.
Les témoins s’écartèrent brusquement, et l’un deux frappa dans ses mains trois coups régulièrement espacés.
Dick leva son pistolet et fit feu. Un fracas formidable de verres broyés succéda à la détonation, puis, on entendit un joyeux éclat de rire poussé par le Français.
– Trop haut d’un bon pied, master Dick, dit-il de sa voix railleuse. Votre balle a brisé des bouteilles pleines, et, ça ne compte pas, vous savez.
Quelques bravos couverts par des chut ! nombreux éclatèrent çà et là.
Dick respira longuement, visa avec soin et serra pour la seconde fois la détente. Il pâlit en apercevant, à travers le nuage de fumée, son adversaire debout, et riant de plus belle.
– Mais, vous voulez donc tout casser !... sauf ma tête, bien entendu. En voilà déjà pour vingt dollars par terre, sans compter mon chapeau dont vous avez percé la coiffe.
» Bah ! un trou de plus ou de moins, qu’est-ce que cela ? Prenez garde, vous n’avez plus qu’un coup, et ma navaja est aussi pointue qu’une aiguille.
L’homme accoudé, le front entre ses mains, tressaillit violemment en entendant cet accent sarcastique, et leva sa tête fatiguée.
L’Américain devint livide, et les veines de son cou de taureau se gonflèrent comme des câbles. Il poussa une horrible imprécation, cracha sur le sol son paquet de tabac, et frappa du pied deux appels vigoureux. Il fit un dernier et énergique appel à son sang-froid, abaissa rapidement son arme, puis la releva posément, en prenant sa ligne de tir de bas en haut, avec une lenteur calculée, qui, tout en assurant son coup, devait doubler les angoisses de son adversaire. Sa main demeura une seconde complètement immobile, puis, la détente s’abaissa progressivement.
Le coup partit. Le Français poussa un cri rauque, se déroba brusquement, sans qu’on sût s’il tombait frappé mortellement, puis un éclair rapide surgit, accompagné d’un sifflement aigu.
Un sourd grognement qu’on eût dit arraché au gosier d’un ours gris, échappa à l’Américain qui ouvrit les bras, battit l’air convulsivement, et s’écroula lourdement en vomissant des flots de sang. La navaja, lancée par la main infaillible de son adversaire, était venue, se planter au beau milieu de son col, avait tranché net la pomme d’Adam, et ressortait toute sanglante au ras des épaules.
Le vainqueur de ce tournoi farouche se relevait en même temps, et montrait fièrement une trace rougeâtre qui balafrait la peau de son crâne.
– Il y a chez nous un proverbe disant que, faute d’un point, Martin perdit son âne ; si master Dick n’avait pas tiré un centimètre trop haut, c’est moi qui serais étendu sur le dos les quatre fers en l’air.
» J’en suis quitte pour une mèche de cheveux et une égratignure.
Un hourra formidable succéda à la stupeur causée tout d’abord par ce coup merveilleux. L’intrépide Français, pressé, embrassé, fêlé par chacun, même par les perdants, se sentit enlevé comme une plume et porté en triomphe par la foule en délire. Il aperçut du haut de ce poste aérien, le nouveau venu qui le regardait pétrifié par un émotion dont il ne pouvait se rendre maître.
– Monsieur Albert, s’écria-t-il, monsieur Albert. C’est donc vous ?
– Joseph !... Mon brave Joseph, balbutia-t-il avec effort, en essayant de se lever.
Mais, un nouvel incident vint bientôt ajouter à l’imprévu de cette scène dramatique. La portière servant à fermer la tente s’ouvrit brusquement, et un homme de haute taille, s’avançait gaillardement, le casque blanc sur la tête, la carabine en bandoulière, en jetant un regard plein de curiosité sur cette assistance en délire.
Trois cris jaillirent en même temps, poussés, l’un par Albert, l’autre par Joseph. Le troisième sortit du groupe des mineurs.
– Alexandre ?... Monsieur Alexandre !...
– Sam Smith !... Le Bushranger !...
II
Les « beautés » d’un coup de couteau. – Les trois amis. – Réunis. – Quiproquo dangereux. – Propos interrompus. – Infâme accusation. – Les Boërs. – Nouvelle bagarre. – La vue d’Albert de Villeroge produit sur les deux coquins l’effet d’une tête de Méduse. – Cernés. – Aux barricades !... – Bombardement d’une maison de toile. – Défense pittoresque et efficace. – La brèche. – En retraite. – Dans l’enceinte du kraal. – Reprise des hostilités. – Alexandre apprend incidemment à ses amis qu’il porte trois cent mille francs de diamants.