Dominium Mundi. Livre II
- Автор: Baranger François
- Серия: Dominium Mundi #2
- Год: 2014
- Язык: французский
- Год: Critic
- ISBN: 979-1-090648-18-0
- Жанр: Космическая фантастика
Электронная книга - «Dominium Mundi. Livre II». Краткое содержание книги:
La déclivité de la ruelle s’accentue brusquement avant de s’arrêter au pied d’un étroit escalier accroché à une muraille. L’ensemble est si abrupt qu’il lui semble que si elle tombe à la renverse, elle roulera jusqu’à l’entrée de la ville. Le RK ne pourra jamais gravir une telle pente. Sans hésiter un instant, elle saute à terre et l’abandonne pour s’élancer sur l’étroit escalier au cri de « DIEU LE VEUT ! »
Les soldats qui la suivent juste derrière reprennent en hurlant la formule de ralliement. La température interne de son exo, déjà élevée par la faute de cette maudite panne, franchit les limites du supportable tandis que l’effort qu’elle fournit s’intensifie en grimpant les marches du raidillon. Un monstre devant elle se fend d’un coup de lance d’une mortelle célérité, mais, guidée par les techniques Méta, Clorinde l’esquive sans peine. L’homme qui la suit n’a pas cette adresse. Il est transpercé de part en part. Bien qu’elle ne puisse voir son visage à cause du casque doré de l’exo, elle devine que l’incrédulité doit s’y mêler à l’horreur. Puisant dans toutes les ressources de ses servomoteurs, elle frappe l’Atamide d’un violent coup d’épaule qui précipite la créature dans le vide. Laissant là le soldat épinglé – ses camarades peuvent bien s’occuper de lui – elle repart à l’ascension de l’escalier vertigineux, en gravit les derniers mètres en quelques bonds assistés et débouche soudain sur le parvis, une grande terrasse suspendue formant une esplanade devant le sanctuaire.
Comment faire autrement que cesser de combattre ne serait-ce qu’un instant, même au péril de sa vie, en découvrant le plus saint de tous les lieux ? Lorsqu’elle voit cet étrange bâtiment composé d’une série d’arches élancées imbriquées les unes dans les autres pour composer un ensemble complexe et gracieux, Clorinde ne remarque que la croix. Cette grande croix s’élevant au-dessus du fronton, massive en comparaison du reste de l’édifice, possède de subtiles différences avec le symbole chrétien tel qu’on le voit sur Terre. Ce n’est pas rigoureusement le même. Néanmoins, c’est une croix chrétienne. Cela ne fait aucun doute tout simplement parce qu’une effigie du Christ y est crucifiée. Certes, la représentation n’est pas aussi parfaite, aussi réaliste, que celle qu’aurait produit un artiste humain, mais il est impossible de ne pas reconnaître que ces longues jambes croisées, ces mains déformées par des clous, ces flancs lacérés et cette couronne d’épines sont bien ceux du Christ.
Soudain, une douleur fulgurante jaillit dans les côtes de Clorinde et se propage dans son système nerveux comme une traînée de poudre. Distraite par le Sanctuaire, elle n’a perdu de vue les combats qu’un instant, mais ce délai a été suffisant pour qu’une lance atamide l’atteigne au côté gauche, emportant plusieurs plaques de semtac et lui labourant le flanc. Criant autant de douleur que de rage, elle épaule son arbalète dans un réflexe conditionné par des années d’enchaînements répétés jusqu’à épuisement et décoche une salve T-farad au guerrier ata qui se précipite déjà sur elle. La tête de la créature explose, projetant des débris organiques dans toutes les directions.
Sur le parvis, une trentaine d’Atamides lui font face, prêts à vendre chèrement leur vie. Ils sont groupés. Tout en sachant que cela manque d’élégance, Clorinde ne tergiverse pas. Elle arme ses deux dernières roquettes percussives. Les petits volets ronds situés dans l’épaule gauche de son Weiner-Nikov s’escamotent dans un claquement sec. Elle tire directement dans le groupe. Comme toujours, la poussée de l’ignition la fait pivoter d’un quart de tour vers la gauche. Les deux roquettes explosent simultanément, tuant au moins deux douzaines d’Atas sur le coup. Des fragments de corps disloqués retombent jusqu’à elle tandis que les soldats qui la suivaient arrivent enfin et se déploient sur l’esplanade.
Les derniers guerriers atamides sont abattus. Tout est fini en moins d’une minute.
Clorinde comprend alors que le rêve qu’elle a si longtemps caressé vient de se réaliser. Elle a été la première devant le Sanctuaire. Et même si ce n’est pas elle qui tué le dernier Ata, c’est tout comme.
Elle fait alors volte-face et se penche par-dessus le muret qui encercle le parvis. Il ne lui faut qu’un instant pour trouver ce qu’elle cherche dans la foule de soldats massés en contrebas : un porte-étendard de l’ECM.
Elle rétracte son casque – savourant au passage la relative fraîcheur que lui procure l’air ambiant qui s’insinue dans l’exo privé de régulation thermique –, siffle aussi fort qu’elle en est capable afin d’attirer l’attention de la jeune recrue, puis lui ordonne de lui lancer le long drapeau qu’il porte. Celui-ci, en simple armure de combat, ne bénéficie pas de l’assistance mécanique et ne parvient pas à projeter l’étendard jusqu’à la Méta-guerrière. La bannière choit au pied la muraille et un autre soldat la ramasse. Celui-là, un guerrier expérimenté, n’a besoin que d’un regard vers Clorinde pour comprendre ce qu’elle veut faire. Il secoue la tête, ne cherchant même pas à cacher ce que lui inspire cette attitude, mais la jeune femme agacée qui attend là-haut est plus gradée que lui. Aussi, il s’exécute et propulse le drapeau et son manche jusqu’à sa destinatrice. Clorinde l’attrape enfin. Elle saute aussitôt sur le muret pour dominer la scène puis brandit l’étendard aussi haut que possible en criant de toutes ses forces :
« La capitale est tombée ! Le tombeau du Christ est libéré des infidèles ! Gloire au Fils du Seigneur ! Gloire à Dieu ! »
Une immense clameur lui répond qui ébranle les murs de la cité. Tous ces hommes venus de si loin afin de remplir leur devoir envers Dieu pleurent et s’embrassent, car ils ont accompli aujourd’hui un exploit qui restera pour toujours dans les mémoires.
De puissantes explosions éclatent de l’autre côté de l’éminence, couvrant momentanément les acclamations. Les intercepteurs continuent le pilonnage des rues par lesquelles les Atamides fuient la cité.
Reléguant à l’arrière-plan la douleur, pourtant intense, qui lui vrille les côtes, des frissons de joie font vibrer Clorinde à l’unisson de la foule qui l’acclame. Comme elle a rétracté son casque, tous voient son visage radieux. Ses longs cheveux bouclés ont jailli de l’exosquelette et battent dans le vent au même rythme que l’étendard de l’ECM. Elle a attendu cet instant toute sa vie. Ce qu’elle avait ressenti lors de sa victoire à l’Épreuve n’est rien en comparaison.
Soudain, comme si un voile gris tombait sur la scène, elle pense à Tancrède. Il s’impose à elle avec tant de force, tant de soudaineté, qu’elle cesse d’agiter l’étendard. Ce moment aurait pu être parfait s’il n’était terni par ce qui s’est passé à peine quatre jours plus tôt. Aussitôt, un afflux de colère happe ses pensées au souvenir de cet épisode douloureux.
« Qu’il aille au diable ! Il m’a trahie et tous les siens avec ! »
Elle a hurlé. Dans le tumulte de la foule en liesse, seuls les soldats les plus proches l’ont entendue et la regardent sans comprendre.