Dominium Mundi. Livre II
- Автор: Baranger François
- Серия: Dominium Mundi #2
- Год: 2014
- Язык: французский
- Год: Critic
- ISBN: 979-1-090648-18-0
- Жанр: Космическая фантастика
Электронная книга - «Dominium Mundi. Livre II». Краткое содержание книги:
— Tant mieux. Non que je sois heureux à l’idée que chacun devienne un expert en maniement d’armes, mais il est évident que nous devons nous préparer à toute éventualité.
— Nous vivons des temps troublés, dit Tancrède, fataliste. Il est impossible de faire semblant de l’ignorer. »
J’opinai du chef. C’était du simple bon sens.
Pascal, qui avait toujours eu du mal à se lever tôt, émergea à ce moment-là de l’entrée des cavernes en plissant des yeux. Il vint vers nous en trottinant, pressé de se mettre à l’ombre.
« Ça tombe bien que vous soyez ensemble, nous dit-il sans préambule, je voulais vous parler à tous les deux.
— À quel sujet ? demandai-je.
— À propos de la discussion d’hier soir. »
Décidément, tout le monde avait gambergé. Il s’adressa à Tancrède.
« Tu penses réellement que nous pouvons nous attaquer à l’armée croisée ? Je sais que cela a l’air stupide dit ainsi, c’est d’ailleurs la raison pour laquelle je ne voulais pas en parler devant tout le monde. Mais dans le fond, tu es Méta-guerrier, alors peut-être que cela change la donne, non ?
— Ce n’est jamais stupide de poser une question, répondit Tancrède sans condescendance. Je n’ai pas parlé d’attaquer l’armée croisée. J’ai simplement dit que nous ferions mieux de nous battre plutôt que de subir la situation. Bien entendu nous ne pouvons pas les affronter à nous seuls.
— C’est évident, intervins-je, mais comment obtenir de l’aide ? On ne va quand même pas en demander aux Atas !
— S’allier à ces monstres ? s’exclama Pascal, choqué. J’espère que tu plaisantes ! »
Tancrède eut une moue désapprobatrice. Je devinai sans peine ses pensées. Moi aussi, j’étais souvent étonné que les enrôlés de force partagent les mêmes préjugés que n’importe quel troupier.
Une salve T-farad crépita derrière nous tandis que Liétaud commençait sa leçon.
« Ce serait pourtant nos alliés objectifs, finit par dire Tancrède. En vertu d’un principe vieux comme le monde : les ennemis de mes ennemis sont mes amis. Néanmoins, je ne vois pas comment mettre en œuvre une telle alliance. Trop de choses nous séparent. »
Pascal le dévisageait comme s’il avait affaire à un fou furieux. Le simple fait d’envisager cette alliance lui semblait totalement délirant.
« Par contre, poursuivit Tancrède, nous pourrions peut-être retourner les troupes contre leurs chefs, les persuader de se ranger à nos côtés. »
Là, ce fut mon tour de le prendre pour un échappé de l’asile. Convaincre des soldats de métier de cesser de faire la guerre et se retourner contre leurs seigneurs, cela me paraissait beaucoup plus improbable que de s’allier avec des créatures inconnues.
« Et comment comptes-tu réaliser ce prodige ? »
Tancrède me regarda bien en face.
« Toi et moi, nous savons que les autorités essayent à tout prix de cacher quelque chose. Nous avions découvert tout un faisceau d’indices concordants pendant le trajet.
— Oui, mais rien de concluant.
— Je te l’accorde. Mais si nous parvenions à trouver quelque chose d’important, de suffisamment fort pour frapper les esprits…
— Malheureusement, nous n’avons jamais rien trouvé d’autre qu’un fichu ADN illégal, il n’y pas de quoi frapper beaucoup d’esprits !
— Par contre, intervint Pascal, ça ne coûte rien d’essayer. »
Allons bon, voilà qu’il s’y mettait aussi !
« Tu disais qu’il nous fallait un projet fédérateur sur lequel coordonner nos efforts, me dit-il. Eh bien, le voilà. Nous pourrions mettre le groupe sur le piratage du Nod2, puis y chercher toutes les preuves dont nous avons besoin. »
Je rêve !
Bien que l’idée de me connecter de nouveau au Nod2 et de combler enfin cette sensation de manque qui me harcelait depuis des semaines me parut à cet instant extrêmement séduisante, je ne pouvais les laisser se bercer d’illusions.
« À présent, c’est à moi de te demander si tu plaisantes ! Tu sais très bien que c’est perdu d’avance. Tout au plus pourrions-nous établir une connexion pirate superficielle, mais jamais hacker un tel système de l’extérieur. Ici, il nous manque toute la surcouche logicielle d’accréditation que l’on a automatiquement au pupitre du Diamant. C’est impossible à émuler depuis l’extérieur. Et je ne parle même pas de la qualité du signal. À une telle distance, les ondes cérébrales atteindraient le Nod si affaiblies qu’elles ne seraient même pas reconnues. Sans compter le risque de se faire repérer – et localiser – en procédant à une telle tentative ! »
Pascal croisa les bras et regarda ailleurs d’un air boudeur. Il avait horreur d’être pris en flagrant délit de profération d’âneries.
« C’est vrai ? lui demanda Tancrède.
— Bien sûr que c’est vrai », maugréa-t-il.
Soudain, Silvio jaillit des cavernes comme une fusée et fonça jusqu’au champ de tir.
« Venez tous voir ça ! cria-t-il essoufflé. Venez tous voir sur l’Intra ! Ils ont pris le Sanctuaire ! »
Clorinde exulte.
Juchée sur son RK, elle livre bataille à des hordes d’Atamides enragés. La sueur dont elle est couverte, suite à la panne de la régulation thermique de son exo, provoque des frottements désagréables aux articulations. Ses blessures à peine cicatrisées la font souffrir autant que les coups qu’elle reçoit et les combattants sont désormais si proches qu’elle sait qu’il lui faudra bientôt se battre au corps à corps, ce qui avantage les Atamides. Et pourtant, elle exulte.
Elle exulte parce qu’elle est là. Elle y est ! Au cœur de la plus importante bataille, à l’avant-garde même. Si elle ne le voit pas encore, elle sait que le Sanctuaire, le tombeau du Christ, ne se trouve que quelques dizaines de mètres plus haut, au-delà de ces ruelles tortueuses débordantes de guerriers atas.
Quelques jours plus tôt, alors qu’elle était encore consignée pour convalescence dans ses quartiers, le front avait reculé de manière inattendue et les projections tactiques avaient dû être révisées. Grâce à ce retard providentiel, le Sanctuaire n’était toujours pas tombé lorsque Clorinde avait repris du service. Et aujourd’hui, par son acharnement à se porter au-devant de l’ennemi, elle se retrouve en première ligne, mêlée aux fantassins et aux super-guerriers sur leurs énormes percherons mécaniques. Encore quelques ruelles à conquérir et elle sera parmi les premiers devant le lieu saint !
Son arbalète T-farad ne cesse de biper tant elle chauffe, mais les vagues d’ennemis ne lui donnent pas l’occasion de la laisser refroidir. Elle doit même souvent s’en servir comme d’une masse pour se débarrasser des Atas qui tentent de s’accrocher à son bipède. Autour d’elle, beaucoup de guerriers combattent à l’épée ionisée, imitant en cela Tancrède de Tarente, croyant qu’il avait opté pour cette technique parce qu’elle était plus efficace au corps à corps contre les Atamides. Clorinde sait qu’au contraire, Tancrède pensait que cela le mettait à égalité avec ses ennemis et que c’était plus moral.
Au diable l’éthique militaire ! pense-t-elle en déchargeant rageusement son arbalète en pleine figure d’un Atamide. Nous ne sommes pas à une démonstration de l’art du combat Méta, c’est la guerre !
Serrés les uns contre les autres dans la ruelle, les premiers rangs atamides distribuent frénétiquement des coups de lance, puis reculent pour laisser passer des soldats plus frais qui à leur tour essayent d’occire quelques humains, avant de céder la place aux rangs suivants. Clorinde ignore s’il s’agit là d’une tactique coordonnée ou si les guerriers se battent ainsi à cause de l’exiguïté du terrain. Quoi qu’il en soit, ils reculent et les croisés progressent en marchant sur leurs cadavres. Ces démons ont beau s’échiner, piquer, parer, lancer des javelots acérés de l’arrière ou frapper de leur lourd bouclier, cela ne change rien. Derrière Clorinde, des centaines de soldats avancent inexorablement, forçant les Atas à reculer de plus en plus haut dans la ville. La jeune femme se sent poussée, transportée comme par une vague en pleine tempête.