Бесплатная библиотека
Читайте книгу на сайте или телефоне

Электронная книга - «Les Essais - Livre II». Краткое содержание книги:

Les Essais - Livre II
1 ... 52 53 54 55 56 57 58 59 60 ... 169
Перейти на страницу:

187. De Cicéron lui-même, qui devait au savoir toute sa valeur, Valérius a dit que sur ses vieux jours, il commença à se désintéresser des Lettres283. Et à l'époque où il les cultivait, c'était librement, sans être inféodé à aucune doctrine, suivant ce qui lui semblait le plus probable, tantôt dans une « école », tantôt dans une autre. Il se maintenait toujours dans le scepticisme académique. « Je vais parler, mais sans rien affirmer ; je chercherai toujours, doutant le plus souvent, et me défiant de moi-même. » [Cicéron De Divinatione II, III]

188. J'aurais trop beau jeu, si je voulais considérer l'homme sous son aspect commun et dans l'ensemble ; je pourrais pourtant le faire en suivant sa propre règle, qui juge de la vérité non par la valeur des voix, mais par leur nombre. Laissons là le peuple,

Qui dort tout éveillé, et bien qu'il soit vivant

Et les yeux bien ouverts, n'a guère qu'une vie morte,

[Lucrèce De la Nature III, vv. 1046 et 1048]

car le peuple n'a pas conscience de lui-même, il n'a pas de jugement, et laisse dans l'oisiveté la plupart de ses facultés naturelles. Je veux parler de l'homme dans sa situation la plus haute.

189. Considérons-le à travers ce petit nombre d'hommes supérieurs et rares qui, doués naturellement au départ d'une belle et exceptionnelle force d'âme naturelle, l'ont encore renforcée et améliorée par l'effort, l'étude et l'artifice, et l'ont menée au plus haut degré de la sagesse qu'elle puisse atteindre. Ils l'ont utilisée en tous sens et de toutes sortes de façons, ils l'ont appuyée et arc-boutée sur tout ce qui pouvait la soutenir, l'ont enrichie et enjolivée de tout ce qu'ils ont pu emprunter pour son avantage, que ce soit dans ce bas-monde ou dans l'autre : c'est chez eux que l'on trouve l'humaine nature sous sa forme la plus haute. Ils ont organisé le monde par des institutions et des lois ; ils l'ont instruit par des techniques et des sciences, ainsi que par leurs conduites exemplaires. Je ne tiendrai compte que de ces gens-là, de leur témoignage et de leur expérience : voyons jusqu'où ils sont allés et où ils se sont arrêtés284. Les dérèglements et les défauts que nous trouverons chez eux, le monde pourra bien les considérer comme siens sans hésitation.

190. Quand on cherche quelque chose, il y a toujours un moment où l'on peut dire soit qu'on a trouvé, soit que c'est impossible, soit que l'on est encore en train de chercher. Toute la philosophie est répartie entre ces trois modes. Son but est de rechercher la vérité, la science, la certitude. Les Péripatéticiens, Épicuriens, Stoïciens, et quelques autres, ont cru les avoir trouvées. Ils ont donné forme aux sciences que nous connaissons, et les ont traitées comme des certitudes. Clitomachos, Carnéade et les Académiciens ont désespéré de jamais les trouver, et estimé que nous n'avions pas les moyens suffisants pour concevoir la vérité. Leur conclusion, c'est le constat de l'ignorance et de la faiblesse humaines. Cette école a eu la descendance la plus importante et les plus nobles représentants.

191. Pyrrhon et les autres sceptiques ou « épéchistes285 » dont les opinions, selon de nombreux auteurs anciens, sont tirées d'Homère, des Sept Sages, d'Archiloque, d'Euripide, et aussi de Zénon, de Démocrite, de Xénophane, disent qu'ils sont encore à la recherche de la vérité. Ils considèrent que ceux qui pensent l'avoir trouvée se trompent complètement, et ils pensent même qu'il y a encore trop de vanité chez ceux qui estiment que les forces humaines ne sont pas capables de l'atteindre. C'est que, en effet, pour mesurer notre capacité à connaître et à juger de la difficulté des choses, il faut déjà faire preuve d'une science extrême — et ils doutent que l'homme en soit capable.

Qui pense qu'on ne sait rien ne sait même pas

Si l'on peut dire qu'on ne sait rien.

[Lucrèce De la Nature IV, 470]

 

192. L'ignorance qui se connaît, qui se juge et se condamne n'est pas une complète ignorance ; pour être telle, il faudrait qu'elle s'ignore elle-même. De sorte que l'attitude des Pyrrhoniens consiste à hésiter, douter, chercher, n'être sûrs de rien, et ne répondre de rien. Des trois fonctions de l'esprit : l'intelligence, la sensibilité, le jugement, ils reconnaissent les deux premières, et laissent la dernière dans l'ambiguïté, sans montrer de penchant ou d'approbation, si peu que ce soit, d'un côté ou de l'autre.

193. Zénon représentait par des gestes la façon dont il concevait cette division des facultés de l'esprit : la main largement ouverte signifiait la vraisemblance ; à demi-fermée, et les doigts un peu repliés, l'acquiescement ; le poing fermé, la compréhension ; et quand le poing de la main gauche était encore plus serré, la science.

194. Le caractère donné à leur jugement par les Pyrrhoniens : droit et inflexible, acceptant tout ce qui se présente sans s'y attacher et sans y donner leur assentiment, les conduit vers l'ataraxie, qui est un mode de vie paisible, tranquille, exempt des agitations que nous devons à l'opinion et à la connaissance que nous pensons avoir des choses ; c'est en effet de ces agitations que nous viennent la crainte, la cupidité, l'envie, les désirs immodérés, l'ambition, l'orgueil, la superstition, l'amour de la nouveauté, la rébellion, la désobéissance, l'obstination, et la plupart de nos maux corporels. Et de fait, ils évitent ainsi les rivalités que pourrait susciter leur doctrine. Car leurs débats sont peu animés, et ils ne craignent guère la contradiction.

195. Quand ils disent que tout corps pesant va vers le bas, ils seraient bien ennuyés si on les croyait, et ils font tout ce qu'ils peuvent pour qu'on les contredise, pour susciter le doute et suspendre tout jugement, ce qui est leur but. Ils ne mettent en avant leurs opinions que pour combattre celles qu'ils pensent que nous avons nous-mêmes. Si vous adoptez leur point de vue, ils soutiendront volontiers le point de vue contraire : tout leur est indifférent, ils n'ont aucune préférence. Si vous affirmez que la neige est noire, ils essaieront au contraire de prouver qu'elle est blanche ; mais si vous dites qu'elle n'est ni l'un ni l'autre, ils s'efforceront de montrer qu'elle est à la fois l'un et l'autre ; si vous déclarez tenir pour certain que vous n'en savez rien, ils soutiendront que vous le savez. Et si même vous affirmez catégoriquement que vous en doutez, ils se mettront en devoir de vous démontrer que vous n'en doutez pas du tout, ou que vous ne pouvez en juger ni décider que vous en doutez. Alors, par ce doute extrême qui va jusqu'à saper ses propres fondations, ils se séparent et se distinguent de plusieurs opinions, y compris de celles-là même qui ont soutenu de diverses manières le doute et l'ignorance.

196. Puisque ceux qui suivent leurs dogmes peuvent dire l'un vert et l'autre jaune, pourquoi n'auraient-ils pas eux-mêmes le droit de douter ? Y a-t-il une chose que l'on vous demande d'accepter ou de refuser que l'on ne puisse considérer comme ambiguë ? Les autres sont portés comme par la tempête, vers telle ou telle opinion, vers l'école épicurienne ou stoïcienne, sans l'avoir vraiment décidé ni choisi, et même le plus souvent avant d'avoir atteint l'âge du discernement, en fonction des usages de leur pays, ou du fait de l'éducation qu'ils ont reçue de leurs parents, ou encore par le fait du hasard, et ils s'y trouvent engagés, asservis, et comme pris dans un piège dont ils ne peuvent se défaire — « ils se cramponnent à une doctrine comme à un rocher sur lequel la tempête les aurait jetés.» [Cicéron Académiques II, III] Pourquoi donc ne leur serait-il pas concédé à eux-mêmes de préserver leur liberté, et d'examiner les choses sans obligation ni servitude ? « D'autant plus libres et indépendants qu'ils disposent d'un pouvoir absolu de juger.» [Cicéron Académiques II, III]

1 ... 52 53 54 55 56 57 58 59 60 ... 169
Перейти на страницу:
0
Сюжет
  • 1
  • 2
  • 3
  • 4
  • 5
  • 6
  • 7
  • 8
  • 9
  • 10
0
Атмосфера
  • 1
  • 2
  • 3
  • 4
  • 5
  • 6
  • 7
  • 8
  • 9
  • 10
0
Главный герой
  • 1
  • 2
  • 3
  • 4
  • 5
  • 6
  • 7
  • 8
  • 9
  • 10
0
Общее впечатление
  • 1
  • 2
  • 3
  • 4
  • 5
  • 6
  • 7
  • 8
  • 9
  • 10
Итоговая оценка: 0.0 из 10 (голосов: 0 / История оценок)