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Aventures périlleuses de trois Français au Pays des Diamants

Электронная книга - «Aventures périlleuses de trois Français au Pays des Diamants». Краткое содержание книги:

Le kopje (mine de diamants) de Nelson’s Fountain était, ce jour-là, plus que jamais, plein de bruit et d’animation. À l’incessante activité habituellement déployée par les diggers de toute race, de toute couleur, avait brusquement succédé une sorte de frénésie dont un observateur attentif et de sang-froid eût promptement deviné la cause.
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» Tiens, une idée. Vous voulez vous amuser, n’est-ce pas, gentlemen ?

– Oui !... oui !... Nous sommes ici pour cela.

– Eh ! bien, voici ce que je propose. Nous serons placés, mon adversaire et moi, à vingt-cinq pas, sans avoir le droit de nous rapprocher. Il se servira de son revolver, moi de mon couteau.

Un immense éclat de rire accueillit cette singulière proposition, dont l’imprévu fit douter que son auteur fût en possession de toute sa raison.

Seul le Mexicain, qui avait prêté sa navaja, riait d’un air entendu, en homme sachant ce que parler veut dire, pendant qu’on voyait s’allonger les figures de ceux qui avaient parié pour son client.

Le Français reprit de sa voix sonore, à l’accent vibrant comme un froissement de cymbales :

– Gentlemen, je vais vous montrer ce que vous n’avez jamais vu. J’essuierai trois fois le feu de cet homme avant de faire usage de mon arme. Je lui accorde donc trois balles. La première, parce que je suis Français ; la seconde, parce qu’il est ivre ; la troisième, parce qu’il a peur.

» Oh ! soyez tranquilles. Il me manquera. Quant à moi, je lui planterai, sans quitter ma place, mon couteau en pleine gorge, entre les deux pointes du col de sa chemise entrebâillée.

» Quand vous voudrez, gentlemen, je suis prêt.

Ces dernières paroles enlevèrent définitivement l’assistance, qui manifesta tumultueusement son approbation, avec une surabondance de gestes et de cris, formulés dans toutes les langues et sur tous les tons. Ce hardi compagnon, dont le calme contrastait si étrangement avec la fureur de l’Américain, atteignait d’emblée aux proportions d’un héros.

– Ah ! Un mot encore. Comme ce personnage que vous appelez master Dick va, en me manquant, fracasser pas mal de vaisselle, il serait bon de lui faire déposer en nantissement une certaine somme, ou de ne pas me placer devant le buffet, car, quand je l’aurai tué, le patron de l’établissement serait capable de me faire payer la casse, et j’ai déjà eu l’honneur de vous prévenir que je n’ai pas un sou vaillant.

Il y eut des cris, des trépignements d’enthousiasme devant cette preuve d’un sang-froid inouï. Les trois hourras de rigueur retentirent, et les témoins de ce match étrange s’empressèrent de faire la haie et de compter les pas.

Il y a là des Européens, parmi lesquels domine l’élément anglais et allemand, de nombreux Irlandais, chassés du sol natal par la misère, et quelques Belges. Puis, des Américains, à barbe de bouc, des Mexicains, des Vénézuéliens, des Argentins, et, brochant sur le tout, des Chinois, la queue de cheveux tordue en chignon, qui glissent entre les groupes leurs faces jaunâtres de magots impassibles. Tous gens peu scrupuleux, d’ailleurs, venus des champs de diamants après quelques peccadilles, enfants perdus des diggins qui se sont réunis dans le bassin du Zambèze, attirés par les récits plus enthousiastes peut-être que véridiques, dus à des aventuriers qui ont exploré dernièrement la région. On a parlé de placers opulents s’étendant non loin des cataractes Victoria, situées, comme l’on sait, par 25° 41’ de longitude Est du méridien de Greenwich, et 17° 41’ de latitude Sud. Il paraît que l’or et le diamant se rencontrent en quantités énormes sur ces terres, visitées seulement par de rares explorateurs, et cette nouvelle, vraie ou fausse, a suffi pour faire accourir, de tous côtés, les mineurs d’avant-garde. Ils sont bien un millier qui fouillent le sol, sans grand succès jusqu’alors, et s’empressent de transformer, à titre de consolation sans doute, leurs derniers morceaux d’or en liquides aussi incendiaires que variés.

Aujourd’hui, le diggin chôme. Ces mécréants observent rigoureusement la loi du repos dominical. Moins par esprit religieux, on le conçoit facilement, que pour avoir une bonne occasion de jouer à satiété, et de boire jusqu’aux extrêmes limites du possible, ou plutôt de l’impossible.

Quoi qu’il en soit du motif, l’immense tente rectangulaire, en toile blanche, solidement tendue sur ses pieux, qui forme le principal « monument » de la cité de l’avenir, est littéralement bondée d’un public affairé et altéré. Les mixtures pharmaceutiques, si chères aux palais anglo-saxons, circulent en laissant une senteur étrange de drogue et de parfumerie combinées, des champagnes innommés détonnent bruyamment, des vins bleuâtres colorent de nuances violettes les tables de bois brut, des alcools, dont la chimie organique rechercherait vainement la formule, flambent avec d’âcres odeurs empyreumatiques, à la grande joie de tous ces buveurs dont les gosiers corrodés ne pourraient s’accommoder de substances moins incendiaires, sinon complètement inoffensives.

La surexcitation produite par l’absorption de ces boissons redoutables suffirait pour expliquer le motif de cette querelle qui va vraisemblablement amener mort d’homme, et dont l’éventualité défraye toutes les conversations. Ce motif, on l’a vu, est bien futile, puisqu’il s’agit d’un simple verre d’eau renversé, par mégarde peut-être, par un consommateur qui, lui, n’a rien de commun avec son adversaire, du moins au point de vue de la sobriété. Mais dans ces sociétés mélangées, composées de fiévreux auxquels les plus monstrueux excès sont familiers, qui ne connaissent aucun frein, sauf celui de la force brutale, les moindres incidents acquièrent aussitôt une importance capitale.

En outre ce buveur, cet ivrogne plutôt, est Américain. Or, quand on connaît le grossier sans-gêne des représentants de cette race Yankee, qui s’intitulent eux-mêmes « hommes moitié crocodiles et moitié chevaux », on ne saurait être étonné qu’un incident aussi simple ait produit, séance tenante, un casus belli, pour peu que le buveur d’eau ait été le moins du monde susceptible. Tout autre se fût excusé. L’Américain a beuglé un rire énorme, s’est contenté de comprimer entre ses mâchoires le gros paquet de tabac qu’il mastique avec sensualité et d’envoyer, jusque sur les pieds de l’étranger, un long jet de salive noirâtre. Peuh ! Un pauvre diable qui boit de l’eau ! Qu’est-ce que ça peut bien être ! Puis, enfin, il n’a guère plus de cinq pieds de haut, et ne parait pas peser plus de cent livres. Un homme construit sur un tel gabarit qui ne « vaut » pas au moins cent mille dollars, est moins que rien, un puceron, un insecte importun qu’on écarte d’une chiquenaude.

Telle fut tout d’abord l’opinion de l’assistance. Mais voilà que l’insecte riposte avec autant de vigueur que de dignité. Il insulte le colosse, le berne, le hue et le soufflette avec une maestria endiablée !... Il promet enfin de découdre le brutal, et lui pose de telles conditions que, ma foi, les rieurs de tout à l’heure passent, en partie, de son côté, sauf quelques outranciers, inféodés à l’Américain qui, paraît-il, distribue volontiers, quand l’occasion s’en présente, les horions et les grogs avec une égale facilité.

Les tenants du petit Français lui offrent à l’envi des boissons de toute sorte, s’enquièrent de ses besoins, veulent le faire manger, le ragaillardir, le tonifier, afin qu’il puisse faire bonne figure devant son adversaire, et surtout qu’il leur fasse gagner leurs paris. Il remercie poliment, avec fermeté, accepte simplement du Mexicain une cigarette dont il aspire voluptueusement la fumée, tout en regardant froidement le chef de l’établissement occupé à tendre parallèlement deux longues ficelles, dans le sens de la longueur de la maison de toile. Les spectateurs se rangeront de chaque côté de ces platoniques barrières, entre lesquelles se tiendront les combattants.

Pendant que l’Américain engloutit coup sur coup d’énormes grogs dans le cratère béant de sa gorge, les conversations, un instant interrompues par la querelle, recommencent de plus belle en attendant le moment de la lutte.

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