Dominium Mundi. Livre II
- Автор: Baranger François
- Серия: Dominium Mundi #2
- Год: 2014
- Язык: французский
- Год: Critic
- ISBN: 979-1-090648-18-0
- Жанр: Космическая фантастика
Электронная книга - «Dominium Mundi. Livre II». Краткое содержание книги:
Paradoxalement, cela me rendit aussitôt ce satané désert plus accueillant. J’avais toujours été sensible à la magie de la neige qui en une nuit pouvait transformer radicalement l’environnement le plus familier. Et là, comme un cadeau du ciel, notre désert inhospitalier se parait d’un manteau blanc qui l’aurait presque fait passer pour un coin des Alpes – même si je n’avais jamais vu celles-ci que dans des reportages.
Malheureusement, dès que les premiers rayons d’Alpha Centauri A franchirent les crêtes des monticules alentour, cette neige inattendue se sublima aussitôt, passant directement de l’état solide à l’état gazeux en dégageant d’étranges panaches de vapeur, métamorphosant le paysage en un tableau surnaturel que n’aurait pas renié un auteur d’épopées futuristes à deux sous. En dix minutes, tout était réglé. Le désert avait repris ses droits et la poudreuse magique n’était plus qu’un souvenir.
Un peu déçu, mais encore ravi par cette bonne surprise, je décidai d’aller réveiller nos deux invités. Nous les avions logés dans une petite salle inoccupée à laquelle on accédait par une série d’échelles rivetées dans la roche. Comme cette pièce était située en hauteur et qu’une de ses parois affleurait à l’extérieur du massif rocheux dans lequel nous vivions, nous avions prévu de l’aménager en perçant des ouvertures donnant sur l’extérieur afin d’en faire une sorte de tour de guet. Mais cela ne faisait pas partie des priorités, alors les travaux étaient en suspens depuis plusieurs jours. En attendant qu’ils reprennent, cet endroit fournissait une chambre convenable aux deux déserteurs.
Je grimpai donc la série d’échelles et passait la tête par l’ouverture au ras du sol pour voir s’ils dormaient encore. Agenouillé par terre, les mains jointes, un homme priait à voix basse, éclairé seulement par un rayon de lumière qui tombait d’une fissure au plafond. C’était Liétaud. Tancrède n’était pas visible. Il était probablement déjà parti aux douches. Gêné, je descendis les échelles en silence, sans oser interrompre le rituel en cours.
Voir quelqu’un prier me mettait toujours mal à l’aise. Certains d’entre nous étaient croyants, mais aucun ne pratiquait. Lorsque je voyais des gens réciter ces litanies de textes absurdes, surtout lorsqu’ils étaient en groupe lors des offices, j’avais toujours l’impression d’avoir affaire à des fous. Je ne parvenais pas à comprendre que des gens, parfaitement sensés par ailleurs, puissent chaque jour se comporter comme des automates et s’adonner à des rites infantiles.
Ainsi que je l’avais deviné, je trouvai Tancrède aux douches, occupé à tenter de se laver sous le système que nous avions mis en place pour permettre à chacun de conserver une hygiène acceptable. En l’occurrence, la difficulté n’avait pas été d’installer des douches, ni même d’avoir de l’eau chaude – nos piles alvéolaires nous fournissaient bien plus d’énergie que nous ne pourrions jamais en consommer –, mais tout simplement d’avoir de l’eau. Même une fois le débit de notre source augmenté, cela restait insuffisant pour permettre à une centaine de personnes de se laver quotidiennement. Il avait donc fallu imposer des restrictions et mettre au point un système de recyclage de l’eau.
Je saluai Tancrède et m’enquis poliment de la nuit qu’il avait passée, puis lui racontai brièvement l’épisode du manteau neigeux qu’il venait de manquer. Ensuite, sans trop chercher à dissimuler mon impatience, j’en vins à la raison pour laquelle j’étais venu le voir.
« Dis-moi, Tancrède, la proposition que vous nous avez faite hier de nous former au combat…
— Oui ? demanda-t-il en se frottant les cheveux avec une serviette.
— C’était du sérieux ?
— Évidemment que c’était du sérieux.
— Et quand penses-tu que cela pourrait commencer ?
— Tout de suite, si tu veux.
— Formidable ! Enfin, prenez le temps de déjeuner tout de même.
— Trop aimable », conclut Tancrède avec un clin d’œil.
Ainsi, à peine deux heures plus tard, nous, les enrôlés de force évadés, prenions notre première leçon de combat grâce à deux guerriers d’élite déserteurs.
Chacun leur tour, Tancrède et Liétaud enseignèrent à des groupes de vingt les rudiments du maniement d’un fusil T-farad, arme à tout faire du soldat moderne. Bien qu’ayant dérobé autant d’armes qu’il y avait d’évadés dans notre groupe, cela ne faisait évidemment pas de nous des tireurs aguerris. Loin de là. Il faudrait donc beaucoup d’heures d’entraînement avant que chacun soit enfin en mesure de manipuler ces engins de mort de façon convaincante.
Pour nous protéger du soleil, et surtout d’un éventuel survol d’intercepteurs, nous avions disposé des bâches et des filets de camouflage au-dessus du terrain plat qui servait de champ de tir. Fasciné par le spectacle de ces ingénieurs, pour la plupart antimilitaristes, s’efforçant de devenir soldats, je m’étais installé sur le côté afin de ne pas en perdre une miette. Bientôt mon tour viendrait.
Je repensai à la discussion de la veille au soir au cours de laquelle Abel Doron avait fait cette remarque extrêmement déplacée à Tancrède. J’étais convaincu que, bien qu’il ne l’ait pas montré, l’ex-lieutenant en avait été blessé. Cet épisode avait mis en lumière un facteur auquel je n’avais pas suffisamment prêté attention : l’influence grandissante d’Ignacio Destraña, y compris jusque dans notre état-major. Ces derniers temps, j’avais souvent vu ces deux-là discuter ensemble, mais après tout, il n’est pas encore interdit de fréquenter notre mécanicien. Cependant, la remarque d’Abel hier soir, c’était du Ignacio tout craché. J’aurais reconnu entre mille cette façon d’insister à outrance sur les aspects les plus négatifs, de jeter le discrédit sur tout un raisonnement par un argument de mauvaise foi.
Cela dit, il fallait reconnaître que Tancrède avait eu un comportement étrange sur la fin de la discussion, lorsqu’il avait dit que nous devions nous battre. Moi-même j’avais hésité à le prendre au sérieux. Nous battre contre quoi ? Contre les barons croisés ? Je ne l’avais soutenu que pour empêcher la marionnette d’Ignacio de le déstabiliser, mais j’étais loin de savoir où il voulait en venir.
De plus, pour être parfaitement honnête, je l’avais soutenu aussi parce qu’il avait fait ressurgir dans mon cœur un espoir qui l’avait quitté depuis longtemps. Celui de revoir ma famille. Guillemette et papa. Si vraiment il pensait que nous avions une chance, même infime, de forcer l’armée à nous ramener chez nous, alors j’étais prêt à faire tout ce qu’il me demanderait. Par ailleurs, quel soulagement ce serait pour moi de pouvoir enfin me reposer sur quelqu’un !
Après avoir fait exécuter toute une série d’exercices de tir à son groupe, Tancrède passa le relais à son frère d’armes pendant qu’une autre vingtaine d’inermes se mettait en place. Les deux soldats avaient laissé de côté leur exosquelette de guerre et ne portaient que de simples pantalons bruns, serrés aux chevilles par deux lanières, et d’amples chemises de coton blanc, au col coupé.
Je fis un signe de la main à Tancrède pour qu’il me rejoigne. Il vint jusqu’à moi puis s’adossa à l’un des poteaux sur lesquels nous avions tendu les bâches. Des auréoles de sueur dessinaient des cercles sombres sous ses bras et autour de son cou. Il faisait déjà très chaud.
« Alors ? » demandai-je laconiquement.
Le Normand balança la tête de droite à gauche en pinçant les lèvres.
« C’est si mauvais que ça ? » m’alarmai-je.
Il lâcha un petit rire.
« Non, non, ne t’inquiète pas. Ils ne tirent pas plus mal que la moyenne des débutants. Quelques dizaines d’heures d’entraînement, et ils commenceront à faire mouche plus souvent.