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Dôme. Tome 1 [Under the Dome - fr]

Электронная книга - «Dôme. Tome 1 [Under the Dome - fr]». Краткое содержание книги:

Le Dôme : personne n’y entre, personne n’en sort. A la fin de l’automne, la petite ville de Chester Mill, dans le Maine, est inexplicablement et brutalement isolée du reste du monde par un champ de force invisible. Personne ne comprend ce qu’est ce dôme transparent, d’où il vient et quand — ou si — il partira. L’armée semble impuissante à ouvrir un passage tandis que les ressources à l’intérieur de Chester Mill se raréfient. Big Jim Rennie, un politicien pourri jusqu’à l’os, voit tout de suite le bénéfice qu’il peut tirer de la situation, lui qui a toujours rêvé de mettre la ville sous sa coupe. Un nouvel ordre social régi par la terreur s’installe et la résistance s’organise autour de Dale Barbara, vétéran de l’Irak et chef cuistot fraîchement débarqué en ville…
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« C’est amusant », dit Rose, sans se douter que ce qui l’amuse ne va pas durer bien longtemps. Un Frisbee fend paisiblement l’air dans leur direction. Rose le saisit et le renvoie à Benny Drake, qui doit sauter pour l’attraper, tourne sur lui-même et le réexpédie à Norrie Calvert, laquelle s’en empare dans son dos — quel cinéma ! L’assemblée de prières prie. Le chœur recomposé, ayant à présent trouvé sa voix, vient d’entonner l’hymne qui cartonne depuis toujours : « En avant, soldats du Christ ». Une fillette, à peine plus âgée que Judy, passe en sautillant, tenant une allumette japonaise dans une main et un gobelet de l’infâme limonade dans l’autre. Les manifestants continuent à tourner, décrivant des cercles de plus en plus larges, chantant sur l’air des lampions : Ha-ha-ha ! Hé-hé-hé ! Chester’s Mill faut libérer ! Haut dans le ciel, voguent des nuages rebondis au ventre plus sombre, en provenance de Motton… des nuages qui se divisent à l’approche des soldats pour contourner le Dôme. Directement au-dessus, le ciel est sans nuages, d’un bleu parfait. Certains, dans le champ de Dinsmore, étudient ces nuages et se demandent ce que l’avenir réserve à Chester’s Mill en matière de pluie, mais personne ne fait part à haute voix de ses réflexions.

« Je me demande si nous nous amuserons autant dimanche prochain », dit Barbie.

Linda Everett le regarde. Un regard qui n’a rien d’amical. « Vous ne pensez tout de même pas que d’ici là… »

Rose lui coupe la parole. « Regardez ! Le gamin ne devrait pas rouler aussi vite ! Il va se retourner. Je déteste ces quads. »

Tous regardent le petit véhicule aux gros pneus ballon lancé dans une diagonale au milieu du foin desséché d’octobre. Il roule non pas vers eux, pas exactement, mais en direction du Dôme. Il va trop vite. Deux soldats l’entendent approcher et, finalement, se retournent.

« Oh, bon Dieu, faites qu’il ne s’écrase pas ! » s’exclame Linda Everett.

Rory Dinsmore ne s’écrase pas. Il aurait mieux valu.

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Une idée, c’est comme un microbe en sommeil : tôt ou tard, quelqu’un finit par l’attraper. L’état-major général conjoint l’avait déjà eue ; elle avait été avancée à plusieurs reprises lors des réunions auxquelles avait assisté l’ancien patron de Barbie, le colonel James O. Fox. Tôt ou tard, quelqu’un de Chester’s Mill allait finir par être gagné par la même infection ; on ne sera pas tout à fait surpris que cette idée soit venue à l’esprit de Rory Dinsmore, de loin l’outil le mieux affûté de la boîte familiale (« Je me demande de qui il tient ça », avait déclaré Shelley Dinsmore lorsque son fils aîné lui avait ramené de l’école ses premières et excellentes notes… et elle avait parlé avec plus d’inquiétude que de fierté dans la voix). S’il avait habité en ville — et possédé un ordinateur, ce qui n’était pas le cas — Rory aurait sans aucun doute fait partie de l’équipe de Joe McClatchey.

Rory s’était vu interdire de participer à la manifestation-foire-assemblée de prières ; si bien qu’au lieu d’aller manger des hot-dogs au goût bizarre et d’aider à garer les voitures, il avait reçu l’ordre de son père de rester à la ferme pour s’occuper des vaches. Après leur avoir donné du foin, il devait graisser leurs tétines avec du Bag Balm, une corvée qu’il détestait. « Et une fois qu’elles auront les tétines bien propres et bien brillantes, avait dit son père, tu balaieras les granges et tu descendras des bottes de foin. »

Il était puni pour s’être approché du Dôme, la veille, alors que son père le lui avait expressément interdit. Et pour avoir tapé dessus, pour l’amour du Ciel ! Rory avait appelé sa mère à la rescousse — c’était souvent efficace — mais en vain cette fois. « Tu aurais pu ête tué, avait répondu Shelley. Et en plus, il paraît que tu as dit des gros mots.

— Je leur ai juste donné le nom du cuistot ! » avait protesté Rory et pour ça, son père lui avait collé une taloche de plus sous les yeux d’un Ollie qui jubilait et approuvait en silence.

« T’es trop malin pour ton propre bien », avait dit Alden.

Bien à l’abri dans le dos de son père, Ollie avait tiré la langue. Mais Shelley l’avait vu… et aligné une taloche à Ollie. Sans cependant lui interdire les plaisirs que pourrait lui procurer cette fête foraine improvisée.

« Et pas question que tu touches à ce fichu quad », avait ajouté Alden avec un geste vers le tout-terrain rangé dans l’ombre entre les granges 1 et 2. « Si tu dois déplacer du foin, tu le porteras. Ça te fera les muscles. » Peu de temps après, les Dinsmore bas de plafond étaient partis ensemble par le champ, en direction de la tente de Romeo. Laissant le seul des quatre ayant un cerveau s’escrimer avec une fourche et un pot de Bag Balm de la taille d’un tonnelet.

Rory se mit au travail, morose, mais avec application ; son esprit délié lui valait parfois des ennuis, mais c’était néanmoins un bon fils, et l’idée de laisser tomber une corvée parce que c’était une punition ne lui traversa même pas l’esprit. Sur le coup, d’ailleurs, rien ne lui traversa l’esprit. Il se trouvait dans cet état de grâce où l’on a la tête vide et qui peut être parfois un sol fertile ; le sol d’où peuvent soudain jaillir tout armés les rêves les plus fous, les idées les plus brillantes (les bonnes comme les plus spectaculairement mauvaises). Ces idées sont cependant toujours précédées par un enchaînement d’associations.

Alors que Rory balayait l’allée centrale de la grange 1 (il avait décidé de garder pour la fin la détestable corvée de graisser les pis), il entendit une série de détonations qui ne pouvaient venir que de pétards. Elles rappelaient un peu celles d’un fusil. Il pensa à la carabine 30–30 de son père, rangée dans le placard de l’entrée. Les garçons avaient interdiction d’y toucher, sauf sous une stricte supervision — soit pour tirer sur une cible, soit pendant la saison de chasse — mais l’arme n’était pas sous clef et les cartouches étaient posées sur l’étagère, au-dessus.

Et c’est là que l’idée lui vint. Rory pensa : Je pourrais faire un trou dans ce truc. Peut-être même le faire exploser. L’image qui lui vint, brillante et claire, était celle d’une allumette qu’on approche d’un ballon de baudruche.

Il laissa tomber son balai et courut jusqu’à la maison. Comme beaucoup de gens intelligents (et en particulier d’enfants intelligents), il fonctionnait davantage à l’inspiration qu’à la réflexion. Si son frère aîné avait eu la même idée (peu vraisemblable) Ollie aurait pensé : Si un avion n’a pas pu passer au travers, si un camion chargé lancé plein pot n’a pas pu non plus, quelle chance aura une balle de passer ? Il aurait aussi pu se faire ce raisonnement : J’ai déjà des emmerdes pour avoir désobéi et ce truc-là, c’est des emmerdes à la puissance neuf.

Eh bien… non, Ollie n’aurait probablement pas pensé tout cela. Les capacités mathématiques d’Ollie s’arrêtait à la première virgule d’une multiplication.

Rory, en revanche, avait des rudiments d’algèbre et s’en sortait très bien. Si on lui avait demandé comment une balle pourrait accomplir ce qu’un avion et un camion n’étaient pas parvenus à faire, il aurait répondu que l’impact d’une balle tirée par une Winchester Elite XP était de beaucoup supérieur. C’était démontrable. La vitesse, déjà, était beaucoup plus élevée. De plus, le point d’impact serait concentré sur la pointe d’une balle de cent vingt grammes. Il était sûr que ça marcherait. Son raisonnement avait l’élégance d’une équation algébrique.

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