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Dôme. Tome 1 [Under the Dome - fr]

Электронная книга - «Dôme. Tome 1 [Under the Dome - fr]». Краткое содержание книги:

Le Dôme : personne n’y entre, personne n’en sort. A la fin de l’automne, la petite ville de Chester Mill, dans le Maine, est inexplicablement et brutalement isolée du reste du monde par un champ de force invisible. Personne ne comprend ce qu’est ce dôme transparent, d’où il vient et quand — ou si — il partira. L’armée semble impuissante à ouvrir un passage tandis que les ressources à l’intérieur de Chester Mill se raréfient. Big Jim Rennie, un politicien pourri jusqu’à l’os, voit tout de suite le bénéfice qu’il peut tirer de la situation, lui qui a toujours rêvé de mettre la ville sous sa coupe. Un nouvel ordre social régi par la terreur s’installe et la résistance s’organise autour de Dale Barbara, vétéran de l’Irak et chef cuistot fraîchement débarqué en ville…
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Barbie, en revanche — peut-être parce que le colonel Cox lui avait fait de nouveau endosser sa tenue d’enquêteur —, vit tout. Et son souvenir le plus précis, par la suite, ne fut pas Coggins torse nu, mais Melvin Searles pointant un doigt vers lui et inclinant légèrement la tête de côté : on n’en a pas fini avec toi, Beau Gosse.

Ce dont tous les autres se souvenaient — ce qui leur fit saisir la situation réelle de Chester’s Mill comme rien n’aurait sans doute pu le faire — c’étaient les cris du père qui tenait son enfant pissant le sang dans ses bras et ceux de la mère hurlant : « Il va bien, Alden ? IL VA BIEN ? » tandis qu’elle trimbalait ses vingt kilos de trop jusque sur les lieux.

Barbie vit Rusty Everett s’ouvrir un chemin au milieu du cercle qui se rassemblait autour du garçon et rejoindre les deux hommes agenouillés, Alden et Lester. Alden tenait son fils dans ses bras sous le regard du pasteur Coggins, mâchoire pendante comme un portail sur des gonds disjoints. La femme de Rusty était juste derrière lui. Rusty se mit à genoux entre Alden et Lester et essaya de décoller les mains du garçon, qui les avait de nouveau portées à son visage. Alden — ce qui ne surprit pas Barbie — lui balança un coup de poing. Le nez de Rusty se mit à couler.

« Non ! Laissez-le l’aider ! » cria la femme de l’assistant médical.

Linda, pensa Barbie. Elle s’appelle Linda, et elle est flic.

« Non, Alden ! Non ! » Linda posa une main sur l’épaule du fermier et celui-ci se tourna, apparemment prêt à la frapper, elle aussi. Il n’y avait plus rien d’humain dans son visage ; on aurait dit un animal protégeant son petit. Barbie s’avança pour intercepter le poing si le fermier passait à l’acte, puis il eut une meilleure idée.

« C’est un médecin ! cria-t-il en se penchant vers Alden pour essayer de lui cacher Linda. Un médecin ! Un méde… »

Barbie se sentit brutalement tiré en arrière par le col de son T-shirt, puis obligé de pivoter. Il eut tout juste le temps de reconnaître Mel Searles (l’un des potes de Junior) et de remarquer sa chemise bleue et son badge. Ça ne pouvait pas être pire, eut-il le temps de songer mais, comme pour lui prouver qu’il se trompait, Searles lui donna un coup de poing en pleine figure, exactement comme il l’avait fait l’autre soir, dans le parking du Dipper’s. Il rata le nez de Barbie — sa cible, très certainement — mais lui écrasa les lèvres contre les dents.

Searles brandit son poing pour recommencer mais Jackie Wettington — binôme bien malgré elle de Mel ce jour-là — l’attrapa par le bras. « Ne faites pas ça ! Officier,ne faites pas ça ! »

Un instant, on put tout craindre. Puis deux personnes — Ollie Dinsmore, suivi de près par sa mère en larmes, haletante — passèrent entre eux, bousculant Searles au passage.

Le flic abaissa le poing. « Très bien. Mais t’es sur une scène de crime, trouduc. Scène d’enquête de la police, tout ce que tu voudras. »

Barbie essuya sa bouche en sang d’un revers de main et pensa : Le pire n’est pas arrivé. Le pire, c’est qu’on n’a pas encore vu le pire.

2

La seule chose que Rusty entendit fut Barbie criant médecin.

« Je suis l’assistant médical, Mr Dinsmore. Rusty Everett. Vous me connaissez. Laissez-moi examiner votre fils.

— Laisse-le, Alden ! cria Shelley. Laisse-le s’occuper de Rory ! »

Le fermier relâcha sa prise sur le garçon qui se balançait d’avant en arrière sur les genoux, son blue-jean imbibé de sang. Rory se cachait toujours la figure de ses mains. Rusty les lui prit — doucement, tout doucement — et les abaissa. Il avait espéré que ce ne serait pas aussi grave qu’il le craignait, mais l’orbite était à vif, vide et pissait le sang. Et le cerveau, derrière cette orbite, avait subi de sérieux dégâts. La seule nouveauté était la manière dont son œil restant, tourné vers le ciel, sans expression, s’exorbitait vers le néant.

Rusty voulut enlever son T-shirt, mais le pasteur lui tendait déjà sa chemise. Le torse en sueur de Coggins, sa poitrine décharnée et livide, son dos strié de cicatrices rouges.

« Non, dit Rusty, il faut la déchirer. En faire des lanières. »

Un instant, Lester le regarda sans comprendre. Puis il déchira sa chemise par le milieu. Le reste du contingent de police venait d’arriver pendant ce temps, et certains des vrais flics — Henry Morrison, George Frederick, Jackie Wettington et Freddy Denton — criaient aux nouvelles recrues de faire reculer la foule, de ménager un peu d’espace. Les nouveaux s’exécutèrent, et avec enthousiasme. Certains des badauds furent renversés, y compris la célèbre tortionnaire de Bratz, Samantha Bushey, qui se retrouva le cul par terre. Sammy portait Little Walter à l’indienne, dans son dos, et la mère et le fils se mirent à hurler. Junior Rennie l’enjamba sans même un regard et agrippa Shelley Dinsmore ; il s’apprêtait à l’obliger à se relever lorsque Freddy Denton intervint :

« Non, Junior, non ! C’est la mère du gosse ! Laisse-la !

— Brutalités policières ! » hurla Sammy affalée dans l’herbe. Brutalités polic… »

Georgia Roux, la dernière reçue dans ce qui était maintenant l’effectif de Peter Randolph, arriva avec Carter Thibodeau (qui lui tenait la main, en plus). Georgia appuya une botte contre l’un des seins de Sammy — ce n’était pas tout à fait un coup de pied — et dit : « La ferme, sale gouine. »

Junior lâcha la mère de Rory et alla rejoindre Mel, Carter et Georgia. Tous trois regardaient Barbie. Junior joignit sa paire d’yeux à celle des autres, l’air de penser que le cuistot était une foutue épine dans le pied qui n’arrêtait pas de se replanter. Il se dit que Baaarbie ferait très bien dans une cellule, celle à côté de Sam le Poivrot, par exemple. Junior pensait aussi que son destin avait toujours été de devenir flic ; rien ne l’avait jamais aussi bien soulagé de ses maux de tête.

Rusty prit la moitié de la chemise déchirée de Lester et la déchira à nouveau. Il roula le lambeau en boule et commença à le poser sur la plaie béante, puis changea d’idée et la tendit au père. « Tenez-le contre… »

Les mots purent à peine sortir de sa bouche qu’il avait pleine de sang à cause de son nez écrasé. Il retint la boule gluante, détourna la tête et cracha un glaviot à moitié coagulé dans l’herbe avant de recommencer : « Tenez ça contre la plaie, papa, et appuyez bien. L’autre main sur la nuque, et pressez. »

En état de sidération mais plein de bonne volonté, Alden Dinsmore obtempéra. Le tampon improvisé se teinta aussitôt de rouge, mais l’homme paraissait néanmoins plus calme. Faire quelque chose l’aidait. C’était en général le cas.

Rusty lança le morceau de chemise restant à Lester. « Encore ! » dit-il. Et le pasteur se mit à déchirer la chemise en lambeaux plus petits. Rusty enleva la main de Dinsmore pour retirer le premier tampon, à présent complètement imbibé de sang et inutile. Shelley Dinsmore hurla quand elle vit l’orbite vide de son fils. « Oh, mon petit ! Mon p’tit gars ! »

Peter Randolph arriva alors au petit trot, soufflant comme un phoque. Il n’en avait pas moins distancé Big Jim qui — soucieux de ménager son palpitant de seconde catégorie — remontait au pas la pente herbeuse en suivant le large tracé créé par la foule. Il pensait au sac d’embrouilles qu’était devenue la situation. Ce genre de rassemblement devrait à l’avenir faire l’objet d’une autorisation — c’était trop tard pour aujourd’hui. Et s’il avait son mot à dire (il l’avait ; il l’avait toujours), les permis seraient difficiles à obtenir.

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