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Dôme. Tome 1 [Under the Dome - fr]

Электронная книга - «Dôme. Tome 1 [Under the Dome - fr]». Краткое содержание книги:

Le Dôme : personne n’y entre, personne n’en sort. A la fin de l’automne, la petite ville de Chester Mill, dans le Maine, est inexplicablement et brutalement isolée du reste du monde par un champ de force invisible. Personne ne comprend ce qu’est ce dôme transparent, d’où il vient et quand — ou si — il partira. L’armée semble impuissante à ouvrir un passage tandis que les ressources à l’intérieur de Chester Mill se raréfient. Big Jim Rennie, un politicien pourri jusqu’à l’os, voit tout de suite le bénéfice qu’il peut tirer de la situation, lui qui a toujours rêvé de mettre la ville sous sa coupe. Un nouvel ordre social régi par la terreur s’installe et la résistance s’organise autour de Dale Barbara, vétéran de l’Irak et chef cuistot fraîchement débarqué en ville…
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Rory imaginait déjà son visage souriant (modestement) en couverture de USA Today ; se voyait interviewé dans l’émission Nightly News with Brian Williams ; installé sur un char de parade couvert de fleurs en son honneur, entouré d’une ribambelle de filles dans le genre Reines de la Promo (probablement en robes décolletées, peut-être même en maillots de bain) tandis qu’il saluait la foule et que des averses de confettis pleuvaient sur lui. Il serait LE GARÇON QUI A SAUVÉ CHESTER’S MILL.

Il s’empara de la carabine, déploya l’escabeau et prit à tâtons une boîte de cartouches sur l’étagère du haut. Il enfourna deux cartouches dans le chargeur (la deuxième à tout hasard) puis courut dehors, tenant la carabine au-dessus de la tête tel un rebelle conquérant (mais — accordons-lui ça — après avoir mis la sûreté sans même y réfléchir). La clé du quad Yamaha que son père lui avait interdit de prendre était accrochée à un clou de la grange 1. Il garda le porte-clés entre ses dents pendant qu’il attachait la carabine à l’arrière du quad avec des tendeurs. Il se demanda s’il y aurait du bruit lorsque le Dôme éclaterait. Il aurait dû prendre l’un des protège-oreilles qui se trouvaient aussi sur l’étagère du haut, dans le placard, mais retourner en chercher un était impensable ; il devait faire vite.

C’est toujours comme ça, avec les grandes idées.

Il contourna la grange 2 avec le quad, ralentissant juste le temps d’évaluer la foule rassemblée dans le pré. En dépit de son excitation, il comprenait qu’il valait mieux ne pas se diriger sur l’endroit où le Dôme coupait la route (et où les traces des collisions de la veille restaient suspendues en l’air comme des souillures sur un vitrage jamais lavé). Quelqu’un risquait de l’arrêter avant qu’il ait pu faire exploser le Dôme. Si bien que dans ce cas, au lieu d’être LE GARÇON QUI A SAUVÉ CHESTER’S MILL il serait LE GARÇON QUI A GRAISSÉ DES PIS DE VACHE PENDANT UN AN. Oui, sans compter que, pendant la première semaine, il faudrait le faire accroupi, vu qu’il aurait trop mal au cul pour s’asseoir. Et quelqu’un d’autre s’attribuerait le mérite et la gloire de son idée.

Il partit donc selon une diagonale qui devait le conduire à environ cinq cents mètres de la tente, où le foin écrasé lui indiquerait quand il devrait s’arrêter. Ces trous dans le foin, comme il le savait, avaient été faits par les oiseaux. Il vit les soldats de garde dans le secteur se retourner au bruit du moteur du quad. Il entendit les cris inquiets des gens venus prier ou s’amuser. Le chœur s’arrêta progressivement, avec quelques couacs.

Pis que tout, il aperçut son père qui agitait sa casquette John Deere crasseuse dans sa direction et hurlait à pleins poumons : « RORY OH, BON DIEU, ARRÊTE ! »

Mais Rory était allé trop loin pour s’arrêter maintenant et — bon fils ou pas — il n’avait aucune envie de s’arrêter. Le quad heurta une taupinière et il décolla du siège, s’agrippant aux poignées et rigolant comme un dément. Sa casquette (également une John Deere) était à l’envers mais il ne se souvenait pas l’avoir mise ainsi. Le quad s’inclina, puis décida de se redresser. Il y était presque, à présent, et l’un des soldats en tenue de combat lui hurla à son tour de s’arrêter.

Ce que fit Rory, et si soudainement qu’il faillit faire un saut périlleux par-dessus le guidon du quad. Il oublia de passer au point mort et, du coup, la foutue machine repartit en avant, heurtant le Dôme avant de caler. Rory entendit le grincement du métal et le verre des phares qui se brisaient.

Les soldats, effrayés à l’idée d’être heurtés par le quad (un œil qui ne voit rien pour arrêter un objet se précipitant vers lui déclenche de puissants réflexes), s’éparpillèrent des deux côtés, épargnant à Rory le souci de leur demander de s’écarter pour éviter une éventuelle explosion. Il voulait bien être un héros, mais sans tuer ou blesser quelqu’un pour cela.

Il devait se dépêcher. Les gens les plus proches de lui étaient ceux qui se trouvaient dans le parking et autour de la tente de Burpee, et tous couraient dans sa direction comme des dératés. Son père et son frère se trouvaient parmi eux, lui hurlant l’un comme l’autre de renoncer à faire ce qu’il voulait faire, quoi que ce fût.

Rory libéra la carabine des tendeurs, épaula et visa la barrière invisible, à un mètre cinquante au-dessus d’un trio de moineaux morts.

« Non, gamin, c’est une mauvaise idée ! » lui cria un soldat.

Rory ne lui prêta pas attention, parce que c’était une bonne idée. Les gens accourus de la tente et du parking n’étaient plus très loin. Quelqu’un — Lester Coggins, dont le jeu de jambes était nettement supérieur à son jeu à la guitare — lui cria : « Au nom de Dieu, mon fils, ne fais pas ça ! »

Rory appuya sur la détente. Non — il ne fit qu’essayer. Le cran de sécurité était encore mis. Il jeta un coup d’œil par-dessus son épaule et vit le grand et maigre prédicateur de l’église des Exaltés dépasser son père, lequel était hors d’haleine, le visage écarlate. Un pan de sa chemise flottait derrière lui. Il avait les yeux écarquillés. Le cuistot du Sweetbriar Rose arrivait juste derrière Alden Dinsmore. Ils n’étaient même pas à soixante mètres de lui, maintenant, et le révérend était en train d’accélerer le mouvement.

Rory rabattit le cran de sûreté.

« Non, gamin, non ! » hurla à nouveau le soldat tout en s’accroupissant de l’autre côté du Dôme, mains tendues.

Rory n’y fit pas attention. C’est comme ça, avec les grandes idées. Il fit feu.

Ce fut, malheureusement pour le garçon, un coup parfait. La balle atteignit le Dôme selon un angle on ne peut plus droit, ricocha et repartit telle une balle en caoutchouc au bout d’une ficelle. Rory ne ressentit pas la douleur, sur le coup, mais sa tête se remplit d’un vaste rideau de lumière blanche lorsque le plus petit des deux fragments de la balle s’enfonça dans son œil gauche et se logea dans son cerveau. Du sang jaillit puis se mit à couler entre ses doigts tandis qu’il tombait à genoux, se tenant le visage.

12

« J’suis aveugle ! J’suis aveugle ! » se mit à hurler le garçon ; Lester pensa aussitôt au passage des Saintes Écritures sur lequel avait atterri son doigt : L’Éternel te frappera de délire, d’aveuglement, d’égarement d’esprit.

« J’suis aveugle ! J’suis aveugle ! »

Lester détacha les doigts du garçon et vit l’orbite rouge dont le sang coulait. Ce qui restait de l’œil de Rory pendait sur sa joue. Lorsqu’il releva la tête pour regarder le pasteur, les débris sanguinolents se détachèrent et tombèrent dans l’herbe.

Lester eut un instant pour tenir l’enfant dans ses bras avant que son père n’arrive et ne le lui arrache. C’était juste. Il devait en être ainsi. Lester avait péché et demandé au Seigneur de le guider. Un avis lui avait été envoyé, une réponse lui avait été donnée. Il savait à présent ce qu’il devait faire en ce qui concernait le péché qu’il avait été conduit à commettre sous l’influence de James Rennie.

Un enfant aveugle lui avait montré la voie.

Le pire, c’est qu’on n’a pas encore vu le pire

1

De tout cela Rusty Everett garderait le souvenir d’une grande confusion. La seule image d’une absolue clarté serait celle du pasteur Coggins avec son torse nu, à la peau blanche comme un ventre de poisson, et ses côtes saillantes et décharnées.

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