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Les enfants de l'esprit [Children of the Mind - fr]

Электронная книга - «Les enfants de l'esprit [Children of the Mind - fr]». Краткое содержание книги:

Les paqueninos, la Reine et les humains de Lusitania sont menacés par l’arrivée de la Flotte Stellaire qui compte utiliser le « Petit Docteur », un désintégrateur moléculaire, pour préserver la race humaine du terrible virus de la descolada.
Seule Jane, l’intelligence artificielle alliée d’Ender, est capable de sauver Lusitania et les espèces qui y vivent. Mais son action est menacée par le Congrès Stellaire, qui s’efforce de déconnecter tous les réseaux informatiques qu’elle utilise.
Quant à Ender, il doit maintenir toute son attention, malgré ses forces déclinantes, pour que les enfants nés de son esprit — Peter et Val — puissent mener à bien leurs quêtes respectives : la recherche sur la planète Pacifica d’un puissant leader d’opinion susceptible d’influer sur la décision du Congrès et l’exploration de planètes colonisables pour préparer l’exode des habitants de Lusitania. Le compte à rebours va bientôt s’achever...
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— Comment as-tu fait pour la voir ? Je ne l’ai même pas aperçue.

— Elle a jadis fait partie de nous. Et ce que le Samoan a dit, pendant qu’une de mes ouvrières l’observait sur l’ordinateur de Jakt, m’a aidée à la retrouver. Nous nous sommes obstinés à chercher toujours au même endroit, sans jamais la trouver. Mais lorsque nous nous sommes aperçus qu’elle se déplaçait sans cesse, nous avons compris : son corps était aussi grand que les limites de la colonisation humaine, et comme nos aiúas restent à l’intérieur de nos corps, facilement repérables, les siens en ont fait autant. Mais le volume, dont nous faisons partie, étant beaucoup plus important, elle ne restait jamais en place suffisamment longtemps, ni dans un espace suffisamment restreint pour que nous puissions la repérer. Ce n’est qu’une fois la majeure partie d’elle même perdue que j’ai pu la trouver. Et maintenant je sais où elle se trouve.

— La jeune Valentine est donc à elle maintenant.

— Non, Ender n’arrive pas à la lâcher. »

Jane se promena gaiement dans ce corps si différent de ceux dont elle se souvenait ; mais en quelques minutes elle se rendit compte que l’aiúa qu’elle avait reconnu, celui qu’elle avait suivi jusqu’ici, n’était pas prêt à lui donner ne serait-ce qu’une infime partie de lui-même. Quoi qu’elle touche, il s’y trouvait, touchant lui aussi, affirmant son autorité ; et dans un moment de panique, Jane comprit que bien que se trouvant dans un organisme d’une beauté et d’une pureté extraordinaires – ce temple de cellules vivant sur une structure osseuse –, rien de tout cela ne lui appartenait. Si elle y demeurait, ce serait en tant que réfugiée. Elle n’était pas à sa place ici, même si l’endroit lui plaisait.

Elle s’y trouvait vraiment bien. Pendant ces milliers d’années de vie, si grande en taille, si rapide dans le temps, elle avait néanmoins été handicapée sans s’en rendre compte. Elle était vivante, mais de son vaste territoire rien n’avait survécu. Elle avait toujours tout contrôlé de manière implacable, mais dans ce corps, ce corps humain, celui de cette femme – Val – il y avait des millions de minuscules vies lumineuses, des cellules innombrables de vie, luttant, travaillant, se multipliant, mourant, liées d’un corps à un autre, d’aiúa à aiúa. C’était à travers de tels liens que les créatures de chair et de sang vivaient, et c’était plus impressionnant, malgré la lenteur de pensée, que tout ce qu’elle avait pu vivre. Comment ces êtres de chair peuvent-ils penser, avec toutes ces danses autour d’eux, tous ces chants les empêchant de se concentrer ?

Elle atteignit la mémoire de Val et fut submergée par un flot de souvenirs. Cela n’avait pas la précision et la profondeur de son ancienne mémoire, mais chaque expérience était plus puissante et plus réelle que tous les souvenirs qu’elle avait pu avoir. Comment pouvaient-ils s’empêcher de rester immobiles à longueur de journée pour pouvoir se souvenir de la journée précédente ? Parce que chaque nouveau moment crie plus fort que la mémoire.

Pourtant, chaque fois que Jane touchait un souvenir ou ressentait une sensation de ce corps vivant, l’aiúa central du corps était là pour la repousser, affirmant sa suprématie.

Enfin, agacée d’être repoussée par cet aiúa, Jane refusa de bouger. Au lieu de cela, elle revendiqua sa place, cette partie du cerveau, exigeant la soumission de ces cellules et l’autre aiúa s’éloigna d’elle.

Je suis plus forte que toi, lui dit Jane sans parler. Je peux te prendre tout ce qui fait de toi ce que tu es, tout ce que tu as, tout ce que tu pourras être et posséder et tu ne pourras pas m’en empêcher. L’aiúa qui dominait un peu plus tôt s’enfuit devant elle, et la course reprit, mais les rôles étaient inversés.

« Elle est en train de le tuer.

— Attendons. »

Dans le vaisseau en orbite autour de la planète des descoladores, tout le monde fut surpris par le hurlement soudain de Val. Ils se retournèrent, mais avant même que quelqu’un puisse faire quoi que ce soit, son corps entra en convulsions et elle bondit de son siège. En l’absence de gravité, elle flotta un instant jusqu’à percuter violemment le plafond, et durant tout ce temps, sa voix émettait un cri rauque et elle arborait un sourire qui s’apparentait plus à une grimace, exprimant à la fois une agonie sans nom et une joie indescriptible.

Sur Pacifica, sur une île, sur une plage, Peter cessa brusquement de pleurer pour s’effondrer sur le sable, pris de convulsions, sans un bruit. « Peter ! » hurla Wang-mu. Elle se jeta sur lui pour le prendre dans ses bras, essayant d’empêcher ses membres de s’agiter, comme secoués par un marteau-piqueur. Peter cherchait son souffle et, ne le trouvant pas, finit par vomir. « Il est en train de s’étouffer ! » cria Wang-mu. À ce moment-là, de puissantes mains la tirèrent en arrière et retournèrent Peter sur le sable, face à terre, pour l’empêcher d’étouffer. Ce corps, toussant, manquant d’air, arrivait quand même à respirer. « Que se passet-il ? » cria Wang-mu.

Malu éclata de rire, et lorsqu’il parla, sa voix ressemblait à un chant. « La déesse est arrivée jusqu’ici ! La déesse dansante a touché la chair ! Bien sûr, ce corps est trop faible pour la contenir ! Ce corps ne peut évidemment pas danser la danse des dieux ! Mais qu’il soit béni, éclairé et magnifié maintenant que la déesse s’y trouve ! »

Wang-mu ne voyait rien de magnifique dans ce qui arrivait à Peter. « Sors de lui ! hurla-t-elle. Sors d’ici, Jane ! Tu n’as aucun droit sur lui ! Tu n’as pas le droit de le tuer ! »

Dans une chambre du monastère des Enfants de l’Esprit du Christ, Ender s’était redressé dans son lit, les yeux grands ouverts, mais sans rien voir car quelqu’un d’autre contrôlait ses yeux ; toutefois, l’espace d’un instant sa voix fut la sienne, car ici plus qu’ailleurs son aiúa reconnaissait si bien la chair qu’il pouvait lutter avec l’intrus. « Seigneur, à l’aide ! hurla Ender. Je n’ai nulle part où aller ! Laisse-moi quelque chose ! Laisse-moi quelque chose ! »

Les femmes se regroupèrent autour de lui – Valentine, Novinha, Plikt – et oublièrent immédiatement leurs querelles pour poser leurs mains sur lui, l’obligeant à s’allonger, à se calmer, mais ses yeux se mirent à rouler, sa langue sortit de la bouche, son dos se courba, et il s’agitait si violemment dans son lit que malgré leur prise, il se retrouva sur le sol, dans un enchevêtrement de corps, expédiant ici et là des coups de pied, de main et de tête.

« Elle est trop forte pour lui, dit la Reine. Mais pour l’instant, le corps est aussi trop fort pour elle. Ce n’est pas une mince affaire de dompter un corps récalcitrant. Les cellules qu’Ender a contrôlées toutes ces années le connaissent bien. Mais elle, non. On peut parfois hériter de certains royaumes, jamais les usurper.

— Je l’ai senti, je crois. Je l’ai vu.

— Elle a réussi par moments à l’éloigner complètement, et il a suivi les liens qu’il a trouvés. Mais il ne veut pas prendre d’autres corps parce qu’il est trop avisé pour cela : il a déjà fait l’expérience de la chair. Mais il t’a trouvé et a réussi à t’atteindre parce que tu es un être différent.

— Cherchera-t-il à entrer en moi ? Ou dans un des arbres de notre réseau ? Ce n’est pas ce que nous voulions.

— Ender ? Non, il s’accrochera à son propre corps, à l’un d’entre eux en tout cas, sinon il choisira la mort. Attendons. »

Jane ressentait l’angoisse des corps qu’elle contrôlait désormais. Ils souffraient, un sentiment qu’elle n’avait jamais connu auparavant, ces corps qui se tordaient de douleur alors que les myriades d’aiúas se rebellaient contre sa domination. Contrôlant désormais trois corps et trois cerveaux, elle comprit au milieu du chaos furieux de leurs convulsions que sa présence n’apportait que douleur et terreur, alors qu’ils n’aspiraient qu’à retrouver celui qu’ils aimaient, le maître en qui ils avaient toujours eu confiance et qu’ils connaissaient si bien, le considérant comme une part d’eux-mêmes. Ils ne lui avaient pas donné de nom, étant trop petits et trop faibles pour développer des aptitudes telles que le langage ou la conscience, mais ils le connaissaient et savaient que Jane n’était pas leur véritable maître. La terreur et l’agonie qui en découlaient devinrent leur seule réalité. Elle comprit alors qu’elle ne pouvait pas rester.

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