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Les enfants de l'esprit [Children of the Mind - fr]

Электронная книга - «Les enfants de l'esprit [Children of the Mind - fr]». Краткое содержание книги:

Les paqueninos, la Reine et les humains de Lusitania sont menacés par l’arrivée de la Flotte Stellaire qui compte utiliser le « Petit Docteur », un désintégrateur moléculaire, pour préserver la race humaine du terrible virus de la descolada.
Seule Jane, l’intelligence artificielle alliée d’Ender, est capable de sauver Lusitania et les espèces qui y vivent. Mais son action est menacée par le Congrès Stellaire, qui s’efforce de déconnecter tous les réseaux informatiques qu’elle utilise.
Quant à Ender, il doit maintenir toute son attention, malgré ses forces déclinantes, pour que les enfants nés de son esprit — Peter et Val — puissent mener à bien leurs quêtes respectives : la recherche sur la planète Pacifica d’un puissant leader d’opinion susceptible d’influer sur la décision du Congrès et l’exploration de planètes colonisables pour préparer l’exode des habitants de Lusitania. Le compte à rebours va bientôt s’achever...
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— Je ne vous ai rien demandé non plus, mais vous êtes quand même venus ici pour me faire changer d’avis concernant la Flotte lusitanienne, non ? Vous vouliez obtenir de Malu qu’il me dise de parler à Aimaina pour qu’il parle à son tour aux Nécessariens de Vent Divin, pour que ceux-ci parlent à leur tour au groupe du Congrès qui n’a soif que de leur considération, afin que la coalition qui a envoyé la flotte s’effondre et annule l’ordre d’attaquer Lusitania. N’était-ce pas là votre plan ? »

Wang-mu acquiesça.

« Eh bien, vous vous êtes trompée. Vous ne pouvez pas comprendre ce qui pousse quelqu’un à prendre telle ou telle décision. Aimaina m’a écrit, mais je n’ai aucun pouvoir sur lui. Je lui ai enseigné la voie de l’Ua Lava, certes, mais c’est l’Ua Lava qu’il suit et non moi. Il le suit parce qu’il y voit une certaine vérité. Si je me mettais soudain à lui raconter que l’Ua Lava implique aussi de ne pas envoyer de flottes exterminer d’autres planètes, il écouterait poliment ce que j’ai à lui dire mais l’ignorerait, parce que cela n’a aucun rapport avec l’Ua Lava dans lequel il croit. Il y verrait, à juste titre, la tentative d’une vieille amie et professeur pour lui imposer sa volonté. Ce serait la fin de la relation de confiance qu’il y a entre nous, et cela ne le ferait pas changer d’avis.

— Alors nous avons échoué, dit Wang-mu.

— Je ne sais pas si vous avez échoué ou non. Lusitania n’a pas encore été détruite. Mais êtes-vous vraiment sûre que c’était vraiment là la véritable raison de votre visite ?

— C’est ce que Peter m’a dit. Ce que Jane a dit.

— Et comment connaissent-ils leur véritable but ?

— Eh bien, en suivant votre raisonnement, aucun d’entre nous n’a jamais de but bien précis. Nos vies dépendent uniquement de notre génétique et de notre éducation. Nous ne faisons que suivre le scénario qui nous a été donné.

— Ah, fit Grace, une légère déception dans la voix. Je suis désolée de vous entendre dire quelque chose d’aussi stupide. »

La pirogue fut de nouveau traînée sur le sable. Une fois de plus, Malu se leva de son siège pour débarquer sur la plage. Mais cette fois – était-ce possible ? – il semblait pressé. Tellement pressé d’arriver jusqu’à eux qu’en effet il y perdait un peu de sa dignité. Si lente que fût sa progression, Wang-mu avait l’impression qu’il bondissait sur la plage. Et en lisant dans son regard, elle comprit qu’il ne se dirigeait pas vers Peter, mais vers elle.

Novinha se réveilla dans le fauteuil confortable qu’on lui avait apporté et en oublia un instant l’endroit où elle se trouvait. Durant ses années de xénobiologiste, elle s’était souvent endormie dans un des fauteuils du laboratoire, aussi regarda-t-elle instinctivement autour d’elle en se demandant sur quoi elle était en train de travailler avant de s’endormir. Quel problème essayait-elle de résoudre ?

Puis elle vit Valentine penchée sur le lit d’Ender. Le lit sur lequel reposait son corps. Son cœur était ailleurs.

« Tu aurais dû me réveiller, dit Novinha.

— Je viens juste d’arriver. Et je n’osais pas te réveiller. On m’a dit que tu ne dormais presque plus en ce moment. »

Novinha se leva. « C’est étrange, j’ai pourtant l’impression de passer mon temps à ça.

— Jane est en train de mourir », lâcha Valentine.

Le cœur de Novinha fit un bond.

« Ta rivale, je sais », ajouta Valentine.

Novinha plongea son regard dans celui de l’autre femme, cherchant à y déceler une trace de colère, ou de moquerie. Mais ce ne fut pas le cas. Elle n’y lut que de la compassion.

« Je sais ce que tu ressens, crois-moi, continua Valentine. Avant d’aimer et d’épouser Jakt, Ender était toute ma vie. Ce que je n’ai jamais été pour lui. Oh, peut-être ai-je beaucoup compté pour lui dans son enfance – mais c’était un cadeau empoisonné, car les militaires m’utilisaient pour le contrôler, le pousser de l’avant lorsqu’il voulait abandonner. Après cela, c’était toujours Jane qui avait droit à ses blagues, ses réflexions, ses pensées les plus intimes. Jane qui voyait ce qu’il voyait et entendait ce qu’il entendait. J’ai écrit mes livres, et lorsqu’ils ont été terminés, il m’a accordé son attention quelques heures, quelques semaines. Il a exploité mes idées et cela m’a donné l’impression qu’il portait une partie de moi-même en lui. Mais c’était à elle qu’il appartenait. »

Novinha acquiesça. Elle comprenait parfaitement.

« Mais j’ai Jakt, je ne suis donc plus malheureuse. Et j’ai mes enfants. Aussi grand qu’ait pu être mon amour pour Ender, aussi grand soit cet homme, même ainsi, allongé là, dépérissant lentement… les enfants seront toujours plus importants pour une femme que n’importe quel homme. Nous prétendons parfois le contraire. Nous prétendons les porter pour lui, les élever pour lui. Mais c’est faux. Nous les élevons pour eux-mêmes. Nous restons avec nos hommes pour les enfants. » Valentine sourit. « C’est ce que tu as fait.

— Je ne suis pas restée avec le bon.

— Non, tu as fait ce qu’il fallait. Ton Libo avait une femme et des enfants – elle était celle qu’il lui fallait, et ils avaient le droit de lui demander de rester avec eux. Tu es restée avec un autre homme pour protéger tes enfants, et même si parfois ils l’ont détesté, ils l’ont aussi aimé. Et s’il s’est montré faible à certains moments, il s’est aussi montré fort à d’autres. Il était juste que tu sois avec lui pour leur bien. Il a été une protection pour eux pendant tout ce temps.

— Pourquoi me dis-tu tout cela ?

— Parce que Jane est en train de mourir. Mais elle pourrait vivre si seulement Ender essayait de l’atteindre.

— En remettant sa pierre à l’oreille ? dit Novinha, d’un air méprisant.

— Ils peuvent s’en passer depuis bien longtemps. De même qu’Ender n’a plus besoin de continuer à vivre dans ce corps.

— Il n’est pas si vieux.

— Trois mille ans.

— Simple effet de la relativité. En fait, il a…

— Trois mille ans, répéta Valentine. L’humanité tout entière a été sa famille durant presque tout ce temps ; il était comme un père parti en voyage d’affaires, revenant de temps en temps, mais qui, lorsqu’il était présent, représentait le juge impartial, celui qui règle tous les problèmes. C’est ce qui s’est produit chaque fois qu’il est arrivé sur une planète humaine pour y raconter la mort de quelqu’un ; il se tenait au courant de tout ce qui était arrivé à la famille depuis son départ. Il a vécu pendant trois mille ans, il n’en voyait pas la fin, et il a fini par – en avoir assez. Il a donc décidé d’abandonner cette grande famille pour aller vers une famille plus petite, la tienne ; il t’a aimée, et il s’est éloigné de Jane pour toi, Jane qui avait été comme sa femme pendant toutes ces années d’errances, qui était restée à la maison, pour ainsi dire, s’occupant de ses millions d’enfants, le tenant au courant de tout ce qu’ils faisaient, gardant son foyer.

— Et son œuvre lui vaudra les louanges devant les portes divines.

— Oui, c’est une femme vertueuse. Comme toi. »

Novinha releva la tête, pleine de hauteur. « Moi ? Jamais. Mon œuvre ne suscite que moqueries.

— Il t’a choisie et il t’a aimée, et il a aimé tes enfants en étant un père pour eux, ces enfants qui avaient déjà perdu deux pères ; et il est toujours leur père, il est toujours ton mari, mais tu n’as plus vraiment besoin de lui.

— Comment peux-tu dire cela ? s’emporta Novinha. Comment peux-tu savoir ce dont j’ai besoin ?

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