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Les enfants de l'esprit [Children of the Mind - fr]

Электронная книга - «Les enfants de l'esprit [Children of the Mind - fr]». Краткое содержание книги:

Les paqueninos, la Reine et les humains de Lusitania sont menacés par l’arrivée de la Flotte Stellaire qui compte utiliser le « Petit Docteur », un désintégrateur moléculaire, pour préserver la race humaine du terrible virus de la descolada.
Seule Jane, l’intelligence artificielle alliée d’Ender, est capable de sauver Lusitania et les espèces qui y vivent. Mais son action est menacée par le Congrès Stellaire, qui s’efforce de déconnecter tous les réseaux informatiques qu’elle utilise.
Quant à Ender, il doit maintenir toute son attention, malgré ses forces déclinantes, pour que les enfants nés de son esprit — Peter et Val — puissent mener à bien leurs quêtes respectives : la recherche sur la planète Pacifica d’un puissant leader d’opinion susceptible d’influer sur la décision du Congrès et l’exploration de planètes colonisables pour préparer l’exode des habitants de Lusitania. Le compte à rebours va bientôt s’achever...
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Je suis en train de mourir, se répétait-elle, détestant les mots qu’elle prononçait, détestant la panique qui s’emparait d’elle.

Elle communiquait par le biais de l’ordinateur de Val – en se contentant de parler car elle avait oublié comment matérialiser le masque qu’elle avait utilisé durant tant de siècles. « Maintenant, j’ai peur. » Mais cela dit, elle ne se rappelait plus si c’était bien à Val qu’elle s’adressait. Cette part d’elle-même s’était envolée elle aussi ; elle était là un instant plus tôt, mais elle était désormais hors de sa portée.

Et pourquoi s’adressait-elle à cet ersatz d’Ender ? Pourquoi pleurait-elle doucement à l’oreille de Miro, à celle de Peter, en disant : « Parle-moi, parle-moi, j’ai peur » ? Ce n’étaient pas ces formes humaines dont elle avait besoin en ce moment. C’était celui qui l’avait arrachée à son oreille. Celui qui l’avait repoussée poursuivre une humaine triste et lasse parce que – croyait-il – Novinha avait encore plus besoin de lui. Mais comment peut-elle avoir plus besoin de toi que moi en ce moment ? Si tu meurs, elle continuera de vivre. Mais moi, je suis en train de mourir parce que tu as détourné ton regard de moi.

Wang-mu l’entendit murmurer quelque chose à ses côtés sur la plage. Ai-je dormi, se demanda-t-elle ? Elle releva sa joue du sable, puis se redressa sur ses bras. La marée s’était retirée, l’eau se trouvait à son niveau le plus bas. Peter était à côté d’elle, assis en tailleur sur le sable, se balançant d’avant en arrière, parlant à voix basse. « Jane, je t’entends. Je te parle. Je suis là. » Des larmes coulaient le long de ses joues.

Et à ce moment-là, en entendant Peter parler ainsi à Jane, deux choses lui parurent évidentes. D’abord, Jane était en train de mourir, car ce que disait Peter ne pouvait être que des paroles de réconfort, et pourquoi Jane aurait-elle eu besoin de réconfort si elle ne vivait pas ses dernières heures ? Ensuite, Wang-mu s’avisa de quelque chose de plus terrible encore. En voyant les larmes de Peter – en voyant, pour la première fois, qu’il était capable de pleurer lui aussi –, elle comprit qu’elle aurait voulu toucher son cœur comme Jane y parvenait ; ou plutôt, qu’elle aurait voulu être la seule dont la mort puisse lui faire autant de peine.

Quand est-ce arrivé ? se demanda-t-elle. Quand ai-je commencé à vouloir qu’il m’aime ? Cela venait-il de se produire à l’instant, ce désir enfantin de le vouloir pour elle uniquement parce qu’une autre femme – une autre créature – le hantait ? Ou est-ce qu’après toutes ces journées passées ensemble, j’ai fini par vouloir qu’il m’aime sans arrière-pensée ? Est-ce que ses railleries, sa condescendance, ses souffrances aussi, ses peurs secrètes m’ont attirée à lui ? Était-ce le dédain dont il faisait preuve à mon égard qui me poussait à vouloir, non pas son approbation, mais son amour ? Ou était-ce sa souffrance qui me faisait souhaiter le voir se tourner vers moi pour le consoler ?

Pourquoi tant vouloir son amour ? Pourquoi suis-je si jalouse de Jane, cette étrangère mourante que je connais à peine ? Se pourrait-il qu’après toutes ces années où j’étais fière de ma solitude, je me sois subitement découvert une passion d’adolescente qui avait toujours été là ? Et pour assouvir ce besoin d’affection, aurais-je pu faire un pire choix ? Il aime quelqu’un que je ne pourrai jamais égaler, surtout après sa mort ; il sait que je suis ignorante et se moque bien de toutes mes autres qualités ; lui-même n’est qu’une partie d’être humain, et pas la plus sympathique.

Ai-je perdu la tête ?

Ou ai-je, enfin, trouvé mon cœur ?

Elle se sentit soudain submergée par une émotion inhabituelle. Toute sa vie, elle avait tellement mis ses sentiments à l’écart, qu’elle éprouvait à présent le plus grand mal à les contenir. Je l’aime, pensa Wang-mu, et son cœur fut sur le point d’éclater tant la passion était intense. Il ne m’aimera jamais, pensa-t-elle, et son cœur se brisa comme jamais cela ne lui était arrivé lors des mille et une déceptions qu’elle avait connues dans sa vie.

Mon amour ne peut se comparer à ce qu’il éprouve pour elle, à ce qu’il connaît d’elle. Car les liens qui l’attachent à elle sont plus forts que les quelques semaines écoulées depuis qu’il a été créé lors de ce premier voyage Dehors. Pendant toutes les années d’errances solitaires d’Ender, Jane a été son amie la plus fidèle, et c’est cet amour qui émane des larmes de Peter. Je ne représente rien pour lui, je ne suis qu’un élément ajouté tardivement à sa vie, je n’ai aperçu qu’une partie de lui, et au bout du compte, mon amour lui importe peu.

Elle se mit à pleurer elle aussi.

Mais elle se détourna de Peter lorsqu’elle entendit un cri provenant des Samoans se trouvant sur la plage. Son regard noyé se tourna vers la mer, et elle se releva pour mieux voir ce qu’ils regardaient. C’était le bateau de Malu. Il avait fait demi-tour et revenait vers eux.

Avait-il vu quelque chose ? Avait-il entendu l’appel de Jane à Peter ?

Grace était à côté d’elle, la tenant par la main. « Pourquoi revient-il ? demanda-t-elle à Wang-mu.

— Vous devriez le savoir mieux que moi.

— Il m’échappe complètement. Sauf ses paroles, dont j’arrive à comprendre le sens usuel. Mais lorsqu’il parie, je sens que les mots ont du mal à exprimer tout ce qu’il voudrait réellement dire, et ils n’y arrivent pas toujours. Ses mots ne sont pas suffisamment riches, bien qu’il parle notre langue la plus courante ; même lorsqu’il réunit les mots pour les charger de sens, de pensées, je n’arrive à en cerner que le contour et à en déduire ainsi le sens. Mais je n’arrive pas à le comprendre.

— Alors comment le pourrais-je ?

— Parce qu’il revient pour vous parler.

— Il revient parler à Peter. C’est lui qui est en contact avec la déesse, comme Malu l’appelle.

— Tu n’aimes pas cette déesse, n’est-ce pas ? »

Wang-mu secoua la tête. « Je n’ai rien contre elle. En dehors du fait qu’elle le possède complètement et ne me laisse rien.

— C’est une rivale, quoi. »

Wang-mu lâcha un soupir. « J’ai grandi sans attendre quoi que ce soit de la vie, et je n’ai d’ailleurs jamais reçu grand-chose d’elle. Mais j’ai toujours eu plus d’ambition que de capacités. J’ai parfois tenté ma chance, et obtenu plus que je ne le méritais, plus que je ne pouvais gérer. Je la tente aussi parfois sans obtenir ce que je veux.

— Et vous le voulez, lui ?

— Je viens de me rendre compte que je voudrais qu’il m’aime comme je l’aime, il a toujours été en colère, cherchant à me blesser par ses paroles, mais il a travaillé à mes côtés, et lorsqu’il me faisait des compliments, j’y ai cru.

— Il me semble que votre vie n’a pas toujours été simple.

— Ce n’est pas tout à fait vrai. Jusqu’à présent je n’ai jamais eu ce dont je n’avais pas besoin, comme je n’ai jamais eu besoin de ce que je n’avais pas.

— Vous aviez besoin de tout ce que vous n’avez pas eu. Et j’ai du mal à croire que vous soyez faible au point de ne pas tenter aujourd’hui d’avoir ce que vous voulez.

— J’ai perdu Peter avant même de comprendre que je le désirais. Regardez-le. »

Il se balançait, murmurant tout seul, plongé dans sa litanie, son dialogue avec son amie moribonde.

« Je le vois, dit Grace. Je le vois là, en chair et en os, aussi présent que vous l’êtes, et je ne vois pas comment une jeune fille aussi intelligente que vous peut dire qu’il est parti quand vos yeux vous prouvent le contraire de manière aussi nette. »

Wang-mu considéra l’énorme femme qui la dominait telle une montagne, riva son regard aux yeux lumineux qui la fixaient. « Je ne vous ai jamais demandé de conseil.

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