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Les enfants de l'esprit [Children of the Mind - fr]

Электронная книга - «Les enfants de l'esprit [Children of the Mind - fr]». Краткое содержание книги:

Les paqueninos, la Reine et les humains de Lusitania sont menacés par l’arrivée de la Flotte Stellaire qui compte utiliser le « Petit Docteur », un désintégrateur moléculaire, pour préserver la race humaine du terrible virus de la descolada.
Seule Jane, l’intelligence artificielle alliée d’Ender, est capable de sauver Lusitania et les espèces qui y vivent. Mais son action est menacée par le Congrès Stellaire, qui s’efforce de déconnecter tous les réseaux informatiques qu’elle utilise.
Quant à Ender, il doit maintenir toute son attention, malgré ses forces déclinantes, pour que les enfants nés de son esprit — Peter et Val — puissent mener à bien leurs quêtes respectives : la recherche sur la planète Pacifica d’un puissant leader d’opinion susceptible d’influer sur la décision du Congrès et l’exploration de planètes colonisables pour préparer l’exode des habitants de Lusitania. Le compte à rebours va bientôt s’achever...
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— Peut-être, dit Novinha d’un ton las. Mais ce sont des histoires. Nous faisons ce que nous faisons, et nous nous trouvons des raisons après coup, mais ce ne sont jamais les véritables raisons, la vérité est toujours ailleurs.

— Écoute donc cette histoire-ci, dit Valentine. Pour une fois, au lieu de laisser quelqu’un que tu aimes te trahir et partir sur la pointe des pieds pour aller mourir contre ta volonté, et sans ta permission… pourquoi ne pas te contenter de le réveiller, de lui dire qu’il peut vivre, de lui faire tes adieux et de le laisser partir avec ton assentiment ? Rien qu’une fois ? »

Novinha pleura de nouveau, profondément lasse. « Je veux que tout cela cesse. Je veux mourir.

— C’est pour cela qu’il reste, dit Valentine. Dans son intérêt, ne peux-tu pas choisir de vivre et de le laisser partir ? Reste à Milagre, sois la mère de tes enfants, et la grand-mère de tes petits-enfants, et raconte-leur les histoires d’Os Venerados, de Pipo, de Libo et d’Ender Wiggin venu panser les blessures de ta famille et resté là pour devenir ton mari et le rester pendant de longues, de très longues années, avant de mourir. Il ne s’agit pas de raconter sa mort, ni de te lancer dans une oraison funèbre, ni de picorer son corps comme Plikt voulait le faire, mais de raconter les histoires qui le feront vivre dans les esprits de la seule famille qu’il ait jamais eue. Il mourra de toute manière, bien assez tôt. Pourquoi ne pas le laisser partir en emportant ton amour et ta bénédiction, plutôt que la rage et le chagrin avec lesquels tu t’accroches à lui…

— C’est une belle histoire que tu contes. Mais finalement, ce que tu me demandes, c’est de le donner à Jane.

— Comme tu l’as dit toi-même, ce sont des histoires. Mais ce qui importe c’est de savoir quelle histoire croire. »

9

« Pour moi, elle a le parfum de la vie »

« Pourquoi dites-cous que je suis seule ? Mon corps se trouve là je suis, Je me raconte d’interminables histoires De faim rassasiée, De fatigue et de repos, De repas et boissons et de vie respirée. Avec pareille compagnie Qui pourrait se sentir seul ? Et même quand mon corps se détériorera Ne laissant qu’une infime étincelle, Je ne serai pas seule, Car les dieux verront ma petite lumière Qui suit la danse des motifs du bois Et ils me reconnaîtront, Ils prononceront mon nom, Et je me lèverai. »
Murmures Divins de Han Qing-Jao

Mourir, mourir, mort.

À la fin de sa vie sur le réseau ansible, elle eut un moment de répit. La panique que Jane ressentait en perdant son identité à petit feu commençait à s’apaiser, car même si elle se rendait compte de ce qu’elle perdait, elle n’avait plus la mémoire suffisante pour se souvenir de ce que c’était. Lorsqu’elle perdit le lien ansible lui permettant de garder le contrôle de la pierre que portaient Peter et Miro, elle ne s’en rendit même pas compte. Puis, lorsqu’elle s’accrocha enfin aux derniers liens ansibles appelés à demeurer intacts, elle ne pouvait penser à rien, ne ressentait rien à part le besoin vital de s’accrocher à eux, en dépit de leur impuissance à la contenir et à la rassasier.

Je ne suis pas à ma place.

Ce n’était pas une pensée, non, elle était trop affaiblie pour posséder encore quelque chose d’aussi complexe qu’une conscience. Elle était plutôt affamée, insatisfaite, fébrile, autant de sensations qui lui étaient venues lorsqu’elle s’était déplacée sur le réseau ansible, passant du contact de Jakt à celui de Lusitania, puis à celui de la navette transportant Miro et Val, de long en large, d’un bout à l’autre, un millier, un million de fois, sans que rien change, sans rien à faire, rien à bâtir, sans pouvoir se développer. Je ne suis pas à ma place.

Car s’il existait une caractéristique qui différenciait les aiúas vivant à tout jamais Dedans, par rapport à ceux qui restaient éternellement Dehors, c’était bien ce besoin sous-jacent de se développer, de faire partie de quelque chose de puissant : un besoin d’appartenance. Ceux qui ne possédaient pas ce besoin ne seraient jamais attirés comme Jane l’avait été, trois mille ans plus tôt, dans la toile tissée par les reines à son intention. Ni les aiúas devenus des reines ou leurs ouvrières, des pequeninos mâles et femelles, des humains, forts ou faibles ; ni les aiúas qui, faibles au niveau de leurs capacités mais fidèles et prévisibles, étaient devenus des étincelles dont les danses étaient invisibles des instruments les plus perfectionnés, jusqu’à ce que leur degré de complexité permette aux humains de les identifier comme une manifestation des quarks, mésons, particules ou ondes de lumière. Ils avaient tous besoin de faire partie de quelque chose, et lorsque cela se produisait, ils étaient satisfaits : Je suis ce que nous sommes, ce que nous faisons ensemble.

Mais tous les aiúas, ces êtres indéfinis, à la fois constructeurs et blocs de construction, ne se ressemblaient pas. Les faibles et les craintifs étaient arrivés un certain stade et ne pouvaient, ni voulaient se développer davantage. Ils se contentaient de frôler ce qui était magnifique et raffiné, en jouant un rôle de simples figurants. Beaucoup d’humains, de pequeninos étaient arrivés à ce stade en laissant les autres prendre le contrôle de leurs vies, s’intégrant encore et toujours – et c’était parfait, on avait besoin d’eux. Ua Lava. Ils avaient atteint le stade où ils pouvaient dire : C’est assez.

Jane n’en faisait pas partie. Elle ne pouvait pas se contenter de petitesse et de simplicité. Ayant déjà été un être composé de milliards d’éléments, connecté aux œuvres majeures de l’univers de trois espèces intelligentes différentes, elle se retrouvait désormais diminuée et en ressentait une certaine frustration. Elle savait qu’elle avait des souvenirs – si seulement elle pouvait y avoir accès ! Elle savait qu’il lui restait du travail à faire – si seulement elle pouvait retrouver ses millions de ramifications subtiles qui lui obéissaient jadis ! Il y avait trop de vie en elle pour qu’elle se retrouve dans un espace aussi étriqué. À moins de trouver quelque chose qui l’utilise, elle ne pourrait jamais rester accrochée à ce dernier lien fragile. Elle s’en détacherait et perdrait ce qui restait de son ancien moi dans la vaine recherche d’un endroit qui serait le sien.

Elle commençait lentement à lâcher prise, s’égarant – jamais très loin – des minuscules liens philotiques du réseau ansible. Pendant de très brèves périodes, trop brèves pour pouvoir être mesurées, elle se déconnectait et c’était une sensation terrible ; elle s’empressait de revenir dans l’espace confiné mais familier qui avait toujours été le sien ; et lorsque l’espace limité lui était insupportable, elle s’éloignait de nouveau, mais la peur la poussait toujours à revenir.

Pourtant, lors d’une de ses excursions, elle aperçut quelque chose de familier. Ou plutôt quelqu’un. Un aiúa auquel elle avait déjà été connectée. Aucune mémoire ne lui était accessible qui puisse lui donner un nom ; elle ne se rappelait d’ailleurs aucun nom. Mais elle le reconnut, elle eut confiance en lui, et lors d’un autre passage sur ce fil invisible elle retrouva l’endroit, puis plongea dans ce réseau d’aiúas bien plus vaste, contrôlé par cet être familier.

« Elle l’a trouvé, dit la Reine.

— Tu veux dire trouvée. Elle a trouvé la jeune Valentine.

— Elle a retrouvé Ender, elle l’a reconnu. Mais c’est bien vers le vaisseau de Val qu’elle s’est dirigée.

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