Les enfants de l'esprit [Children of the Mind - fr]
- Автор: Кард Орсон Скотт
- Серия: Ender (fr) #4
- Год: 2000
- Язык: французский
- Год: J'ai Lu
- ISBN: 2-290-30545-6
- Переводчик: Jean-Marc Chambon
- Жанр: Научная фантастика
Электронная книга - «Les enfants de l'esprit [Children of the Mind - fr]». Краткое содержание книги:
Seule Jane, l’intelligence artificielle alliée d’Ender, est capable de sauver Lusitania et les espèces qui y vivent. Mais son action est menacée par le Congrès Stellaire, qui s’efforce de déconnecter tous les réseaux informatiques qu’elle utilise.
Quant à Ender, il doit maintenir toute son attention, malgré ses forces déclinantes, pour que les enfants nés de son esprit — Peter et Val — puissent mener à bien leurs quêtes respectives : la recherche sur la planète Pacifica d’un puissant leader d’opinion susceptible d’influer sur la décision du Congrès et l’exploration de planètes colonisables pour préparer l’exode des habitants de Lusitania. Le compte à rebours va bientôt s’achever...
Et puis elle comprit que lorsque les fils devenaient plus fins cela ne signifiait pas qu’ils ne menaient nulle part, mais simplement que les tresses devenaient plus délicates. Il y en avait autant, peut-être même plus, mais cela finissait par former une toile de filandres tellement délicate que le contact de Jane risquait de les casser. Elle les toucha pourtant et elles ne cassèrent pas. Elle suivit les fils jusqu’à un endroit grouillant de vie, des centaines de minuscules vies, très proches d’une forme de conscience mais pas encore développées. Et plus bas, jusqu’à un aiúa plein d’amour et de chaleur, très puissant lui aussi, mais pas autant que Jane. Non, l’aiúa de l’arbre-mère était fort, mais dépossédé d’ambition. Il faisait partie de toutes les vies qui s’accrochaient à lui, au cœur de l’arbre comme à l’extérieur, rampant jusqu’à la lumière, se hissant vers elle pour vivre, se libérer et se réaliser. Et il était facile de se libérer, car l’aiúa de l’arbre-mère n’attendait rien de ses enfants. Il chérissait leur indépendance comme leurs besoins.
Elle était abondante, les veines pleines de sève nourrissante, son squelette de bois, ses feuilles inondées par la lumière du soleil, ses racines plantées dans des mers salées par le sel de la vie. Elle se tenait immobile au sein de sa délicate toile, puissante et bienveillante, et lorsque Jane arriva à sa hauteur, elle lui porta le même regard qu’elle aurait porté sur un enfant perdu. Elle recula pour lui faire de la place, laissant Jane goûter à sa vie, lui faisant partager sa maîtrise de la chlorophylle et de la cellulose. Il y avait ici de la place pour deux.
Jane, ayant été invitée, n’abusa pas de ce privilège. Elle ne restait jamais longtemps dans chaque arbre-mère, mais se contentait de visiter, s’imprégnant de leur vie et partageant leurs tâches. Puis elle continuait son chemin, d’arbre en arbre, poursuivant sa danse le long des filandres. Les arbres-pères ne reculaient plus devant elle, car elle était devenue la messagère des mères, leur porte-parole, elle partageait leur vie tout en se distinguant car elle pouvait parler, être leur conscience. Des milliers d’arbres-mères à travers le monde, et d’autres, poussant en ce moment même sur d’autres planètes, voyaient en Jane leur porte-parole, et elles appréciaient toutes cette nouvelle vie, plus palpitante, qu’elles devaient à la présence de Jane.
« Les arbres-mères parlent.
— C’est Jane.
— Ah, mon tendre ami, les arbres-mères chantent. Je n’ai jamais entendu de pareils chants.
— Cela ne lui suffira pas, mais pour l’instant, ça fera l’affaire.
— Non, non, tu ne vas pas nous l’enlever tout de suite ! Pour la première fois nous pouvons entendre les arbres-mères, et c’est sublime !
— Elle connaît le chemin désormais. Elle ne partira pas définitivement. Mais il lui en faudra davantage. Les arbres-mères lui suffiront pendant quelque temps, mais elles ne pourront pas être autre chose que ce qu’elles sont. Jane ne pourra pas se contenter de rester là à cogiter, en laissant les autres boire en elle sans jamais boire à son tour. Elle danse d’arbre en arbre, elle chante pour elles, mais d’ici peu elle sera de nouveau affamée. Il lui faut un corps à elle.
— Alors nous la perdrons.
— Non, car même ce corps ne sera pas suffisant. Il sera comme une racine pour elle, ses yeux, sa voix, ses mains et ses pieds. Mais elle regrettera toujours les ansibles et le pouvoir qu’elle avait lorsqu’elle contrôlait les réseaux informatiques des planètes humaines. Tu verras. Nous pouvons la garder en vie pour l’instant, mais ce que nous avons à lui offrir – ce que tes arbres-mères peuvent partager avec elle – ne sera pas suffisant. En fait, rien ne peut-être vraiment suffisant pour elle.
— Que va-t-il se passer maintenant ?
— Attendons. Nous verrons bien. Sois patient. N’est-ce pas là la vertu des arbres-pères, la patience ? »
L’homme que l’on appelait Ohaldo à cause de ses yeux artificiels marchait dans la forêt avec ses enfants. Ils venaient de pique-niquer avec leurs camarades pequeninos ; c’est alors qu’ils entendirent le bruit de tambour, la voix tremblante des arbres-pères, et tous les pequeninos se redressèrent en même temps, terrorisés.
Ohaldo pensa immédiatement au feu. Peu de temps auparavant, en effet, les anciens arbres du site avaient été brûlés par des humains pleins de rage et de peur. L’incendie avait tué les arbres-pères, sauf Humain et Rooter, qui se trouvaient alors à une certaine distance des autres ; et il avait aussi tué les anciens arbres-mères. Mais aujourd’hui, de nouvelles pousses avaient surgi de leurs corps, tandis que les pequeninos massacrés étaient passés dans leur Troisième Vie. Quelque part au milieu de cette jeune forêt, Ohaldo savait qu’un nouvel arbre-mère poussait, encore menu certes, mais doté d’un tronc suffisamment épais grâce à la pousse passionnée et désespérée de milliers de bébés qui, telles des larves, grouillaient dans le noyau sombre de sa matrice de bois. La forêt avait été massacrée, mais elle revivait. Parmi les porteurs de flambeau se trouvait le propre fils d’Ohaldo, Nimbo, alors trop jeune pour comprendre ce qui se passait réellement, suivant aveuglément les imprécations démagogiques de son oncle Grego à en risquer d’y laisser sa vie. De sorte que lorsque Ohaldo avait appris ce qu’il avait fait, il en avait éprouvé une profonde honte, car il avait compris qu’il n’avait pas éduqué ses enfants comme il aurait dû. C’était ainsi qu’ils avaient commencé à visiter la forêt. Il n’était pas encore trop tard. Ses enfants apprendraient à connaître si bien des pequeninos qu’il deviendrait inimaginable de leur faire le moindre mal.
Pourtant la peur était toujours présente dans cette forêt, et Ohaldo la ressentit au point d’en éprouver un malaise. Que se passait-il ? Que signifiait l’avertissement des arbres-pères ? Quels envahisseurs venaient les attaquer ?
La peur ne dura cependant qu’un instant. Les pequeninos se retournèrent, alertés par un bruit émanant des arbres-pères qui les poussa à se rendre au cœur de la forêt. Les enfants d’Ohaldo auraient volontiers suivi, mais il les en dissuada d’un geste de la main. Il savait que l’arbre-mère se trouvait au milieu de la forêt, là où se dirigeaient les pequeninos, et il n’était pas convenable que des humains s’y rendent.
« Père, regarde, lui dit sa fille cadette. Plower nous fait signe. »
Effectivement. Ohaldo acquiesça et suivit Plower dans la forêt jusqu’à l’endroit même où Nimbo avait jadis pris part à l’incendie d’un arbre-mère. Son corps calciné était toujours dressé vers le ciel, mais à côté se trouvait le nouvel arbre-mère, le tronc plus fin, mais plus épais cependant que les arbres-frères. Ce n’était pourtant pas la dimension de son tronc qui le subjuguait, ni la taille impressionnante qu’il avait atteinte en si peu de temps, ni même l’épaisseur de son feuillage, qui couvrait de son ombre la clairière. Non, c’était cette étrange lumière qui dansait le long du tronc, une lumière vive traversant le tronc en ses parties les plus fines, si puissante qu’il pouvait à peine la regarder. Il avait par moments l’impression qu’une seule petite lumière se déplaçait si vite qu’elle illuminait tout le tronc avant de revenir à son point de départ. À d’autres moments, c’était l’arbre tout entier qui semblait illuminé, qui palpitait comme s’il contenait un volcan de vie sur le point d’entrer en éruption. La lumière se propageait jusque dans les branches les plus fines ; les feuilles en crépitaient ; et les ombres des fourrures des bébés pequeninos couraient plus rapidement le long du tronc qu’Ohaldo ne l’aurait cru possible. Comme si une minuscule étoile s’était installée à l’intérieur de l’arbre.