Le bouclier du temps [The Shield of Time - fr]
- Автор: Андерсон Пол Уильям
- Год: 2009
- Язык: французский
- Год: B
- ISBN: 978-2-84344-092-2
- Переводчик: Jean-Daniel Breque
- Жанр: Альтернативная история
Электронная книга - «Le bouclier du temps [The Shield of Time - fr]». Краткое содержание книги:
L’homme accepta l’offrande. Son visage avait perdu toute sévérité. Elle pensa à un petit garçon le jour de Noël. Hommes et femmes firent silence, tant et si bien que leur souffle parut aussi bruyant que le vent, aussi insistant que le ressac. Impassible, Loup-Rouge testa le fil et l’équilibre de l’arme. Il se pencha pour ramasser un bâton. Sa première tentative pour le couper se révéla entachée de maladresse. Le silex et l’obsidienne donnent des lames effilées, mais ils sont trop fragiles pour couper le bois et ne peuvent le tailler correctement. En outre, la forme du manche lui était étrangère. Mais il apprenait vite et ne tarda pas à savoir s’y prendre.
« Cette arme prend vie dans mes mains, s’émerveilla-t-il.
— Elle a bien des usages, dit Tamberly. Je te les montrerai, et je te montrerai aussi comment entretenir sa lame. » Quand une pierre s’émoussait, on la taillait à nouveau, jusqu’à ce qu’elle soit trop petite. L’affûtage de l’acier est un art, mais elle était sûre qu’il saurait le maîtriser. « Ceci est à vous si vous exaucez mon vœu, ô peuple. »
Loup-Rouge parcourut l’assemblée du regard. « Est-ce là notre volonté ? s’enquit-il d’une voix de stentor. Dois-je accepter ce couteau en notre nom à tous, et en échange oublier le tribut qu’aurait dû nous verser la famille d’Aryuk, du Peuple des Souris ? »
Un murmure d’assentiment parcourut les ombres. La voix dure de Celui-qui-Répond y coupa court. « Non, ceci est une mauvaise chose. »
Et merde ! se dit Tamberly, consternée. J’aurais cru que toutes ces palabres étaient uniquement pour la forme. Qu’est-ce qui lui prend, à ce grincheux ?
Suivit un bref brouhaha, qui retomba rapidement. Les yeux luisaient dans la pénombre. Loup-Rouge gratifia le chaman d’un regard dur. « Nous avons vu ce que peut faire la Pierre-qui-Brille, dit-il d’un ton posé. Tu l’as vu aussi. Ne vaut-elle pas plusieurs chargements de bois ou de poisson, plusieurs peaux de loutre ou de lapin ? »
Le visage ridé se plissa encore. « Pourquoi les grands étrangers pâles favorisent-ils le Peuple des Souris ? Quels secrets partagent-ils donc ? »
Tamberly laissa exploser sa colère. « Tous ici savent que j’ai vécu avec eux avant que vous n’arriviez sur cette terre. Ce sont mes amis. N’êtes-vous pas fidèles à vos amis, hommes et femmes du Peuple des Nuages ?
— Es-tu également notre amie ? rétorqua Celui-qui-Répond.
— Je le serai si vous me laissez l’être ! »
Loup-Rouge interposa ses bras entre les deux antagonistes. « Il suffit. Allons-nous nous quereller sur le tribut dû pour une lune par une seule famille, tels des goélands s’acharnant sur une charogne ? Crains-tu le Peuple des Souris, Celui-qui-Répond ? »
Malin ! jubila Tamberly. Le chaman, furibond, n’avait d’autre choix que de répondre : « Nous ignorons de quelle sorcellerie ils sont capables, quels tours ils peuvent nous jouer. » Elle se rappela une remarque de Manse Everard : il est fréquent qu’une société attribue des pouvoirs occultes aux peuples qu’elle a soumis – les premiers Scandinaves avec les Finnois, les chrétiens médiévaux avec les juifs, les Américains blancs avec les Noirs…
« Je n’en vois aucun, repartit sèchement Loup-Rouge. L’un de vous en connaît-il ? » Et il leva le couteau au-dessus de sa tête. Un leader né, aucun doute sur ce point. Et comme il est beau dans cette pose, bon sang !
Il n’y eut ni débat ni vote. Tel n’était pas l’usage chez les Wanayimo et, de toute façon, cela n’aurait pas été nécessaire. S’ils dépendaient de leur chaman pour intercéder en leur faveur auprès du surnaturel et les protéger de la maladie avec les charmes adéquats, ils ne lui accordaient aucun respect superflu et, pour dire vrai, le regardaient même un peu de travers : c’était un célibataire, un misanthrope, un excentrique. Tamberly pensait souvent à ses amis catholiques qui, s’ils respectaient le curé de leur paroisse, ne s’aplatissaient pas devant lui et n’hésitaient pas à lui manifester leur désaccord.
Sa proposition fut acceptée de façon tout à fait naturelle, sans qu’il soit besoin d’insister. Celui-qui-Répond se rassit, ramena sa peau de bête sur lui et se mit à bouder. Les hommes se pressèrent autour de Loup-Rouge pour admirer le cadeau qu’il avait reçu. Tamberly pouvait prendre congé.
Corwin la rejoignit près du seuil. Il s’était tenu en retrait, comme il seyait à un étranger assistant au conseil par courtoisie. En dépit de l’obscurité, elle vit qu’il avait l’air franchement contrarié. « Suivez-moi dans mon dôme », ordonna-t-il. Elle se hérissa, puis haussa les épaules dans son for intérieur. Elle s’était plus ou moins attendue à cette réaction.
Quoique dénuée de charnières, la porte, dont le battant était constitué de bâtons, de brins d’osier, de peaux et de mousse, était solidement coincée dans le mur. Corwin la dégagea et le vent faillit la lui arracher des mains. Ce ne fut pas sans mal qu’il la remit en place une fois que Tamberly et lui furent sortis. Ils rabattirent leurs capuches, fermèrent leurs parkas et se dirigèrent vers leurs habitats. Le vent rugissait, mordait, giflait, griffait. La neige qui tombait parait toutes choses d’un voile de blancheur. Il fut obligé de sortir sa boussole électronique pour se repérer.
Lorsqu’ils se retrouvèrent à l’abri, tous deux restèrent sonnés quelques minutes. La tempête faisait trembler l’armature du dôme et vibrer ses cloisons. Les objets qui s’y trouvaient paraissaient fragiles, comme dénués de substance.
Ni l’un ni l’autre ne s’assit. Lorsque Corwin prit la parole, ils se dressèrent face à face, ainsi que deux ennemis. « Eh bien, je constate que j’avais raison. La Patrouille aurait dû vous ordonner de rester chez vous. »
Tamberly s’était préparée à cette confrontation. Ni insolence, ni insubordination, rien que de la fermeté. C’est mon supérieur hiérarchique, mais ce n’est pas mon patron. Et Manse m’a dit que la Patrouille appréciait l’indépendance d’esprit, à condition qu’elle aille de pair avec la compétence. « Qu’ai-je donc fait de mal… monsieur ? demanda-t-elle, avec autant de douceur que le lui permettait le vacarme au-dehors.
— Vous le savez parfaitement, rétorqua Corwin. Vous avez commis une interférence injustifiée.
— Je ne le pense pas, monsieur. Je n’ai rien fait qui soit de nature à affecter les événements plus qu’ils ne le sont déjà par notre simple présence. » Et cette question-là est déjà réglée. Nous avons « toujours » fait partie de cette période de la préhistoire.
« Alors pourquoi ne m’avez-vous pas consulté au préalable ? » Parce que tu m’aurais interdit d’aller plus loin, évidemment, et que je n’aurais pas pu passer outre. « Si je vous ai insulté, croyez bien que je le regrette. Ce n’était certainement pas mon intention. » Tu parles !» Il m’a semblé qu’il allait de soi… enfin, où est le mal ? Nous interagissons avec ces gens. Nous parlons avec eux, nous vivons avec eux, nous utilisons leurs services et les récompensons avec de petits objets venus de leur futur. C’est bien cela, non ? Quand je vivais parmi les Tulat, j’ai fait bien davantage que leur offrir un couteau, oh ! que oui. Ils sont incapables d’en fabriquer une copie. Dans deux ou trois générations tout au plus, il sera cassé, usé ou rouillé, et plus personne ne s’en souviendra.