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Le bouclier du temps [The Shield of Time - fr]

Электронная книга - «Le bouclier du temps [The Shield of Time - fr]». Краткое содержание книги:

Voici venue l’heure des ultimes aventures de Manse Everard et ses collègues de la Patrouille du temps au service de l’Histoire… Des aventures qui conduiront nos héros depuis la préhistoire jusqu’à une étrange variante de notre XXe siècle, en passant par la Bactriane du IIIe siècle avant notre ère et le Moyen Âge italien. Car les Exhaltationnistes menacent toujours, sans parler d’un danger plus grand encore qui pourrait bien annihiler jusqu’à la Patrouille elle-même… et nous avec !
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Elle se rappela la gratitude morne de ceux qui avaient perdu tout espoir. Non, bon sang, je ne vais pas pleurer. « J’ai de l’Adorable Douceur pour toi et tous les tiens. Mais d’abord…» Aryuk n’avait pas fait mine de l’inviter dans sa hutte, et elle ne tenait pas non plus à y entrer. «… pourquoi n’êtes-vous pas venus cette lune ? »

On attendait des Nous qu’ils versent ce mois-ci leur dernier tribut avant le retour de l’hiver. Après avoir vu la famille des Sources-Bouillonnantes, elle s’était félicitée de son absence lors des visites suivantes. Elle n’aurait pu offrir à ces misérables qu’un réconfort des plus dérisoire, et elle n’en avait pas dormi de la nuit. Toutefois, elle avait demandé à Corwin de la prévenir lorsque viendrait le tour d’Aryuk et des siens. Elle ne pouvait refuser de le voir. En cas de besoin, elle ferait un petit saut dans le temps pour ne pas le manquer. Mais il ne s’était jamais montré.

« Les Chasseurs de Mammouths sont fâchés, reprit-elle. Je leur ai dit que j’irais voir ce qui n’allait pas. Comptes-tu bientôt te rendre dans leur village ? Je crains une tempête pour les prochains jours. »

La tête chevelue s’inclina. « Nous ne pouvons pas aller les voir. Nous n’avons rien à leur apporter. »

Elle se raidit. « Pourquoi ?

— Durant l’assemblée d’automne, j’ai dit à tous que nous n’y parviendrions pas », commença Aryuk, retrouvant la tendance au bavardage caractéristique des Tulat, mais sans y ajouter leur faconde naturelle. « Ulungu est un véritable ami. Il est venu ici avec ses fils après qu’ils eurent livré leur tribut, afin de nous aider à rassembler le nôtre. C’est alors que j’ai appris que tu avais rejoint le Grand-Homme. »

Ô mon Dieu ! comme tu as dû te sentir trahi !

« Ils ne pouvaient rien faire, car nous-mêmes n’avions rien fait, poursuivit Aryuk. Je leur ai dit de rentrer chez eux pour s’occuper de leurs femmes et de leurs enfants. L’été a été dur. Poisson, coquillages, petit gibier, tout cela s’est raréfié. Nous avons souffert de la faim, car nous passions trop de temps à collecter le tribut et à l’apporter aux Chasseurs de Mammouths. Les autres ont souffert, eux aussi, même si les lances et les hameçons les ont bien aidés. Ici, ils ne nous servent pas à grand-chose, car nous ne voyons guère passer les bancs de poissons et les phoques qui s’en nourrissent. » Une histoire de hauts-fonds dans l’estuaire, ou encore de courants, peut-être, devina Tamberly. « Nous devons nous préparer à l’hiver. Si nous continuons à travailler pour les Chasseurs de Mammouths, nous allons mourir de faim. »

Aryuk leva la tête pour la regarder en face. La dignité investit ses yeux. « Peut-être leur en donnerons-nous davantage l’été prochain, acheva-t-il. Dis-leur que moi seul ai décidé.

— Je leur dirai. » Elle s’humecta les lèvres. « Non, je vais faire mieux que ça. N’aie crainte. Ils ne sont pas aussi… aussi…» Dans la langue tulat, on ne trouvait aucun vocable signifiant « cruel » ou « impitoyable ». Et le Peuple des Nuages ne méritait pas son opprobre. « Ils ne sont pas aussi féroces que tu le penses. »

Les phalanges d’Aryuk blanchirent comme il étreignait le manche de sa hache. « Ils prennent tout ce qu’ils veulent. Ils tuent tous ceux qui s’opposent à eux.

— C’est vrai, il y a eu bataille. Les Nous ne s’entre-tuent-ils donc jamais ? »

Le regard qu’il lui adressa était aussi lugubre que le vent. « Depuis ce jour, deux d’entre Nous sont morts sous leurs coups. » Mais je l’ignorais ! Corwin ne prend même pas la peine de s’informer. « Et tu parles au nom des Chasseurs de Mammouths. Eh bien, tu as entendu ce que j’avais à dire.

— Non, je… je veux seulement… vous rendre plus heureux. » Vous donner le courage de survivre à l’hiver. Le printemps venu, pour une raison que j’ignore encore, les envahisseurs lèveront le camp. Mais je n’ai pas le droit de faire des prédictions. Et tu ne croirais sûrement pas à celle-ci. « Aryuk, je veillerai à ce que le Peuple des Nuages soit satisfait. Ils ne demanderont plus rien au village du Fleuve des Aulnes avant la fonte des neiges. » Il la considéra d’un œil méfiant. « Peux-tu en être sûre ?

— Oui. Ils m’écouteront. Grand-Homme ne les a-t-il pas obligés à te rendre Daraku ? »

Soudain, c’était un vieillard qui se tenait devant elle sous le ciel enténébré. « Cela n’a servi à rien. Elle est morte en chemin. L’enfant qu’ils avaient mis dans son ventre à force de la violenter l’a emportée dans le trépas.

— Quoi ? Oh ! non, non…» Tamberly s’aperçut qu’elle avait crié en anglais. « Pourquoi ne l’as-tu pas fait savoir à Grand-Homme ?

— Il n’est jamais venu à moi quand je suis retourné au village, répondit une voix atone. Je l’ai vu par deux fois, mais de loin, et il ne m’a pas prêté attention. Pourquoi serais-je allé vers lui, si je l’avais osé ? A-t-il le pouvoir de faire revenir les morts ? Et toi, as-tu ce pouvoir ? »

Elle se rappela son propre père, qu’un coup de fil suffisait à réjouir et dont le visage s’illuminait quand elle lui rendait visite. « Je pense que tu préférerais que je te laisse seul, dit-elle d’une voix éteinte.

— Non, entre…» Dans la hutte, sa femme et ses enfants, leur peur et leur rage ravalée. « J’ai honte de ne pouvoir rien t’offrir à manger, mais entre quand même. »

Que puis-je faire, que puis-je dire ? Si j’avais grandi à l’époque de Manse, voire auparavant, je saurais comment réagir, en dépit de ma jeunesse. Mais dans mon milieu d’origine, on se contente de cartes postales et de clichés sur le travail de deuil. « Je… il ne vaut mieux pas. Je ne dois pas, pas aujourd’hui. Tu dois… tu dois penser à moi, jusqu’à ce que tu comprennes que je suis ton amie… pour toujours. Ensuite, nous serons à nouveau ensemble. Mais commence par penser à moi. Je vais veiller sur vous. Prendre soin de vous. »

Est-ce de la sagesse ou bien de la faiblesse ?

« Je vous aime, bafouilla-t-elle. Je vous aime tous. Tiens. » Elle plongea la main dans sa poche et en ressortit des barres de chocolat, qui tombèrent à ses pieds. Sans savoir comment, elle réussit à sourire avant de se retourner pour repartir. Loin de protester, il la regarda s’éloigner en silence. Sans doute que j’agis pour le mieux.

Une nouvelle bourrasque vint secouer les rameaux effeuillés. Elle pressa le pas. Il ne fallait pas qu’Aryuk la voie pleurer.

IV.

Les membres du conseil, soit tous les hommes adultes et toutes les vieilles femmes de la tribu, étaient à l’étroit dans la maison ; mais on ne pouvait transporter le feu sacré à l’extérieur, où la tempête risquait de faire rage pour plusieurs jours encore. Le fracas du tonnerre et le rugissement du vent traversaient les murs sans peine et servaient de fond sonore. Les flammes du foyer crachotaient sur les pierres. Elles découpaient, sur fond d’obscurité, la silhouette de la vieille femme accroupie qui les entretenait. La vaste salle était emplie de pénombre, de fumée et de l’odeur forte des corps vêtus de cuir qui s’y pressaient. Il faisait chaud. Les flammes jaillirent l’espace d’un instant, révélant la sueur qui perlait sur la peau de Loup-Rouge, de Cheveux-de-Soleil, de Celui-qui-Répond et des autres membres du premier cercle.

La même lumière faisait chanter l’acier de la lame que Tamberly brandissait devant l’assemblée. « Vous avez entendu, vous avez compris, maintenant vous savez », entonna-t-elle. Le style déclamatoire dont le Peuple des Nuages usait lors des cérémonies semblait presque biblique à ses oreilles. « Pour ce que je demande, si vous exaucez mon vœu, j’offre ce couteau. Prends-le, Loup-Rouge ; essaye-le ; dis-moi s’il est tranchant. »

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