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Valentin de Majipoor [Valentine Pontifex - fr]

Электронная книга - «Valentin de Majipoor [Valentine Pontifex - fr]». Краткое содержание книги:

Sur Majipoor, la planète géante, règne Lord Valentin le Coronal, qui, naguère jongleur, a retrouvé son trône, mais conservé un corps d’emprunt. Ces faits de haute chronique ont été relatés dans Le château de Lord Valentin.
Mais il n’est pas dit que le règne de Valentin restera serein. Tandis que le Coronal entreprend son Périple à travers les immensités de Majipoor, afin de se faire voir de ses peuples, accompagné de Carabella, son épouse bien aimée, de ses amis des jours d’infortune devenus grands seigneurs et d’une armée de courtisans, les nuages s’amoncellent, les maladies frappent les récoltes, s’étendent comme feu de forêt. Des monstres surgissent des forêts d’habitude paisibles de Majipoor. La famine survient, et la rébellion.
Faudra-t-il faire la guerre aux Changeformes ? Car ce sont eux, premiers occupants de la planète, jadis massacrés et refoulés par les humains venus de l’espace, qui tentent une nouvelle révolte. Valentin, qui est épris de paix et d’amour, ne parvient pas à s’y résoudre. Majipoor va-t-elle sombrer ?
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— Lui-même. Il est arrivé à Khyntor hier soir. Le maire l’a appuyé et il parait que le duc s’est réfugié à Ni-moya.

— C’est impossible, Kris ! Un homme ne peut pas s’intituler Coronal comme cela ! Il doit être élu, oint, venir du Mont du Château…

— C’est ce que nous croyions. Mais les temps ont changé. Sempeturn est un véritable homme du peuple. C’est ce dont nous avons besoin en ce moment. Il saura comment regagner la faveur du Divin.

Elle le regarda d’un air incrédule. Elle avait oublié le reste de saucisse qu’elle tenait toujours.

— Ça ne peut pas se passer ainsi. C’est de la folie. Lord Valentin est notre Coronal. Il…

— Sempeturn affirme que c’est un imposteur, que toute cette histoire d’échange de corps ne tient pas debout et que c’est à cause de ses péchés que nous sommes punis par des maladies et la famine. Il dit que le seul moyen de nous sauver, c’est de détrôner le faux Coronal pour mettre à la place quelqu’un qui peut nous ramener dans le droit chemin.

— Et bien entendu Sempeturn prétend être celui-là et nous sommes censés nous incliner devant lui, l’accepter et…

— Le voilà ! cria Kristofon.

Il avait le visage cramoisi et ses yeux étaient étranges. Millilain ne se rappelait pas avoir vu son mari dans un tel état d’excitation. Il était presque fébrile. Elle aussi se sentait excitée, troublée, abasourdie. Un nouveau Coronal ? Sempeturn, ce petit agitateur à la face rougeaude sur le trône de Confalume ? Elle n’arrivait pas à le concevoir. C’était comme si on lui disait que le rouge était vert ou que dorénavant l’eau allait couler de bas en haut.

Une musique stridente retentit brusquement. Un orchestre de musiciens en costumes vert et or arborant le signe de la constellation traversaient le pont en se pavanant et avançaient sur l’esplanade. Ils étaient suivis du maire et d’autres officiers municipaux. Puis, se déplaçant dans un palanquin magnifiquement décoré, souriant et acceptant les acclamations de la foule énorme qui le suivait depuis les faubourgs de Khyntor de l’autre côté du pont, venait un petit homme rubicond à l’épaisse chevelure brune et indisciplinée.

— Sempeturn ! hurlait la foule. Sempeturn ! Vive lord Sempeturn !

— Vive lord Sempeturn ! cria Kristofon.

— C’est un rêve, se dit Millilain. C’est un affreux message que je ne comprends pas.

— Sempeturn ! Lord Sempeturn !

Tous les gens massés sur l’esplanade poussaient maintenant des vivats. Une sorte de frénésie les gagnait. L’esprit engourdi, Millilain avala la dernière bouchée de sa saucisse sans rien sentir et laissa tomber la brochette par terre. Elle avait la sensation que le monde bougeait sous ses pieds. Kristofon continuait de crier d’une voix devenue rauque.

— Sempeturn ! Lord Sempeturn !

Le palanquin passa devant eux : ils n’étaient qu’à une vingtaine de mètres du nouveau Coronal, si on pouvait vraiment l’appeler ainsi. Il tourna la tête et regarda Millilain droit dans les yeux. Alors, stupéfaite et sentant la terreur monter en elle, elle joignit sa voix aux autres :

— Sempeturn ! Vive lord Sempeturn !

2

— Il va où ? demanda Elidath d’un air ahuri.

— À Ilirivoyne, répéta Tunigorn. Il est parti il y a trois jours.

— Je comprends les mots que tu me dis, mais ils ne signifient rien, dit Elidath en secouant la tête. Mon cerveau ne l’accepte pas.

— Le mien non plus, par la Dame ! Mais cela n’en reste pas moins vrai. Il a l’intention d’aller voir la Danipiur et de lui demander pardon pour tous nos torts envers son peuple ou une autre folie de ce genre.

Il y avait seulement une heure que le bateau transportant Elidath était arrivé à Piliplok. Il s’était aussitôt précipité à l’hôtel de ville, espérant que Valentin s’y trouverait encore ou serait au pire sur le point d’embarquer pour Ni-moya. Mais il n’y avait personne de la suite royale sauf Tunigorn qu’il trouva en train de brasser des paperasses d’un air morose dans un petit bureau poussiéreux. Et cette histoire que Tunigorn lui raconta – l’abandon du Grand Périple, le Coronal s’aventurant dans la jungle où vivaient les Métamorphes – non, non, c’en était trop, cela dépassait l’entendement ! La fatigue et le désespoir écrasaient Elidath et il sentit qu’il allait succomber sous leur poids monstrueux.

— J’ai fait la moitié du tour de la planète pour empêcher que cela se produise. Sais-tu ce qu’a été mon voyage, Tunigorn ? Jour et nuit en flotteur jusqu’à la côte, sans jamais s’arrêter. Puis traverser à toute allure une mer infestée de dragons furieux qui à trois reprises se sont tellement approchés de notre navire que j’ai cru qu’ils allaient nous envoyer par le fond. Et arriver enfin à Piliplok à demi-mort d’épuisement pour m’entendre dire que je l’ai manqué de trois jours, qu’il s’est lancé dans cette aventure absurde et dangereuse, alors que peut-être si j’avais voyagé un tout petit peu plus vite, si j’étais parti quelques jours plus tôt…

— Tu n’aurais pas pu le dissuader, Elidath. Personne n’y est arrivé. Ni Sleet, ni Deliamber, ni Carabella…

— Pas même Carabella ?

— Non, répondit Tunigorn.

Le désespoir d’Elidath s’accentua. Il le combattit avec acharnement, refusant de se laisser submerger par la peur et le doute.

— Pourtant Valentin m’écoutera et je réussirai à le faire changer d’avis, dit-il au bout d’un moment. J’en suis persuadé.

— Je crois que tu te fais des illusions, mon ami, dit tristement Tunigorn.

— Alors pourquoi m’as-tu fait venir pour remplir une tâche que tu jugeais irréalisable ?

— Quand je t’ai demandé de venir, j’ignorais tout des projets de Valentin. Je savais seulement qu’il était agité et qu’il nourrissait un dessein étrange et imprudent. Il me semblait qu’en l’accompagnant dans le Périple, tu pourrais l’apaiser et le détourner de ce qu’il avait l’intention de faire. Quand il nous a dévoilé ses intentions en nous faisant comprendre que rien ne pourrait l’y faire renoncer, tu étais depuis longtemps en route vers l’ouest. Tu as fait ce voyage pour rien et je ne peux que te présenter mes excuses.

— J’irai quand même le trouver.

— Je crains que ce soit voué à l’échec.

— Je l’ai suivi jusqu’ici : comment pourrais-je abandonner maintenant ? fit Elidath en haussant les épaules. Après tout, je trouverai peut-être le moyen de le ramener à la raison. Tu m’as bien dit que tu partais le rejoindre demain ?

— Oui, demain midi. Dès que j’en aurai terminé avec les messages et les décrets pour lesquels je me suis attardé ici.

— Emporte-les avec toi, dit Elidath en se penchant en avant d’un air impatient. Nous devons partir dès ce soir !

— Ce ne serait pas sage. Tu m’as dit toi-même que le voyage t’avait épuisé et la fatigue se lit sur ton visage. Repose-toi ici ce soir, mange bien, dors bien, rêve de même, et demain…

— Non ! s’écria Elidath. Ce soir, Tunigorn ! Chaque heure perdue ici le rapproche du territoire Métamorphe ! Ne vois-tu pas quels risques il court ? Je partirai sans toi, s’il le faut, ajouta-t-il en regardant Tunigorn avec froideur.

— Je ne le permettrais pas.

— Ai-je besoin de ta permission pour entreprendre ce voyage ? demanda Elidath en haussant les sourcils.

— Tu me comprends bien. Je ne veux pas te laisser partir seul dans l’inconnu.

— Dans ce cas, accompagne-moi.

— Attends seulement demain.

— Non !

Tunigorn ferma les yeux quelques instants. Puis il dit calmement :

— D’accord. Nous quitterons Piliplok ce soir.

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