Valentin de Majipoor [Valentine Pontifex - fr]
- Автор: Силверберг Роберт
- Серия: Majipoor (fr) #3
- Год: 1985
- Язык: французский
- Год: Robert Laffont
- ISBN: 2-221-04390-1
- Переводчик: Patrick Berthon
- Жанр: Фэнтези
Электронная книга - «Valentin de Majipoor [Valentine Pontifex - fr]». Краткое содержание книги:
Mais il n’est pas dit que le règne de Valentin restera serein. Tandis que le Coronal entreprend son Périple à travers les immensités de Majipoor, afin de se faire voir de ses peuples, accompagné de Carabella, son épouse bien aimée, de ses amis des jours d’infortune devenus grands seigneurs et d’une armée de courtisans, les nuages s’amoncellent, les maladies frappent les récoltes, s’étendent comme feu de forêt. Des monstres surgissent des forêts d’habitude paisibles de Majipoor. La famine survient, et la rébellion.
Faudra-t-il faire la guerre aux Changeformes ? Car ce sont eux, premiers occupants de la planète, jadis massacrés et refoulés par les humains venus de l’espace, qui tentent une nouvelle révolte. Valentin, qui est épris de paix et d’amour, ne parvient pas à s’y résoudre. Majipoor va-t-elle sombrer ?
Et la Pénurie finit par gagner Khyntor.
La Pénurie. La famine.
Kristofon ne pensait pas que quiconque pût mourir de faim. Il était toujours optimiste. Il disait que les choses s’arrangeraient d’une manière ou d’une autre. Mais en attendant, une centaine d’habitants se ruaient désespérément sur un marchand de saucisses.
La Hjort essaya de la dépasser. Millilain lui donna un grand coup d’épaule qui l’envoya rouler par terre. Elle qui n’avait jamais frappé personne. Elle éprouva une sensation bizarre et sa gorge se serra. La Hjort lui hurla des insultes, mais Millilain poursuivit sa course, le cœur battant, les yeux douloureux. Elle bouscula quelqu’un d’autre et, jouant des coudes, réussit à prendre place dans la queue qui se formait. Là-bas, devant, le Lii servait les saucisses avec cette étrange impassibilité propre à son peuple et semblait ne se soucier aucunement de la foule qui se battait devant lui.
Millilain regardait anxieusement la file avancer. Ils étaient sept ou huit devant elle – resterait-il des saucisses quand son tour viendrait ? Elle avait du mal à voir ce qui se passait, si d’autres brochettes étaient mises sur le feu au fur et à mesure de la vente. Y en aurait-il encore pour elle ? Elle avait l’impression d’être un enfant gourmand s’inquiétant de savoir s’il y aurait assez de friandises pour tout le monde. Je suis complètement folle, se dit-elle. Pourquoi attacher tant d’importance à une saucisse ? Mais elle connaissait la réponse. Elle n’avait pas mangé de viande du tout depuis trois jours, à moins qu’on pût qualifier de viande les cinq morceaux de chair de dragon salée et séchée qu’elle avait trouvés Steldi en fouillant dans son buffet, ce dont elle doutait L’odeur de ces saucisses qui grésillaient était extrêmement alléchante. Pouvoir les acheter devint brusquement la chose la plus importante au monde pour Millilain, peut-être la seule chose qui comptait. Elle arriva au début de la queue.
— Deux brochettes, demanda-t-elle.
— Une par client seulement.
— Alors donnez m’en une !
Le Lii hocha la tête. Ses trois yeux luisants ne prêtaient pas beaucoup d’attention à Millilain.
— Cinq couronnes, dit-il.
Millilain eut le souffle coupé. C’était la moitié de son salaire journalier. Elle se rappela qu’une brochette coûtait dix pesants avant la Pénurie. Mais c’était avant la Pénurie.
— Vous plaisantez, dit-elle. Vous ne pouvez pas faire payer cinquante fois l’ancien prix. Même en cette période.
— Payez ou partez ! cria quelqu’un derrière elle.
— Cinq couronnes aujourd’hui, dit le Lii avec calme. Huit la semaine prochaine. Un royal la semaine d’après. Cinq dans trois semaines. Le mois prochain pas de saucisses du tout. Vous en prenez ? Oui ou non ?
— Oui, marmonna Millilain.
Ses mains tremblaient quand elle lui remit les cinq couronnes. Avec une autre couronne elle se paya une chope de bière éventée. Abrutie et épuisée, elle s’éloigna de la file d’un pas lourd.
Cinq couronnes ! C’était le prix qu’elle aurait payé pour un repas complet dans un bon établissement peu de temps auparavant. Mais la plupart des restaurants étaient maintenant fermés et elle avait entendu dire que ceux qui restaient ouverts avaient des listes d’attente de plusieurs semaines. Le Divin seul savait quels étaient leurs prix actuellement. C’était de la folie. Cinq couronnes la brochette de saucisses ! Elle fut prise de remords. Qu’allait-elle dire à Kristofon ? La vérité, décida-t-elle. Elle lui dirait qu’elle n’avait pas pu résister, qu’elle avait cédé à une impulsion, une stupide impulsion. Je n’ai pas pu résister en les sentant griller.
Et si le Lii lui avait demandé huit couronnes ou même un royal ? Cinq royaux ? Elle ne savait pas. Elle supposa qu’elle aurait payé n’importe quel prix tellement l’envie avait été forte.
Elle mordit dans la saucisse comme si elle craignait que quelqu’un la lui arrache des mains. C’était incroyablement bon : moelleux et épicé. Elle se demanda avec quelle sorte de viande elle avait été confectionnée. Mieux vaut ne pas y penser, se dit-elle. Kristofon n’est peut-être pas le seul à avoir eu l’idée de chasser du petit gibier dans le parc.
Elle but une gorgée de bière et porta la brochette à sa bouche.
— Millilain ?
Elle leva les yeux avec étonnement.
— Kristofon !
— J’espérais te trouver là. J’ai fermé la boutique pour venir voir la raison de cet attroupement.
— Un vendeur de saucisses est arrivé tout d’un coup. Comme par enchantement.
— Ah, je vois.
Il avait le regard fixé sur la moitié de saucisse qu’elle tenait à la main.
— Excuse-moi Kris, dit-elle en se forçant à sourire. En veux-tu un morceau ?
— Juste une bouchée. Je suppose que cela ne servira à rien de refaire la queue.
— Il aura bientôt tout vendu, fit Millilain.
S’efforçant de dissimuler qu’elle le faisait à contrecœur, elle lui tendit la brochette et le regarda avec anxiété grignoter un ou deux centimètres de saucisse. Elle se sentit profondément soulagée et très honteuse lorsqu’il tendit le reste.
— Par la Dame, c’était bien bon !
— Encore heureux. Cela m’a coûté cinq couronnes.
— Cinq…
— Je n’ai pas pu m’en empêcher, Kris. Rien que de sentir leur odeur flotter dans l’air… j’étais comme une bête sauvage quand j’avançais dans la file. Je poussais, je jouais des coudes, je me battais. Je crois que j’aurais payé n’importe quel prix pour en avoir une. Oh, Kris, je suis vraiment navré !
— Ne t’excuse pas. À quoi d’autre peut-on dépenser son argent ? De toute façon les choses vont bientôt changer. As-tu entendu les nouvelles ce matin ?
— Quelles nouvelles ?
— Au sujet du nouveau Coronal ! Il sera là d’une minute à l’autre. Il doit traverser le pont Khyntor et passer ici même.
— Lord Valentin est-il devenu Pontife ? demanda-t-elle, sidérée. Kristofon secoua la tête.
— Valentin ne compte plus. On dit qu’il a disparu, qu’il a été enlevé par les Métamorphes ou quelque chose comme ça. En tout cas, on a proclamé il y a environ une heure que Sempeturn était devenu Coronal.
— Sempeturn ? Le prêcheur ?