Le clan de l'ours des cavernes
- Автор: Ауэл Джин М.
- Серия: Les enfants de la Terre #1
- Год: 2002
- Язык: французский
- Год: J'ai Lu
- ISBN: 2-258-05932-1
- Переводчик: Philippe Rouard
- Жанр: Исторические приключения
Электронная книга - «Le clan de l'ours des cavernes». Краткое содержание книги:
Troublé par ce qu’Iza venait de lui apprendre, Creb passa de longues heures à méditer sur le pouvoir de l’amour, plus grand que celui exercé par la peur. Le sorcier se reprit à regarder Ayla avec tendresse.
Les premières chutes de neige alternaient avec de froides averses. Il gelait au matin mais le temps, entre cette fin d’automne et le début de l’hiver, était instable, et parfois le vent du sud réchauffait brusquement l’atmosphère. Pendant toute cette période, Ayla ne flancha pas une seule fois, obéissant à toutes les lubies de Broud, bondissant pour répondre à toutes ses exigences, baissant la tête avec soumission, surveillant soigneusement sa façon de marcher, sans jamais se permettre de rire ni même de sourire ; mais si elle n’opposait aucune résistance, ce n’était pas sans mal, car elle avait beau lutter contre ses penchants pour se montrer docile, l’envie la tenaillait de se rebiffer.
Elle se mit à maigrir et à perdre l’appétit, restant calme et soumise, même quand elle se trouvait dans le foyer de Creb. Uba elle-même ne parvenait pas à la dérider. Iza, inquiète à son sujet, décida par une belle journée ensoleillée qu’il était nécessaire de donner un certain répit à la fillette avant que l’hiver ne les confine tous dans la caverne pour une longue période.
— Ayla, dit Iza d’une voix forte, alors qu’elles sortaient de la caverne, sans laisser à Broud le temps de formuler la moindre exigence, il me faut des symphorines, contre les maux d’estomac. Tu les trouveras facilement, les fruits blancs restent attachés au buisson après la chute des feuilles.
Iza se garda bien de préciser qu’elle avait en réserve bien d’autres remèdes tout aussi efficaces contre les maux d’estomac. Broud fronça les sourcils en voyant Ayla se précipiter pour aller chercher son panier, mais il savait qu’il était plus important de la laisser cueillir des plantes pour Iza que de lui ordonner de lui apporter de l’eau, une infusion, un morceau de viande, ou encore une pomme, ou bien deux pierres pour casser des noix, sous prétexte que celles qui se trouvaient aux abords de la caverne ne lui convenaient pas, ou d’exiger de la fillette n’importe quelle autre besogne subalterne. Il s’éloigna dignement quand Ayla sortit de la grotte, son panier et son bâton à la main.
La fillette courut vers la forêt, reconnaissante à Iza de lui avoir procuré l’occasion d’être seule. Oublieuse des petites baies blanches, elle partit à l’aventure sans se rendre compte que ses pas la portaient jusqu’à sa prairie favorite et sa petite caverne. Elle n’y était pas retournée depuis qu’elle avait blessé le porc-épic.
Elle s’installa au bord de l’eau, jetant des cailloux dans le courant d’un air absent. Il faisait froid. La pluie de la veille s’était transformée en neige en cette altitude, couvrant la terre d’un tapis éblouissant. Mais Ayla restait indifférente à la beauté sereine de ce paysage hivernal. Il lui rappelait seulement que le froid n’allait pas tarder à empêcher le clan de sortir et qu’elle ne pourrait échapper à Broud avant le printemps.
Le long hiver glacial s’annonçait particulièrement lugubre aux yeux de la fillette, qui se verrait soumise chaque jour aux caprices de Broud. Quoi que je fasse, il n’est jamais content, songea-t-elle. J’ai beau faire de mon mieux, rien n’y fait. Elle tourna machinalement les yeux vers une tache dans la neige, et elle vit une peau de bête à moitié pourrie, hérissée encore de quelques piquants ; tout ce qui restait du porc-épic. Ayla se rappela avec remords le jour où elle l’avait blessé. Je n’aurais jamais dû apprendre à tirer, se dit-elle, ce n’est pas bien. Creb serait furieux, et Broud... comme il serait ravi s’il venait à le savoir. Mais il ne le saura jamais, se jura-t-elle. Ayla se sentit heureuse à la pensée qu’elle lui cachait quelque chose qui lui aurait donné des raisons de la corriger. Et elle eut soudain envie de se dépenser, de tirer à la fronde justement pour donner libre cours à sa révolte.
Elle se souvint d’avoir jeté son arme dans un buisson et l’y chercha. Elle aperçut le morceau de cuir dans les broussailles et le ramassa, tout trempé, mais les intempéries ne l’avaient pas trop abîmé. Elle tira et lissa entre ses mains la bande de peau, se rappelant la fois où elle l’avait ramassée, après que Broud se fut fait sévèrement réprimander par Brun pour son geste agressif envers Zoug. Elle n’était pas la seule à avoir provoqué la rage du jeune fier-à-bras.
Seulement voilà, je suis une femme, et il peut me frapper sans encourir les foudres de Brun. Brun s’en fiche pas mal, qu’il me batte quand bon lui semble. Non, ce n’est pas vrai, reconnut-elle, Brun est intervenu la fois où Broud m’a battue si fort, et celui-ci se retient parfois de me corriger quand Brun est là. Mais ça m’est égal de recevoir des coups, tout ce que j’aimerais, c’est qu’il me laisse de temps en temps tranquille.
Elle mit machinalement un caillou dans la fronde et, voyant une dernière feuille qui pendait à une branche, elle la visa avec succès. Je suis encore capable de toucher ce que je veux, pensa-t-elle, puis elle se renfrogna. Mais à quoi bon ? Je n’ai jamais essayé de tirer sur une cible mouvante ; le porc-épic ne compte pas, il était pratiquement immobile. Je ne sais même pas si j’en serais capable et, si tel était le cas, cela ne me servirait à rien. Je ne pourrais jamais rien apporter à la caverne. Tout ce que j’arriverais à faire, c’est blesser des animaux, comme ce porc-épic, et les offrir aux loups, aux hyènes et aux gloutons, qui déjà nous volent nombre de proies.
Le clan, qui dépendait en grande partie de la chasse pour sa survie, devait monter sans cesse la garde contre les prédateurs. Non seulement les grands félins ou les bandes de loups ou de hyènes dérobaient parfois leur proie aux chasseurs mais encore les gloutons et autres petits carnassiers constituaient une menace pour les réserves de viande séchée qu’il leur arrivait de dérober sitôt que la surveillance se relâchait. Aussi ces animaux étaient-ils détestés des chasseurs.
Ayla se rappela la fois où Brun lui avait interdit de ramener dans la caverne un louveteau blessé. Soudain un projet commença à germer dans son esprit. Les carnassiers, à l’exception des grands félins, pouvaient être tués à la fronde. J’ai entendu Zoug le dire à Vorn. Il affirmait qu’il était souvent préférable d’utiliser la fronde, afin de ne pas être obligé de trop s’approcher d’eux.
Ayla avait maintes fois entendu Zoug louer les vertus de son arme favorite. Il était vrai qu’avec une fronde un chasseur restait hors de portée des griffes et des crocs des carnassiers, mais Zoug n’avait rien dit des risques encourus au cas où le tireur manquait le loup ou le lynx qu’il avait visé ; ces bêtes étaient parfaitement capables de se retourner contre lui.
Et si je ne chassais que les carnassiers ? songea-t-elle. Nous ne les mangeons pas, ce ne sera pas du gaspillage si je les laisse en pâture aux charognards. Les chasseurs le font bien.
Ayla secoua la tête, se reprochant de telles pensées. Je suis une femme, et la chasse m’est interdite ; je n’ai même pas le droit de toucher à une arme. Il n’empêche, je sais me servir d’une fronde ! Ce serait bien utile au clan que je tue ces gloutons, ces renards et ces sales hyènes qui volent notre viande.
Elle s’était entraînée au tir à la fronde pendant tout l’été, et bien que ce ne fût alors qu’un jeu pour elle, elle savait que toute arme avait pour fonction la chasse. Elle savait également qu’elle finirait par se lasser de tirer sur des branches, des feuilles ou des rochers. Aussi lui était-il insupportable de devoir abandonner la fronde faute de pouvoir l’employer pour ce qu’elle était : une arme de chasse. Tuer les prédateurs nuisibles au clan lui apparaissait comme la réponse à son dilemme, même si cela lui posait un problème de conscience. Creb et Iza lui avaient tant de fois dit qu’il était formellement interdit à une femme de toucher à une arme. Mais elle avait déjà largement transgressé cet interdit, et sa faute ne pouvait être plus grave si elle chassait. Elle jeta un regard à la fronde qu’elle tenait à la main et, balayant ses derniers scrupules, prit une décision.