Le clan de l'ours des cavernes
- Автор: Ауэл Джин М.
- Серия: Les enfants de la Terre #1
- Год: 2002
- Язык: французский
- Год: J'ai Lu
- ISBN: 2-258-05932-1
- Переводчик: Philippe Rouard
- Жанр: Исторические приключения
Электронная книга - «Le clan de l'ours des cavernes». Краткое содержание книги:
Puis elles se dirigèrent vers un petit monticule. Uba s’était endormie, rassurée par la chaude présence d’Ayla.
— Tu vois cette petite plante aux fleurs jaunes en forme d’entonnoir, mauves au centre ? demanda Iza, en montrant à Ayla une plante de trente centimètres environ.
— Celle-ci ?
— Oui, ce sont des jusquiames. Elles sont très utiles aux guérisseuses, mais il ne faut jamais en manger car elles sont vénéneuses.
— Que faut-il utiliser ? La racine ?
— Les racines, les feuilles et les graines. Les feuilles sont plus grandes que les fleurs et poussent les unes après les autres de part et d’autre de la tige. Regarde bien, Ayla, les feuilles sont vert tendre et dentelées. (La guérisseuse froissa une feuille entre ses doigts.) Sens, dit-elle à Ayla, qui perçut une forte odeur de narcotique. Le parfum disparaît une fois les feuilles séchées. Dans quelque temps, il y aura beaucoup de petites graines marron. (Iza arracha une racine brune et rugueuse qui, une fois cassée, révéla une chair blanche.) Toutes les parties de la plante sont efficaces pour lutter contre la douleur. On peut les préparer en infusion ou bien en lotion à appliquer sur la peau. Elles calment les contractions musculaires, détendent, apaisent et favorisent le sommeil.
Après en avoir ramassé plusieurs, Iza s’approcha d’un massif de splendides roses trémières dont elle cueillit quelques spécimens roses, mauves, blancs et jaunes.
— Voilà une plante excellente pour calmer les irritations, les maux de gorge, les écorchures et les égratignures. La décoction des fleurs soulage la douleur, mais elle fait également dormir. La racine est très efficace pour soigner les plaies. Je m’en suis servie pour traiter tes blessures.
Ayla porta la main à sa cuisse et sentit les quatre cicatrices parallèles, se disant qu’elle serait morte sans Iza.
Elles marchèrent un long moment sans parler, prenant plaisir à être ensemble par cette belle journée ensoleillée. Iza scrutait la végétation et, à chaque fois qu’elle le pouvait, elle indiquait une nouvelle plante à la fillette attentive, lui exposant ses vertus et ses contre-indications. Elles traversaient un champ de seigle sauvage quand Iza s’arrêta pour examiner certains plants dont les sommités avaient une coloration violette très foncée.
— Regarde, Ayla, dit-elle en désignant l’un des plants. Ce n’est pas comme ça que pousse le seigle, d’ordinaire. Ce que tu vois là est l’effet d’une maladie, et nous avons de la chance d’être tombées dessus. Ça s’appelle l’ergot. Sens-le.
— Pouah ! On dirait du poisson pourri ! s’exclama la fillette en fronçant le nez d’un air de dégoût.
— Mais l’ergot est magique et il est très utile aux femmes enceintes. Il provoque des contractions et facilite l’accouchement. Il peut même provoquer une fausse couche, ce qui permet aux femmes de ne pas mettre au monde des enfants se suivant de trop près, car il y a toujours un risque de ne pouvoir les allaiter. Trop de bébés meurent à la naissance ou pendant leur première année, et une mère doit prendre soin de celui qui vit et a une chance de grandir. Mais l’ergot de seigle n’est qu’une plante abortive parmi d’autres. Il a peut-être un goût et une odeur affreux mais il est fort efficace, utilisé sagement. Une trop grande quantité entraîne des crampes, des vomissements et même la mort.
— C’est comme la jusquiame, elle peut être nocive ou bénéfique, fit remarquer Ayla.
— C’est vrai. Souvent les plantes vénéneuses se révèlent de puissantes médecines, si l’on connaît le dosage.
Tandis qu’elles revenaient vers la rivière, Ayla s’arrêta pour montrer à Iza une plante aux fleurs bleu violacé.
— Regarde, de l’hysope ! Elle guérit les rhumes, n’est-ce pas ?
— Exactement. Et elle parfume agréablement n’importe quelle infusion. Prends-en donc quelques-unes.
Ayla arracha plusieurs pieds par la racine et entreprit de les effeuiller en chemin.
— Ayla, ce sont les racines qui permettent à la plante de repousser chaque année, fit observer la guérisseuse. Si tu les arraches, il n’y aura pas de récolte l’an prochain. Contente-toi donc de cueillir les feuilles si tu n’as pas besoin des racines.
— Je n’y avais pas pensé. Je ferai attention désormais, promit Ayla, penaude.
— Et même quand tu dois utiliser les racines, il vaut mieux ne pas les arracher toutes au même endroit, de façon à ce qu’il y en ait toujours l’année suivante.
Aux abords de la rivière, les deux femmes arrivèrent près d’un marécage où poussait une autre plante intéressante.
— C’est un lis des marais, expliqua Iza. Il ressemble un peu à l’iris, mais ce n’est pas la même plante. La lotion de racine bouillie apaise les brûlures et l’on peut en mâcher si l’on a mal aux dents. Mais il est dangereux d’en donner à une femme enceinte. Elle peut perdre son enfant, encore que cet expédient ne se soit pas révélé efficace quand j’y ai recouru. Tu ne peux pas la confondre avec l’iris ; regarde, elle a un bulbe et sent beaucoup plus fort.
Elles s’arrêtèrent pour se reposer à l’ombre d’un érable, près de la rivière. Ayla prit une feuille qu’elle roula en cornet et ferma avec son pouce pour la remplir d’eau dans le courant. Elle apporta à boire à Iza dans son récipient de fortune.
— Ayla, commença la femme, après s’être désaltérée, tu devrais te montrer plus obéissante envers Broud. C’est un homme, et il a le droit de te commander.
— Je fais tout ce qu’il me demande, répondit Ayla sur la défensive.
— Oui, mais tu ne le fais pas comme il faut. Tu ne cesses de le défier et de le provoquer. Tu le regretteras plus tard, Ayla, le jour où il sera chef. Tu dois obéir aux hommes, à tous les hommes. Tu n’as pas le choix.
— Pourquoi les hommes ont-ils le droit de commander aux femmes ? En quoi nous sont-ils supérieurs ? Ils ne peuvent même pas avoir d’enfants ! répliqua amèrement Ayla.
— C’est ainsi, et il en a toujours été ainsi chez ceux du Clan. N’oublie pas que tu es des nôtres, Ayla. Tu es ma fille. Tu dois te conduire comme il sied à une fille de notre peuple.
Ayla baissa la tête. Iza avait raison, elle avait provoqué Broud. Elle regarda la femme qu’elle pouvait considérer comme sa mère. Iza avait vieilli, ses bras autrefois musclés avaient perdu leur fermeté et ses cheveux bruns avaient blanchi. Creb, qui lui avait paru si vieux au premier abord, avait fort peu changé par comparaison.
— Tu as raison, Iza, répondit la fillette. Je me suis mal comportée avec Broud. Je tâcherai de ne plus le mécontenter dorénavant.
Le bébé qu’Ayla tenait dans ses bras commença à s’agiter, puis ouvrit de grands yeux étonnés.
— Faim, dit-elle en esquissant maladroitement le geste approprié, puis elle enfourna son petit doigt dans sa bouche.
— Il se fait tard, déclara Iza en regardant le ciel. Nous ferions mieux de rentrer.
Si Ayla avait décidé de faire des efforts pour plaire à Broud, elle eut le plus grand mal à tenir sa promesse. Elle essaya bien de ne plus le provoquer mais elle avait pris l’habitude de l’ignorer, faisant semblant de ne pas le voir en sachant qu’il s’adresserait à quelqu’un d’autre pour ses besoins ou encore se résignerait à se servir tout seul. Les regards haineux qu’il lui lançait ne faisaient plus peur à la fillette, qui se sentait à l’abri de sa colère. Son impertinence était devenue une habitude. Elle l’avait trop longtemps regardé droit dans les yeux pour baisser la tête à présent. Et c’était ce dédain inconscient que Broud lui reprochait bien plus que ses précédentes effronteries. Il sentait qu’elle n’avait plus le moindre respect pour lui. Mais ce n’était pas le respect qu’elle avait perdu, mais la crainte qu’il lui avait inspirée.