Le clan de l'ours des cavernes
- Автор: Ауэл Джин М.
- Серия: Les enfants de la Terre #1
- Год: 2002
- Язык: французский
- Год: J'ai Lu
- ISBN: 2-258-05932-1
- Переводчик: Philippe Rouard
- Жанр: Исторические приключения
Электронная книга - «Le clan de l'ours des cavernes». Краткое содержание книги:
La saison où les vents froids et les neiges abondantes allaient de nouveau confiner le clan dans la caverne approchait, au grand regret d’Ayla. Les femmes s’activaient à rentrer les récoltes de l’automne. Ayla n’aimait pas voir les feuilles commencer de tomber, même si la riche palette de l’arrière-saison la fascinait par sa beauté. Elle avait peu de temps pour grimper jusqu’à sa retraite pastorale, car les tâches étaient multiples et les jours raccourcissaient rapidement.
Un jour, toutefois, elle prit son panier de cueillette et, armée de son bâton, s’en fut ramasser des noisettes dans sa clairière secrète. Dès qu’elle fut arrivée, elle se débarrassa de son panier et courut dans la grotte chercher sa fronde. Elle avait quelque peu aménagé sa retraite, y apportant une vieille peau de couchage. Sur une étagère faite d’un bout de branche fendu en deux posé entre deux grosses pierres, il y avait quelques ustensiles en écorce de bouleau, un couteau de silex, et quelques galets pour casser les noisettes. Elle prit sa fronde dans le panier d’osier tressé où elle la rangeait et s’en fut en quête de cailloux.
Elle se mit à tirer quelques coups pour ne pas perdre la main. Vorn n’atteint certainement pas ses cibles comme moi, pensa-t-elle avec fierté, tandis que chacun de ses projectiles filait avec force et précision. Mais elle se lassa vite de son jeu et entreprit de ramasser les noisettes éparpillées sur le sol, au pied des épais buissons. La vie lui paraissait merveilleuse. Uba croissait et embellissait à vue d’œil, Iza allait beaucoup mieux, et les maux de Creb se faisaient moins sentir durant les beaux jours, ce qui lui avait permis de faire de longues promenades en sa compagnie. Elle était devenue experte dans le tir à la fronde et prenait un immense plaisir à s’entraîner. Il lui était devenu extrêmement facile de toucher à tous les coups les cibles qu’elle choisissait, branches ou rochers. Enfin, plus important que tout, Broud avait fini par la laisser tranquille. Elle était convaincue que rien ne pourrait désormais gâcher son bonheur, tandis qu’elle remplissait son panier de noisettes.
Les feuilles mortes tourbillonnaient dans le vent avant de recouvrir les noisettes qui jonchaient le sol. Celles qui n’étaient pas tombées pendaient, mûres et bien pleines, aux branches en partie dénudées. A l’est, les steppes ondoyaient sous le vent telle une mer dorée, tandis qu’au sud, les eaux de la mer intérieure formaient une immense tache grise que festonnait l’écume blanche des vagues. Les dernières grappes de raisin sauvage gorgées de jus attendaient d’être coupées.
Les hommes s’étaient réunis à leur habitude pour organiser l’une des dernières chasses de la saison. Ils avaient discuté de l’expédition projetée jusque tard dans la matinée, et chargé Broud de demander à boire aux femmes. Le garçon aperçut Ayla installée à l’entrée de la caverne, des morceaux de bois et des lacets de cuir éparpillés autour d’elle, avec lesquels elle fabriquait des claies pour faire sécher les raisins.
— Ayla ! de l’eau ! lui signifia Broud.
La fillette était fort occupée à une opération délicate de son ouvrage. Si elle bougeait tant soit peu, tout serait à recommencer. Elle hésita une seconde, regardant autour d’elle si personne ne pouvait la remplacer, et finit par se lever à contrecœur en poussant un soupir de mécontentement.
S’efforçant de réprimer la colère qui montait en lui devant tant d’évidente mauvaise volonté, Broud chercha des yeux une autre femme susceptible de répondre plus rapidement à ses désirs. Mais soudain, il changea d’idée. Elle m’obéira, décida-t-il brusquement. Pourquoi se montre-t-elle aussi insolente envers moi ? Ne suis-je pas un homme à ses yeux ? N’est-ce pas son devoir de m’obéir ? Brun ne m’a jamais conseillé d’encourager un tel manque de respect, se dit-il. Il ne peut tout de même pas me menacer de la Malédiction Suprême uniquement parce que j’oblige une femme à faire ce qu’une femme doit faire ! Quel est le chef qui laisserait une femme le défier impunément ? Non, son insolence n’a que trop duré. Cette fois, je ne la laisserai pas s’en tirer comme ça !
Ces pensées lui vinrent en même temps qu’il franchissait en trois enjambées la distance qui les séparait. Son poing s’abattit sur elle juste comme elle se levait et l’envoya au sol. Le regard stupéfait qu’elle lui jeta se chargea vite de colère. Elle vit Brun qui observait la scène, mais comprit à sa mine qu’il n’y avait rien à attendre de lui. La rage qu’elle lut dans les yeux de Broud transforma sa colère en peur, et elle regretta aussitôt de l’avoir défié une fois de plus. Esquivant prestement le coup suivant, elle courut chercher l’outre dans la caverne. Les poings serrés, Broud la suivit des yeux, luttant pour ne pas donner libre cours à son exaspération. Puis il porta son regard du côté des hommes et surprit l’air impassible de Brun, qui n’exprimait ni encouragement ni réprobation. Broud reporta son attention sur Ayla qui s’empressait de remplir l’outre à la mare puis la hissait sur son épaule. Son empressement soudain ainsi que son regard terrifié ne lui avaient pas échappé et l’aidaient à conserver son sang-froid.
Au moment où Ayla, courbée sous le poids de son fardeau, passait à sa hauteur, le jeune homme la poussa d’un revers de la main, manquant de la faire tomber. Rouge de colère, la fillette parvint à garder l’équilibre et ralentit l’allure. Broud resta sur ses talons et lui administra un coup sur l’épaule. Alors, Ayla franchit en courant les derniers pas jusqu’à l’écuelle qu’elle remplit à ras bord, sans relever le visage. Broud l’avait suivie, inquiet de connaître la réaction de Brun.
— Crug dit avoir vu le troupeau se diriger vers le nord, Broud, déclara Brun d’un ton détaché.
Tout allait donc pour le mieux ! Brun ne lui en voulait nullement. Au fait, pourquoi lui en aurait-il voulu de corriger une femme qui le méritait ? Broud poussa un profond soupir de soulagement.
Quand les hommes eurent fini de boire, Ayla regagna la caverne, à l’entrée de laquelle se trouvait Creb. Le sorcier avait observé toute la scène.
— Creb ! Broud m’a encore battue, se plaignit-elle en accourant vers lui.
Mais devant le regard que lui jeta le vieil homme qu’elle aimait tant, son sourire s’évanouit brusquement.
— Tu n’as eu que ce que tu méritais, répliqua-t-il d’un air sévère, avant de lui tourner le dos, la laissant interloquée.
Un peu plus tard dans la journée, la fillette s’approcha timidement du vieux sorcier et lui passa les bras autour du cou, geste qui, généralement, avait le don de l’attendrir. Mais cette fois-ci, il ne daigna pas réagir et ne prit même pas la peine de la repousser. Il se contenta de rester le regard vague, perdu dans le lointain, et ce fut Ayla qui se retira.
Ses yeux se remplirent de larmes. Elle se sentait blessée et quelque peu terrorisée par le vieux magicien. Et, pour la première fois depuis qu’elle partageait la vie du clan, elle comprit pourquoi tout le monde redoutait et admirait le grand Mog-ur. D’un simple regard il lui avait fait comprendre sa réprobation et la distance qui les séparerait désormais. Comprenant qu’il ne l’aimait plus, elle alla se réfugier auprès d’Iza.
— Pourquoi Creb est-il en colère contre moi ? lui demanda-t-elle.
— Je t’avais bien dit de faire tout ce que Broud te demanderait, Ayla. Il a le droit de te commander, lui répondit doucement Iza.