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Le clan de l'ours des cavernes

Электронная книга - «Le clan de l'ours des cavernes». Краткое содержание книги:

Il y a 35.000 ans, la terre se réchauffe lentement, alors que l’homme se dégage peu à peu de la bête, maîtrise l’outil et le feu. Une fillette de 5 ans, nommée Ayla, échappe à un tremblement de terre. Elle se réfugie auprès d’un clan étranger qui l’adopte.
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— Encore un éclat de la sorte, même minime, Broud, et tu n’es plus le fils de ma compagne. Tu es destiné à me remplacer en tant que chef, mais sache-le bien, plutôt que de remettre le clan entre les mains d’un homme incapable de se contrôler, je te renierai et te condamnerai à la Malédiction Suprême. Tant que tu n’auras pas prouvé que tu es un homme, il te sera interdit de prendre ma suite. Je vais t’observer, Broud. Je ne veux plus voir aucune manifestation de mauvaise humeur. Et si je dois choisir un autre chef, tu seras ravalé au dernier rang du clan, et cela pour toujours. M’as-tu bien compris ?

— Oui, Brun, acquiesça-t-il, blême.

— Tout cela restera entre nous. Un tel bouleversement dans nos projets ne ferait qu’inquiéter les autres, or je ne tiens pas à les perturber inutilement. Mais ne te méprends pas, il en sera comme je l’ai décidé. Un chef a le devoir de faire passer les intérêts de son clan avant les siens propres. C’est la première chose à apprendre, Broud. Voilà pourquoi un chef doit savoir garder son sang-froid. Il assume l’entière responsabilité de la survie du clan. Un chef est moins libre qu’une femme, Broud. Il est parfois contraint de faire des choses qui ne lui plaisent guère. Et si besoin est, il peut même aller jusqu’à renier le fils de sa compagne. Tu comprends ?

— Oui, Brun, je comprends, répondit Broud, qui doutait d’avoir bien compris.

Comment se pouvait-il qu’un chef soit moins libre qu’une femme ? Un chef devait être libre de faire tout ce qu’il voulait et de commander à tout le monde, non ?

— Va, va-t’en maintenant, Broud. Je désire rester seul.

Ayla dut attendre plusieurs jours avant de pouvoir se lever et encore plus longtemps pour voir les ecchymoses violacées qui lui couvraient le corps virer au jaune pâle puis enfin disparaître. Au début, elle avait si peur de Broud qu’elle sursautait dès qu’elle le voyait arriver. Or, elle ne tarda pas à remarquer qu’un changement était intervenu en lui. Il avait cessé de la tourmenter, de la harceler et en vérité cherchait plutôt à l’éviter. Ses souffrances oubliées, elle se dit qu’à toute chose malheur est bon. La vie, sans l’oppression exercée par Broud, lui parut facile. Bien qu’elle continuât de vaquer aux mêmes tâches que les autres femmes, elle éprouvait une telle impression de liberté que son bonheur se lisait dans le moindre de ses gestes. Elle éclatait de rire et marchait la tête haute. Iza savait que la fillette était tout simplement heureuse, mais sa désinvolture et son exubérance suscitaient l’étonnement et la muette réprobation du clan, habitué à plus de réserve.

Quant au comportement distant de Broud envers Ayla, il n’échappait à personne. La fillette surprit par hasard quelques conversations et comprit que Broud avait été menacé d’un châtiment exemplaire s’il la battait encore une fois. Cela lui fut confirmé un jour où elle le provoqua sans résultat. Elle se permit tout d’abord quelques petites négligences, de petits riens, dans le seul but de l’irriter. Elle le haïssait et, se sentant protégée par Brun, prenait sournoisement sa revanche.

La petite taille du clan fit qu’en dépit des efforts de Broud pour éviter Ayla, il lui était nécessaire de recourir à elle en certaines occasions. Elle mettait alors un point d’honneur à satisfaire ses désirs le plus lentement possible. Après s’être assurée que personne ne regardait, elle le gratifiait de cette étrange grimace dont elle avait le secret, prenant un malin plaisir à voir les efforts désespérés du jeune homme pour garder son sang-froid. Elle faisait beaucoup plus attention lorsqu’elle n’était pas seule avec lui, ne désirant nullement s’attirer la colère de Brun.

De temps à autre elle surprenait le regard de haine que Broud posait sur elle, et il lui arrivait alors de s’interroger sur la sagesse de son comportement. Broud la tenait pour seule responsable de sa situation inconfortable. Si elle n’avait pas été aussi insolente, il ne se serait pas mis en colère comme il l’avait fait, et il ne serait pas aujourd’hui menacé du châtiment suprême. Pourquoi les autres ne se rendaient-ils pas compte de l’insolence de cette étrangère ? Pourquoi ne la punissaient-ils pas pour sa mauvaise conduite ? Oui, il la détestait encore plus qu’avant, mais il se gardait bien de le montrer, surtout quand Brun était là.

Si le conflit entre les deux jeunes gens devint larvé, son intensité s’accrut encore et la fillette déploya moins de finesse dans ses provocations. Tout le monde se demandait pourquoi Brun laissait faire et la tension entravait parfois la vie du clan, perturbant les hommes comme les femmes.

En réalité, Brun n’appréciait nullement le comportement d’Ayla dont les insolences, qu’elle croyait subtiles, ne lui échappaient pas, pas plus qu’il n’approuvait la relative résignation de Broud. Toute effronterie était inacceptable de la part d’une femme. Brun était choqué de voir la fillette s’imposer de cette façon contre un homme. Aucune femme du clan n’aurait imaginé pareille attitude. Elles étaient satisfaites de leur position dans la communauté. Elles possédaient un savoir qui leur était propre. L’art de la chasse n’était pas inscrit dans leurs gènes. Pourquoi une femme lutterait-elle pour changer le cours naturel de son existence ? Se rebeller contre l’ordre établi leur paraissait aussi absurde que de s’arrêter de manger ou de respirer. Si Brun n’avait été certain du sexe d’Ayla, le comportement de la fillette lui eût donné à penser qu’elle appartenait au sexe masculin. Pourtant elle avait remarquablement assimilé le savoir-faire des femmes et révélait même certains dons de guérisseuse.

Néanmoins, Brun se retenait d’intervenir dans ce conflit où il voyait enfin Broud lutter pour apprendre à conserver son sang-froid, qualité indispensable à un futur chef. Broud était un chasseur courageux, et Brun se sentait fier de sa bravoure. S’il parvenait à se corriger de son principal défaut, il ferait un chef remarquable.

Ayla n’était pas pleinement consciente de toutes les tensions qu’elle provoquait. Cet été-là, elle se sentit plus heureuse qu’elle ne l’avait jamais été. Elle profita de sa nouvelle liberté pour aller à travers bois et ramasser des herbes ou bien s’entraîner à la fronde. Sans pouvoir se dérober totalement aux corvées qui lui incombaient, elle bénéficiait cependant du prétexte de rapporter des plantes à Iza pour s’échapper de la caverne aussi souvent que possible. La guérisseuse n’était pas encore remise de son pénible hiver, bien qu’elle toussât beaucoup moins avec les beaux jours revenus. Creb et elle s’inquiétaient au sujet d’Ayla. Iza redoutait que son comportement ne finisse par incommoder le clan et appelle à une sanction. Elle décida d’accompagner la fillette dans sa cueillette pour trouver l’occasion de lui parler.

— Uba, viens vite, maman est prête, dit Ayla en soulevant la petite fille et en l’installant sur sa hanche.

Elles descendirent la colline, traversèrent la rivière et continuèrent leur route à travers les bois en suivant une sente ouverte par un animal et élargie par le passage des hommes. Iza fit halte dans une prairie dégagée et, après avoir repéré les lieux, se dirigea vers une touffe de grandes fleurs jaune vif qui ressemblaient à des asters.

— Ce sont des aunées, Ayla, dit Iza. Elles poussent généralement dans les prés. Les feuilles sont ovales et pointues au bout, vert foncé par-dessus et vert clair en dessous, tu vois ?

Iza s’était agenouillée pour montrer une feuille à Ayla.

— Oui, je vois.

— C’est la racine qu’il faut utiliser. La plante se reproduit tous les ans, mais il vaut mieux la ramasser la seconde année, à la fin de l’été ou en automne, au moment où la racine est lisse et ferme. Il faut la couper en petits morceaux, puis en faire réduire une poignée dans l’écuelle en os. Ce breuvage se boit froid, deux fois par jour. Il s’utilise contre la toux et plus particulièrement quand on crache du sang. Il fait aussi transpirer abondamment. (Iza s’était assise par terre pour extraire la racine avec le bâton à fouir, agitant rapidement les mains à mesure qu’elle s’expliquait.) On peut aussi faire sécher la racine et la moudre en poudre, ajouta-t-elle.

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