Le clan de l'ours des cavernes
- Автор: Ауэл Джин М.
- Серия: Les enfants de la Terre #1
- Год: 2002
- Язык: французский
- Год: J'ai Lu
- ISBN: 2-258-05932-1
- Переводчик: Philippe Rouard
- Жанр: Исторические приключения
Электронная книга - «Le clan de l'ours des cavernes». Краткое содержание книги:
— Je pourrais essayer de cautériser la gencive, proposa Iza. Creb fit la grimace.
— Apporte-moi du lis des marais à mâcher, commanda-t-il.
Le lendemain matin, la joue de Creb était tout enflée, ajoutant s’il était possible à la laideur de son visage. Il avait l’œil rougi du manque de sommeil.
— Iza, gémit-il. Ne pourrais-tu pas faire quelque chose pour cette dent ?
— Si tu m’avais laissée faire hier, tu n’aurais plus mal à présent, répliqua Iza, et elle s’en retourna surveiller sa bouillie de céréales qui mijotait sur le feu.
— Femme ! Tu n’as donc pas de cœur ? Je n’ai pas fermé l’œil de la nuit !
— Je le sais. Tu m’as empêchée de dormir.
— Allons, fais quelque chose ! exigea-t-il avec de grands gestes.
— Je veux bien, Creb, mais je ne peux pas l’arracher tant que la gencive est enflée.
— L’arracher ! L’arracher ! Tu ne penses décidément qu’à ça !
— Je veux bien essayer autre chose, Creb, mais cela ne sauvera pas ta dent. (Elle fit signe à Ayla.) Ayla, apporte-moi le petit panier de lancettes, celles qu’on a taillées dans l’arbre abattu par la foudre, l’été dernier. Il faut percer la gencive pour vider l’abcès, et peut-être pourra-t-on calmer la douleur.
Creb tenta en vain de réprimer un frisson, puis il haussa les épaules d’un air fataliste. Le remède ne pouvait être pire que le mal, pensa-t-il. Iza choisit deux lancettes de bois.
— Ayla, tu feras rougir au feu la pointe de celle-ci en faisant bien attention à ne pas la briser. Mais d’abord, je veux que tu voies comment on perce la gencive. Tiens les lèvres de Creb bien écartées pendant que j’opère.
Ayla fit ce qu’on lui demandait et regarda à l’intérieur de la bouche de Creb les deux rangées de vieilles dents jaunies.
— Il faut inciser la gencive sous la dent, expliqua Iza en passant à l’acte.
Creb serra le poing mais ne laissa échapper aucune plainte.
— Voilà, maintenant que le sang coule et le pus avec, va faire brûler la pointe de l’autre lancette.
Ayla courut au feu qui rougeoyait non loin et revint avec une braise contre laquelle elle appuya un instant la lancette. Prestement, elle tendit l’instrument à Iza. La guérisseuse considéra la pointe, hocha la tête et fit signe à Ayla d’écarter de nouveau les lèvres de Creb. Puis elle procéda à la cautérisation de l’incision qu’elle avait pratiquée. Ayla sentit frémir Creb tandis qu’une mince volute de fumée s’échappait de sa bouche.
— Voilà, c’est fait. Maintenant il faut attendre que la douleur s’estompe. Si ça te fait encore mal demain, alors nous arracherons la dent, déclara Iza, après qu’elle eut appliqué sur la gencive un emplâtre de poudre de géranium et de nard.
Le lendemain matin, Iza demanda à Creb comment allait sa dent.
— Est-ce qu’elle te fait encore mal, Creb ?
— Ça va mieux, Iza, répondit Creb.
— Si la douleur n’est pas complètement partie, la gencive enflera de nouveau, dit Iza.
— Elle... elle me fait encore un petit peu mal, reconnut Creb. Mais c’est très supportable. On pourrait peut-être attendre encore un jour ou deux. J’ai demandé à Ursus de détruire l’esprit maléfique qui cause la douleur.
— N’as-tu pas déjà demandé plusieurs fois à Ursus de te débarrasser de cette douleur ? A mon avis, Ursus veut que tu sacrifies d’abord cette dent avant de répondre à ta demande, Mog-ur, dit Iza.
— Que connais-tu du Grand Ursus, femme ? demanda Creb, irrité.
— La femme qui est devant toi est trop présomptueuse. La femme qui est devant toi ne sait rien des esprits, répondit Iza. (Puis levant la tête vers son frère :) Mais une guérisseuse connaît les maux de dents. Tu auras mal tant que tu garderas cette dent, lui dit-elle avec des gestes empreints d’assurance.
Creb lui tourna le dos et alla en boitant s’asseoir sur sa fourrure. Il ferma son œil unique, paraissant plonger dans une profonde méditation.
— Iza ? appela-t-il au bout d’un moment.
— Oui, Creb ?
— Tu as raison. Ursus désire que j’abandonne cette dent. Viens, finissons-en.
Iza s’approcha de lui.
— Tiens, Creb, bois pour atténuer la douleur. Ayla, tu trouveras dans ma trousse une petite cheville et un long tendon. Apporte-les-moi.
— Comment se fait-il que tu aies déjà préparé ce breuvage ? demanda Creb.
— Je connais Mog-ur. C’est dur de perdre une dent, mais Mog-ur s’en séparera volontiers, si tel est le désir d’Ursus. Et ce n’est pas le premier sacrifice ni le plus grand qu’il ait fait à Ursus. Il est difficile de vivre avec un totem puissant, mais Ursus ne t’aurait pas choisi s’il n’avait mesuré toute ta valeur.
Creb approuva d’un hochement de tête et but la décoction.
C’est la même plante que j’utilise pour raviver la mémoire ancestrale des hommes, réalisa-t-il. Mais Iza la fait bouillir au lieu de la laisser seulement infuser. Son pouvoir doit en être accru. Le datura est un don d’Ursus. Je commence déjà à ressentir les effets narcotiques.
Iza avait demandé à Ayla de maintenir ouverte la bouche de Creb pendant qu’elle plaçait avec précaution la petite cheville de bois brûlé à la base de la dent malade. Elle enfonça la cheville d’un coup sec avec un galet afin d’ébranler la dent de son logement. Creb tressaillit mais ce n’était pas aussi douloureux qu’il l’avait redouté. Puis Iza attacha le tendon autour de la dent et demanda à Ayla de lier l’autre extrémité à l’un des piquets qui supportaient la claie sur laquelle la guérisseuse faisait sécher ses herbes.
— Maintenant, tourne la tête de Creb jusqu’à ce que le tendon soit bien raide, demanda Iza à la fillette. Voilà, comme ça, approuva-t-elle. Se saisissant du tendon, elle tira dessus d’un coup sec, arrachant la lourde molaire. Elle posa dans le trou sanglant un emplâtre de racine de géranium et appliqua par-dessus un morceau de peau de lapin trempé dans une solution antiseptique à base de balsamine.
— Voici ta dent, Mog-ur, dit Iza en posant la molaire cariée dans la main du sorcier qui dodelinait du chef sous les effets du datura.
Il referma gauchement les doigts dessus, mais la dent lui échappa alors qu’il se laissait aller à la renverse sur sa couche de fourrure.
— Il... faut que... je l’offre... à Ursus, exprima-t-il de quelques signes vagues.
Le clan ne perdit rien de l’opération exécutée par Iza avec l’assistance de la jeune étrangère. Quand ils virent Creb retrouver rapidement l’usage de ses mâchoires, ils furent rassurés de savoir que la présence d’Ayla auprès de la guérisseuse n’avait pas contrarié les esprits protecteurs. Au cours de cet hiver-là, Ayla apprit à soigner les brûlures, les coupures, les ecchymoses, les coups de froid, les maux de gorge, d’estomac, d’oreilles auxquels les membres du clan étaient sujets, ainsi que la plupart des blessures bénignes. Ceux-ci finirent bientôt par s’adresser indifféremment à Ayla ou à Iza, lorsqu’ils souffraient de maux légers. Ils voyaient bien aussi que la guérisseuse se faisait vieille, que sa santé déclinait et qu’Uba était encore trop petite pour assurer sa succession. C’est ainsi que le clan s’accoutuma à la présence d’Ayla et en vint à admettre qu’une enfant née parmi les Autres pût devenir un jour une bonne guérisseuse.
Ce fut au moment le plus rigoureux de l’année, peu après le solstice d’hiver, qu’Ovra entra en couches.
— C’est trop tôt, dit Iza à Ayla. Elle ne devait pas accoucher avant le printemps. Elle ne sent plus bouger son bébé depuis quelque temps. J’ai bien peur que l’accouchement soit difficile et l’enfant mort-né.