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Dominium Mundi. Livre II

Электронная книга - «Dominium Mundi. Livre II». Краткое содержание книги:

« Cette guerre pour laquelle il s’était engagé n’était pas une guerre de religion, ni même une simple guerre de conquête ou de colonisation, mais bel et bien une guerre d’extermination. »
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Tout le long du trajet, Godefroy de Bouillon n’avait cessé de se creuser la tête pour deviner quelle raison avait bien pu pousser le Prætor peregrini à user d’une telle méthode. En vain.

Certes, depuis quelque temps, celui-ci lui semblait toujours plus nerveux chaque fois qu’il le croisait, mais Godefroy n’y avait pas vraiment prêté attention, attribuant cela à la fatigue.

Il ne pouvait imaginer à quel point il était dans l’erreur.

À présent, il était près d’une heure du matin. L’entrevue avec Pierre venait d’avoir lieu et Godefroy revenait à ses quartiers. Le véhicule mis à sa disposition fit halte devant chez lui. Il en descendit sans un mot et entreprit de remonter l’allée qui menait à l’entrée de sa demeure centaurienne. L’air glacé lui fit du bien.

Si le vertige était toujours fort, au moins la nausée commençait-elle à se dissiper. Ce que le chef spirituel de la croisade lui avait révélé avait ébranlé Godefroy au plus profond de son être. Il en était presque malade. Cependant, maintenant qu’il marchait en plein air, sur un sol bien ferme, tout ce qu’il avait entendu lui paraissait soudain irréel. Et si l’Ermite se trompait ? Et si tout simplement il était devenu fou ? Comment savoir si ce qu’il avait raconté était bien la vérité ou un délire de paranoïaque ?

Mais Godefroy ne pouvait se leurrer. Il savait que le prêtre n’avait pas menti.

Soudain une petite forme blanche lui passa devant les yeux, puis une autre et encore une autre. Le duc s’arrêta, stupéfait. Une nuée de flocons blancs tombait du ciel, parfaitement visibles même dans la nuit. De la neige !

Alors que pas une goutte de pluie n’était tombée depuis qu’ils avaient débarqué sur cette planète trois mois plus tôt, voilà qu’une averse de neige s’abattait soudain dans l’immense plaine du plateau croisé. Cela n’avait rien d’exceptionnel en soi – même dans les déserts terrestres, il arrivait qu’il neige la nuit, à la faveur de la chute brutale des températures – mais, Godefroy ne put s’empêcher d’y voir un sombre présage. Quelque chose de grave se préparait.

Deux hommes l’attendaient dans le hall. Ses deux plus fidèles serviteurs. Ils remarquèrent immédiatement que le duc n’était pas dans son état normal.

Avant même que l’un d’eux ne pose de question, Godefroy leur lança :

« Apportez-moi à dîner dans le salon. Après cela, que l’on ne me dérange sous aucun prétexte. »

Les deux serviteurs échangèrent un regard surpris, mais s’exécutèrent sans délai, se dirigeant vers les cuisines pour y transmettre les ordres de leur maître.

Dès qu’il fut dans le salon, Godefroy se laissa tomber dans un fauteuil et se prit la tête entre les mains. Le vertige avait presque disparu. Son esprit était enfin suffisamment clair pour repenser à ce qu’il venait d’entendre.

L’homme qu’il avait vu dans la pénombre du confessionnal n’avait plus qu’un lointain rapport avec le prêcheur ardent qu’était Pierre l’Ermite au début de la croisade. Même à travers le treillage séparant les deux compartiments, il avait nettement vu le visage émacié et les traits tirés, le dos voûté et les mains tremblantes. Puis il avait entendu la voix rauque, brisée, de cet homme qui chuchotait si bas qu’on l’entendait à peine, visiblement effrayé à l’idée que l’on surprenne ses paroles.

« Nous sommes dans un confessionnal, avait commencé Pierre, toutefois c’est moi qui devrais me trouver de l’autre côté de ce grillage. Malheureusement, mon crime est si grand que je crains qu’aucun véritable homme de Dieu n’accepte jamais de m’absoudre.

— Voilà une entrée en matière bien dramatique, mon père, avait répondu le duc, mal à l’aise.

— Non, Godefroy. Elle est tristement à la mesure du péché que nous avons commis.

— Nous ?

— Pas vous, bien sûr. Vous auriez été bien incapable d’une telle ignominie. C’est d’ailleurs pour cette raison que c’est à vous que j’ai choisi de tout révéler.

— Merci… », fit Godefroy. Ce n’était qu’une réponse mécanique au compliment, car au fond de lui, le Flamand sentait son inquiétude grandir.

« Oh non, malheureux, ne me remerciez pas. Je m’apprête peut-être à vous détruire.

— Écoutez, Pierre, vous ne me semblez pas être dans votre état nor…

— La croisade repose sur un terrible mensonge ! » coupa le prêtre d’une voix aiguë. Puis il enchaîna aussitôt, comme s’il avait peur de ne plus jamais réussir à trouver le courage de parler : « Contrairement à ce que nous avons toujours prétendu, le sanctuaire découvert par la première mission n’abritait pas la dépouille du Christ.

— Je vous demande pardon ? s’exclama Godefroy, certain d’avoir mal entendu. Que venez-vous de dire ?

— Moins fort ! supplia Pierre. Je vous en prie, même si ce que vous allez entendre vous paraît extravagant, laissez-moi aller jusqu’au bout sans m’interrompre. Sans quoi ma volonté pourrait fléchir. »

Godefroy de Bouillon voulut dire qu’il n’était pas question de laisser quelqu’un avancer de telles énormités sans réagir, que malgré tout le respect dû au Préteur pérégrin, il n’aimait guère perdre son temps à écouter de mauvaises plaisanteries, mais il se tut. Les yeux brûlants de Pierre s’étaient accrochés aux siens. Même dans la pénombre du confessionnal, ses prunelles étincelaient.

Le duc acquiesça en silence.

Alors, l’ombre de Pierre l’Ermite fit le récit le plus difficile à croire que Godefroy ait jamais entendu.

« Je vous affirme, et vous conjure de me croire, que ce sanctuaire n’a jamais abrité la dépouille du Fils de Dieu. C’est un mensonge élaboré par le pape lui-même pour servir un plan qui, sur le moment, me parut un mal nécessaire, même si je le considère aujourd’hui comme un horrible péché. »

« La Terre est condamnée, nul ne l’ignore, par le poison des radiations que les vents déplacent sans cesse, réduisant inexorablement l’espace habitable. La colonisation d’Akya du Centaure est donc une nécessité absolue pour permettre la survie de l’espèce humaine. Malheureusement, les Atamides se sont montrés farouchement opposés à cette idée et ont massacré tous les colons que nous avions envoyés en éclaireurs… »

Pierre hésitait entre chaque phrase, un peu comme s’il faisait le tri entre ce qu’il voulait bien révéler et ce qu’il désirait garder secret. Cela rendit Godefroy soupçonneux, mais il laissa le prêtre continuer sans l’interrompre.

« Les temps difficiles que l’humanité a traversés depuis la Guerre d’Une Heure n’ont pas rendu les peuples particulièrement enclins à l’optimisme. Or, Urbain craignait que le principe d’une guerre de colonisation destinée à conquérir de nouveaux territoires, puis l’installation des hommes sur une planète inconnue – avec la durée que cela implique, vingt, trente ou même quarante ans, nul ne le savait – ne représente un défi trop décourageant pour une humanité en perte de vitesse. Il imagina alors ce… pseudo sanctuaire chrétien dans le but d’inciter les hommes à tourner leur regard vers une nouvelle terre promise. Si l’on prétendait que nous venions de découvrir le dernier tombeau du Christ et qu’il fallait impérativement le libérer de la présence des infidèles, les peuples y trouveraient sans aucun doute une motivation suffisante pour entreprendre ce projet grandiose. »

« Urbain IX a donc délibérément falsifié les comptes rendus des colons en prétendant que l’on avait découvert des reliques divines dans ce sanctuaire – quitte à devoir réécrire plus tard quelques textes sacrés sur la résurrection et l’ascension, ce que les médias appelèrent abusivement le “néo-dogme” – puis il conçut un plan pour donner corps à ce mensonge. Ce fut là que j’entrai en scène. Le pape avait besoin d’un guide charismatique pour mener une telle campagne et il pensait qu’Adhémar de Monteil ne ferait pas l’affaire. Il me fit alors pratiquement enlever une nuit afin de pouvoir s’entretenir avec moi en secret. Lorsqu’il m’expliqua ses intentions, je montrai bien sûr les plus grands scrupules. Néanmoins, Urbain sut faire preuve de persuasion et il parvint à me faire entrevoir la situation sous le même angle que lui. Je dois, hum… L’honnêteté m’oblige à préciser qu’il promit alors de faire de moi le premier évêque de ce nouveau territoire de l’Église. Un évêché à l’échelle d’une planète ! Je suis depuis perpétuellement rongé par la honte d’avoir cédé aussi facilement à la tentation. »

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