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Dominium Mundi. Livre II

Электронная книга - «Dominium Mundi. Livre II». Краткое содержание книги:

« Cette guerre pour laquelle il s’était engagé n’était pas une guerre de religion, ni même une simple guerre de conquête ou de colonisation, mais bel et bien une guerre d’extermination. »
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« Ainsi, le néo-dogme prétendrait que le Christ n’était pas parti directement rejoindre le Seigneur au ciel, mais que Celui-ci, dans Sa grande sagesse, l’avait dépêché sur un autre monde afin d’y propager Sa parole. Bien entendu, les créatures démoniaques qui y résidaient se montrèrent réfractaires et s’empressèrent de le tuer. Comme les hommes, me direz-vous. Toutefois au moins ceux-ci appliquèrent-ils son message. »

« Afin d’insuffler de la substance à cette histoire, le Plan élaboré par Urbain prévoyait de créer de toutes pièces de fausses reliques divines et de faire en sorte de les disposer dans le sanctuaire dès que celui-ci serait pris. Toute contestation serait ainsi définitivement étouffée. Créer des restes humains desséchés à l’ADN étrangement pur ne présentait pas de difficulté majeure pour les laboratoires de génétique du Vatican. Je fus bien sûr très choqué par cette idée de créer de fausses reliques divines, cela confinait au blasphème, mais comme le Saint-Père lui-même avait conçu ce plan, je ne voyais pas au nom de quoi j’aurais pu m’y opposer. »

Pierre s’interrompit. Il était couvert de sueur. Désormais, son regard brûlant fuyait celui de Godefroy.

« Au nom de la morale, peut-être ? » fit celui-ci d’une voix froide.

Le prêtre se mit à se balancer d’avant en arrière.

« Non, Godefroy, ne me faites pas regretter de vous avoir choisi ! Mes scrupules me font déjà souffrir le martyre ! Ce n’est pas d’un directeur de conscience dont j’ai besoin, mais de quelqu’un qui m’aide à réparer mes erreurs. »

En face, le duc bouillait de colère. Non seulement on l’avait trompé, comme tous les peuples de l’ECM, mais de surcroît, on l’avait rendu complice de cette infamie.

« Par Dieu, que voulez-vous que je fasse pour réparer un mal aussi grand ? On ne peut arrêter une guerre telle que celle-ci une fois qu’elle est lancée ! »

Pierre tourna nerveusement la tête vers la porte du confessionnal. Même si la cathédrale était presque vide à cette heure-là, quelqu’un pouvait toujours les entendre. Godefroy essaya de se maîtriser.

« Que devait-il se passer ensuite ?

— Une fois la capitale conquise, une commission scientifique étudierait ce mystérieux sanctuaire et confirmerait les pseudo-révélations des premiers colons : des restes humains reposaient bien dans ce tombeau et les analyses permettaient de conclure qu’ils appartenaient très probablement au corps du Christ. Enfin, disons à un corps matériel qui véhicula l’esprit du Christ sur cette planète.

— C’est grotesque ! »

Pierre hocha la tête avec force.

« Oui, c’est grotesque. Mais reconnaissez que même vous avez admis cette idée grotesque en acceptant de participer à cette croisade.

— Je… Il est vrai que…

— Ne vous justifiez pas, c’est exactement ce genre d’attitude qu’Urbain espérait. Lorsque l’on est un bon chrétien, la parole du pape suffit. Il est même parvenu à me convaincre de prétendre que j’avais eu une vision du Christ en personne me demandant de libérer son ultime tombeau du joug de ces immondes créatures.

— Seigneur, quelle folie… »

Godefroy resta silencieux un long moment, repensant à chaque aspect du récit de Pierre, soupesant chaque détail.

« Vous dites que les colons ont trouvé ce sanctuaire vide, que lorsqu’ils l’ont ouvert pour la première fois, il ne contenait aucune dépouille ? Pourtant, le monde entier a pu suivre leur découverte en quasi-direct sur tous les canaux média. Moi-même je les ai vus ressortir de cet endroit bouleversés, clamant qu’ils avaient découvert un corps enveloppé dans un suaire, coiffé d’une couronne d’épines…

— Je, hum… En quasi direct, comme vous le précisez vous-même. Ce léger décalage permettait aux services du Vatican de contrôler l’information et de… euh, s’adapter en temps réel.

— Vous mentez, Pierre. »

De l’autre côté du confessionnal, le Prætor avait l’air de plus en plus misérable.

« Je suis prêt à croire votre histoire, reprit Godefroy d’une voix où se mêlaient anxiété et colère, mais si vous me mentez sur certains aspects, comment savoir si vous ne le faites pas sur le reste ? »

La tête baissée, Pierre articula péniblement.

« C’est que… ces aspects sont si difficiles à admettre que je crains que vous ne refusiez de croire tout le reste en les rejetant.

— Vous ne pouvez plus reculer, vous devez tout me dire. »

Au fur et à mesure que les cierges allumés par les fidèles dans la cathédrale s’éteignaient, l’obscurité grandissait dans le confessionnal. Godefroy entendit Pierre prendre une longue inspiration.

« Très bien. J’espère que vous trouverez la force de surmonter ce que vous allez entendre. Le sanctuaire, en effet, n’était pas vide.

— Dans ce cas, que contenait-il ?

— Comme je vous l’ai dit, il ne contenait pas le corps du Christ. Enfin, pas exactement… »

On martela soudain à la porte.

Godefroy émergea de ses pensées avec un sursaut et se redressa brusquement dans le fauteuil. On venait de frapper à la porte du salon.

« Votre dîner, Monseigneur », dit une voix de l’autre côté.

Le souvenir de cette entrevue avait ravivé la nausée du seigneur lorrain. Il ne se sentait pas le courage d’avaler quoi que ce soit, ni de voir quiconque.

« C’est inutile, je n’ai plus faim, vous pouvez disposer.

— Mais, Monseigneur, êtes-vous sûr que…

— N’insistez pas, je vous dis que vous pouvez disposer !

— Bien, Monseigneur. »

Godefroy se leva et se posta devant les fenêtres qui dominaient tout le plateau de la Nouvelle-Jérusalem. La multitude de points lumineux qui éclairaient cette ville la nuit scintillait derrière les vitres. Il tira les rideaux rageusement. Cette vue lui était devenue intolérable. Il fallait la cacher, l’occulter ! Mettant le tremblement de ses mains sur le compte du froid, il augmenta le chauffage de la pièce. Puis il ôta ses bottes, se saisit d’un plaid et s’allongea sur le vaste canapé qui occupait le centre de la pièce.

Il devait dormir. Il fallait qu’il laisse à la tourmente qui s’était emparée de son esprit le temps de s’apaiser un peu.

Si l’Ermite avait dit vrai, alors plus rien ne serait jamais comme avant. Les conséquences potentielles de ces révélations étaient telles qu’il devait agir avec la plus grande prudence. Sinon, même un seigneur aussi puissant que lui serait anéanti.

22 novembre 2205 TR

De la neige !

Lorsque je sortis un peu avant le lever du soleil, ce matin-là, je n’en crus pas mes yeux. Tout était recouvert d’une couche blanche de trois bons centimètres d’épaisseur. Au mépris de toute prudence, je ne pus résister à l’envie d’y plonger mes mains et d’en faire une boule. C’était bien de la neige, comme on en avait chez nous !

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