Coulez mes larmes, dit le policier [Flow My Tears, the Policeman Said - fr]
- Автор: Дик Филип Кайндред
- Год: 1988
- Язык: французский
- Год: J'ai Lu
- ISBN: 2-277-22451-0
- Переводчик: Michel Deutsch
- Жанр: Научная фантастика
Электронная книга - «Coulez mes larmes, dit le policier [Flow My Tears, the Policeman Said - fr]». Краткое содержание книги:
Mais il se réveille un matin dans une chambre d'hôtel sordide pour s'apercevoir que son identité s'est évanouie sans laisser de trace : même sa maîtresse, la belle Heather Hart, ne se souvient plus de lui.
Une situation pour le moins inconfortable, dans un Etat ultra-policier où tout défaut de papiers d'identité suffit à vous faire expédier dans un camp de travail…
Seulement voilà : ce n'est pas un homme comme les autres. Produit d'une expérience secrète, Taverner est un six, un mutant aux nerfs d'acier qui mènera une lutte sans merci, sous les yeux d'un pol sentimental, contre la folie où vient de basculer le monde…
— Eh bien, nous allons commencer par ça. (Il sortit la clé du contact et la rendit à Mary Anne.) Conduisez-nous. Aussi lentement que vous voudrez.
— Je… je veux seulement être seule, monsieur Taverner.
— Surtout pas. La solitude vous tue, vous mine. Il faut que vous soyez tout le temps, chaque jour, quelque part avec des gens.
Silence.
— La poste est au coin de la 49e et de Fulton, murmura enfin Mary Anne. Je préférerais que vous gardiez le volant. Je suis un peu nerveuse.
Jason avait l’impression d’avoir remporté une grande victoire morale. Il était content. Il reprit la clé et le flipflap redémarra en direction de l’intersection de la 49e et de Fulton.
22
Plus tard, ils occupaient un box dans un café, un endroit propre et sympathique avec des serveuses jeunes et une clientèle raisonnablement clairsemée. Le juke-box débitait le succès de Louis Panda, Memory of Your Nose. Jason commanda seulement un café, Mary Anne une salade de fruits et un thé frappé.
— Qu’est-ce que c’est que ces disques que vous avez à la main ? lui demanda-t-elle.
Il les lui montra.
— Mais ils sont de vous. Si vous êtes bien Jason Taverner. Vous êtes Jason Taverner ?
— Oui.
De cela, au moins, il était sûr.
— Je ne crois pas vous avoir jamais entendu, reprit la jeune fille. J’aurais bien aimé mais, de façon générale, je n’aime pas la pop’music. Je préfère les grands chanteurs de folk de l’ancien temps, comme Buffy St. Marie. Plus personne ne sait chanter comme lui.
— Je suis bien d’accord avec vous, répondit sombrement Jason, toujours hanté par la maison, la salle de bains, le flic privé à l’uniforme cachou auquel il avait faussé compagnie.
Ce n’est pas la mescaline, se répéta-t-il une fois de plus. Parce que le flic, lui aussi, avait vu le squelette.
En tout cas, il avait vu quelque chose.
— Peut-être qu’il n’a pas vu ce que j’ai vu, dit-il tout haut. Peut-être qu’il l’a vue simplement couchée par terre. Peut-être est-elle tombée. Peut-être… (Peut-être, devrais-je retourner là-bas, continua-t-il en pensée.)
— Qui n’a pas vu quoi ? s’enquit Mary Anne Dominic qui, aussitôt, vira à l’écarlate. Je ne voulais pas m’immiscer dans votre vie privée. Mais vous avez dit que vous aviez des ennuis et il est évident que vous avez quelque chose sur le cœur, quelque chose qui vous obsède.
— Il faut que je sache exactement ce qui est arrivé, reprit-il. La clé de l’énigme se trouve dans cette maison.
Et sur ces disques. Alys Buckman connaissait mon émission. Elle connaissait mes disques. Elle savait lequel était un tube. Elle l’avait. Mais…
Mais il n’y avait rien sur ces disques. Un lecteur cassé ? Mes fesses ! Même dans ce cas, il serait sorti quelque chose. Un son déformé, peut-être… mais quelque chose. Il y avait trop longtemps que Jason était un professionnel du disque et des tourne-disques pour ne pas le savoir !
— Vous êtes bien morose.
De son petit sac de toile Mary Anne Dominic sortit une paire de lunettes et, laborieusement, se mit à lire la notice biographique imprimée sur le verso de la pochette.
— Il s’est passé quelque chose qui m’a rendu morose, répliqua laconiquement Taverner.
— On dit là-dedans que vous avez un show à la télé.
— C’est la vérité. (Il baissa le menton.) Tous les mardis à vingt et une heures. Sur NBC.
— Alors, c’est vrai que vous êtes célèbre ? Je suis en train de parler à quelqu’un de célèbre dont j’aurais dû entendre parler. Quel effet cela vous fait-il… je veux dire le fait que je ne vous aie pas reconnu quand vous vous êtes nommé ?
Il haussa les épaules. L’ironie de la situation le fit sourire.
— Vous croyez qu’il y a des chansons de vous dans le juke-box ? fit-elle en désignant du doigt le monument multicolore et babylono-gothique tapi dans un coin du café.
— Peut-être.
C’était une bonne question.
— Je vais regarder.
Mary Anne sortit de sa poche un demi-quinque, se leva et alla examiner la liste des disques et des interprètes.
Quand elle reviendra, je l’impressionnerai moins, songea distraitement Jason. Il connaissait les effets d’une seule éclipse : s’il ne se manifestait pas personnellement partout, sur toutes les radios, sur tous les électrophones, dans chaque juke-box, chez le moindre disquaire, sur le petit écran, dans l’univers entier, le charme magique était rompu.
Elle revint toute souriante.
— Nowhere Nuthin’ Fuck-up, annonça-t-elle en se rasseyant – et Jason remarqua qu’elle n’avait plus son demi-quinque. (Ce devrait être le prochain.)
Il sauta sur ses pieds et se rua vers le juke-box.
C’était vrai. Sélection B4. Son plus récent enregistrement, Nowhere Nuthin’ Fuck-up, un morceau sirupeux. Le disque était déjà en train de se mettre en place. Quelques instants après, sa propre voix, arrangée par les potentiomètres et les chambres d’écho, remplissait l’établissement.
Ébahi, il revint s’asseoir.
— C’est super-génial, dit Mary Anne, peut-être par politesse, étant donné ses goûts, lorsque le disque s’acheva.
— Merci.
C’était bien lui. Les faces de ce disque-là n’étaient pas lisses.
— Vous êtes vraiment terrible ! s’exclama Mary Anne avec enthousiasme, sourire et lunettes rayonnants.
— Il y a longtemps que je suis dans le métier, répondit simplement Jason.
Elle avait l’air d’être sincère.
— Ça vous ennuie que je n’aie jamais entendu parler de vous ?
— Non.
Jason, encore étourdi, secoua la tête. Elle n’était pas la seule dans ce cas-là comme le prouvaient les événements des deux derniers jours. Deux jours ? Seulement ?
— Est-ce que je peux prendre encore quelque chose ? (Mary Anne hésita.) J’ai dépensé tout mon argent pour les frais de port. Je…
— C’est moi qui régale.
— À votre avis, comment est le roulé au fromage et à la fraise ?
— Extraordinaire.
Cette fille l’amusait. Son sérieux, ses inquiétudes…
Avait-elle un copain ? Sans doute pas… Elle vivait dans son petit monde de pots, d’argile, de papier kraft, de pannes menaçant son vieux Greyhound Ford avec, en fond sonore, les voix en stéréo des géants d’autrefois : Judy Collins et Joan Baez.
— Est-ce que vous connaissez Heather Hart ? lui demanda-t-il gentiment.
Elle plissa le front.
— Je… je ne me souviens pas très bien. C’est une chanteuse folk ou… (Elle laissa sa phrase en suspens. Elle avait l’air triste. Comme si elle avait le sentiment de ne pas être à la hauteur, de ne pas connaître les gens que toute personne raisonnable devait connaître. Il ressentit un élan de sympathie à son égard.)
— Elle chante des ballades. Comme moi.
— On peut encore entendre votre disque ?
Plein de prévenance, il retourna au juke-box, programma à nouveau le morceau.
Cette fois, Mary Anne n’eut pas l’air d’apprécier.
— Que se passe-t-il ? lui demanda-t-il.
— Je me raconte toujours que je suis une créatrice. Je fabrique des pots ou des trucs comme ça. Mais je ne sais pas si ce que je fais est vraiment valable. Je ne sais pas comment vous expliquer. Les gens me disent…
— Les gens disent n’importe quoi. Que ce que vous faites ne vaut rien ou que c’est sans prix. Le meilleur et le pire. On touche quelqu’un ici… (il tapota la salière)… mais on ne touche personne là (il caressa la coupe de fruits).