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La face des eaux [The Face of the Waters - fr]

Электронная книга - «La face des eaux [The Face of the Waters - fr]». Краткое содержание книги:

Hydros est une planète-océan où vivent en bonne intelligence les Gillies, premiers habitants de ce monde, et quelques humains, sur des îles flottantes construites par les Gillies.
Mais lorsque l’armateur Delagard commet l’irréparable, les Gillies décident de chasser les humains.
Où fuir ? L’espace est inaccessible.
Il ne reste à Lawler, le médecin, et à ses compagnons qu’à se confier à l’océan, sur les vaisseaux de Delagard, en espérant rejoindre le continent mythique nommé la Face des eaux, de l’autre côté du monde.
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— Non, dit Valben. Je ne peux pas.

C’est à cet instant qu’il comprit pourquoi c’est à lui que son grand-père avait donné le tesson de poterie de la Terre et non à son frère aîné.

Coirey n’était plus jamais revenu à Sorve.

Il avait dix-sept ans et il étudiait d’arrache-pied la médecine.

— Il est grand temps que tu fasses une autopsie avec moi, Valben, lui dit son père. Jusqu’à présent, tout ce que tu as appris n’est que de la théorie. Mais il faudra bien, tôt ou tard, que tu ouvres le paquet pour regarder ce qu’il y a à l’intérieur.

— Nous pourrions peut-être attendre que j’aie fini mes cours d’anatomie, dit-il. Cela me permettrait d’avoir une meilleure idée de ce que je vois.

— Il n’y a pas meilleure leçon d’anatomie qu’une autopsie, répliqua son père.

Et il le conduisit dans la salle d’opération où un corps recouvert d’une couverture de laitue de mer était étendu sur la table. Il souleva la couverture et Valben vit que le corps était celui d’une vieille femme aux cheveux gris dont les seins flasques tombaient de chaque côté, vers les aisselles. Quelques instants plus tard, il la reconnut et il comprit qu’il regardait la mère de Bamber Cadrell, Samara, l’épouse de Marinus. Comment aurait-il pu ne pas la connaître ; il n’y avait que soixante humains sur l’île et, bien évidemment, il les connaissait tous. Mais enfin… la femme de Marinus, la mère de Bamber… entièrement nue… allongée sur la table d’opération… est tombée dans son vaargh et ne s’est pas relevée. C’est Marinus qui l’a amenée ici. Sans doute le cœur, mais je tiens à en être absolument sûr et je veux que tu regardes, toi aussi.

Son père prit la sacoche contenant ses instruments de chirurgie.

— Moi non plus, je n’ai pas aimé ma première autopsie, Valben, reprit-il avec douceur. Mais c’est indispensable. Il faut que tu saches à quoi ressemblent un foie, une rate, des poumons et un cœur. Tu ne le sauras pas si tu te contentes d’en lire des descriptions. Il faut que tu connaisses la différence entre un organe sain et un organe malade. Et nous n’avons pas beaucoup de cadavres sur lesquels travailler ici. C’est une occasion que je ne peux pas laisser passer.

Il choisit un scalpel en montrant à Valben la manière de le tenir et pratiqua la première incision. Puis il commença à lui dévoiler les secrets du corps de Samara Cadrell.

Ce fut dur au début, très dur.

Puis il se sentit capable de le supporter, il sentit qu’il s’habituait à l’atrocité de la situation, qu’il parvenait à surmonter la honte qu’il éprouvait en se rendant complice de la violation sanglante du sanctuaire de ce corps.

Au bout d’un certain temps, quand il eut réussi à oublier que c’était une femme qu’il avait connue toute sa vie et à ne penser à elle que comme à un arrangement interne d’organes de couleurs, de textures et de formes différentes, il commença à trouver cela fascinant.

Mais quand, cette nuit-là, après avoir fini ses leçons du jour, il retrouva Boda Thalheim derrière la citerne et commença à caresser son ventre plat et lisse, il ne put s’empêcher de songer que sous cette peau soyeuse et tendue comme celle d’un tambour se trouvait aussi un arrangement interne d’organes de couleurs, de textures et de formes différentes, très semblables à ceux qu’il avait vus dans l’après-midi, qu’il y avait la masse luisante des intestins enroulés et que ces seins ronds et fermes contenaient un ensemble de glandes fort peu différentes de celles que contenaient les mamelles flasques de Samara Cadrell et que son père lui avait montrées quelques heures plus tôt après quelques coups adroits de scalpel. Il retira la main du corps lisse de Boda comme si, sous ses caresses, il s’était transformé en celui de Samara.

— Il y a quelque chose qui ne va pas, Val ?

— Non, non.

— Tu n’as pas envie ?

— Bien sûr que si. Mais… Je ne sais pas…

— Viens. Laisse-moi t’aider.

— Oui. Oh ! Boda ! Oh oui !

Quelques instants plus tard, tout allait bien. Mais il se demanda s’il pourrait jamais poser les mains sur le corps d’une jeune fille sans que des images précises de son pancréas, de ses reins et de ses trompes de Fallope lui viennent malgré lui à l’esprit et il se dit qu’être médecin était une tâche bougrement compliquée.

Souvenirs d’un temps irrémédiablement révolu. Fantômes qui jamais ne le quitteraient.

Trois jours plus tard, Lawler s’enfonça dans les entrailles du navire pour aller chercher du matériel dans la cale. Il n’avait pour s’éclairer qu’une petite bougie. Dans la pénombre, il faillit heurter Kinverson et Sundira qui sortaient de derrière un amoncellement de caisses. Le visage couvert de sueur, les cheveux en bataille, ils eurent l’air un peu étonné de le voir. Il n’y avait guère de doute à avoir sur ce qu’ils venaient de faire.

— Bonjour, docteur, dit Kinverson sans se démonter et en le regardant droit dans les yeux.

Sundira n’ouvrit pas la bouche. Elle tira sur sa tunique pour la ramener vers l’avant où elle était entrouverte et passa devant Lawler, le visage impénétrable, croisant fugitivement le regard du médecin et détournant aussitôt les yeux. Elle semblait moins embarrassée que désireuse de se retrancher dans quelque sphère intime. Piqué au vif, Lawler inclina sèchement la tête comme s’il s’agissait d’une rencontre tout à fait banale dans une partie tout à fait anodine du navire et reprit sa route vers la zone où était entreposé son matériel médical.

C’était le premier indice probant qu’il avait de la liaison entre Kinverson et Thane et le coup fut plus rude qu’il ne l’aurait cru. Les paroles de Kinverson sur le vol nuptial des poissons-taupe lui revinrent brusquement en mémoire. Il se demanda si elles ne lui avaient pas été insidieusement destinées. Ce sont ceux qui volent le plus vite et le plus loin qui touchent le gros lot.

Non. Non. Lawler avait eu à Sorve de nombreuses occasions de nouer une liaison avec Sundira, mais il avait préféré s’abstenir, pour des raisons qui, sur le moment, lui avaient paru assez fortes.

Alors, pourquoi souffrait-il autant maintenant ?

Tu la désires plus que tu ne voudras jamais le reconnaître, même en ton for intérieur.

Oui. C’était vrai. Surtout là, sur le moment.

Pourquoi ? Est-ce parce qu’elle est avec quelqu’un d’autre ?

La question n’était pas là. Mais il avait envie d’elle. Il en avait déjà conscience depuis un certain temps, mais il n’avait jamais rien fait. Peut-être le moment était-il venu de commencer à s’interroger sérieusement sur le pourquoi de cette attitude.

Il les revit ensemble un peu plus tard, côte à côte sur la passerelle. Kinverson semblait avoir péché quelque chose d’assez bizarre et il le lui montrait avec la fierté du chasseur rapportant une belle prise à sa femme.

— Docteur ? s’écria Kinverson en passant la tête par-dessus le garde-corps.

Il souriait avec une amabilité légèrement narquoise, à moins que ce fût une désinvolture teintée de condescendance.

— Voulez-vous monter une minute, doc ? reprit Kinverson. J’ai quelque chose qui pourrait vous intéresser.

Le premier mouvement de Lawler fut de secouer la tête et d’aller son chemin. Mais il ne voulait pas leur donner le plaisir de les éviter ostensiblement. De quoi avait-il peur ? De voir sur la peau de Sundira l’empreinte des grosses pattes de Kinverson ? Ne sois donc pas si stupide, se dit-il en commençant à grimper la petite échelle.

Kinverson avait tous ses engins de pêche, gaffes, crochets, lignes, etc., fixés aux bordages. Lawler vit également les filets dont se servait Gharkid pour ramasser les algues.

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