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La face des eaux [The Face of the Waters - fr]

Электронная книга - «La face des eaux [The Face of the Waters - fr]». Краткое содержание книги:

Hydros est une planète-océan où vivent en bonne intelligence les Gillies, premiers habitants de ce monde, et quelques humains, sur des îles flottantes construites par les Gillies.
Mais lorsque l’armateur Delagard commet l’irréparable, les Gillies décident de chasser les humains.
Où fuir ? L’espace est inaccessible.
Il ne reste à Lawler, le médecin, et à ses compagnons qu’à se confier à l’océan, sur les vaisseaux de Delagard, en espérant rejoindre le continent mythique nommé la Face des eaux, de l’autre côté du monde.
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— Vous avez l’air très sûr de vous, dit Henders. Mais pourquoi faire tout le trajet jusqu’à Grayvard, si nous pouvons nous en dispenser ? Rien ne nous dit qu’il nous sera impossible de prendre pied sur une île plus proche et où il n’y aura pas encore de colonie humaine. Ces Gillies seront peut-être d’accord pour nous prendre avec eux. Et – qui sait ? – ils seront peut-être contents si nous leur donnons un coup de main pour construire leur île.

— Sûr, dit Delagard. Ils seront particulièrement ravis d’avoir un radio et un ingénieur. C’est exactement ce qu’il leur faut. Bon, vous voulez vivre tous les deux sur cette île ? Allez-y à la nage ! Allez-y donc ! Sautez par-dessus bord, tous les deux !

Il saisit Tharp par le bras et commença à l’entraîner vers la rambarde. Les yeux écarquillés, bouche bée, Tharp se laissait faire.

— Allez ! Sautez !

— Attendez, dit calmement Lawler.

L’armateur lâcha Tharp. Le corps penché en avant, il commença de se balancer sur la plante des pieds.

— Vous avez quelque chose à dire, docteur ?

— Si jamais ils sautent par-dessus bord, je les suis.

— Et merde, doc ! lança Delagard avec un grand rire. Personne ne va passer par-dessus bord ! Pour qui me prenez-vous ?

— Vous tenez vraiment à ce que je vous réponde, Nid ?

— Écoutez, dit Delagard, la situation est très simple. Ces navires m’appartiennent. Je suis le capitaine de celui-ci et je suis également le chef de l’expédition. Personne ne le contestera. Par générosité, par grandeur d’âme, j’ai invité tous les anciens habitants de Sorve à m’accompagner vers notre nouvelle patrie, l’île de Grayvard. C’est là où nous allons. Un vote pour déterminer si nous devrions essayer de nous établir sur cette île minuscule est totalement hors de question. Si Dag et Dann veulent vivre ici, c’est très bien et je les accompagnerai moi-même en glisseur. Mais il n’y aura pas de vote et il n’y aura aucun changement dans le plan initial. C’est bien clair, Dann et Dag ? C’est bien clair, docteur ?

Les poings serrés, Delagard montrait qu’il avait un vrai tempérament de lutteur.

— Si je ne me trompe, Nid, dit Dann Henders, c’est vous qui nous avez mis dans ce pétrin. Était-ce aussi le fait de votre générosité et de votre grandeur d’âme ?

— Taisez-vous, Dann, dit Lawler. Laissez-moi réfléchir.

Il tourna la tête vers la nouvelle île. Ils en étaient maintenant si près qu’il discernait le jaune des yeux des Gillies. Les Gillies semblaient vaquer à leurs occupations sans prêter la moindre attention à la flottille de navires chargés d’humains.

Il apparut brusquement à Lawler que Delagard était dans le vrai et que Henders et Tharp avaient tort. Lawler se fût profondément réjoui que leur voyage s’achève là, mais il comprenait qu’il ne fallait pas songer à s’établir sur cette île. Elle était beaucoup trop exiguë ; ce n’était qu’une toute petite langue de bois s’élevant à peine au-dessus des flots. Même si les Gillies acceptaient de les y accueillir, il n’y aurait pas assez de place pour tout le monde.

— Très bien, dit-il doucement. Pour une fois, Nid, je suis de votre côté. Cette île minuscule n’est pas faite pour nous.

— Bien ! Parfait ! Voilà qui est raisonnable. On peut toujours compter sur vous pour avoir une position raisonnable, n’est-ce pas, docteur ?

Delagard mit ses mains en porte-voix et leva la tête vers Pilya Braun.

— Remontez au vent ! Nous partons !

— Nous aurions dû voter, grommela Tharp d’un air buté en se frottant le bras.

— Laissez tomber, dit Lawler. Delagard est seul maître à bord. Nous ne sommes que ses invités.

3

Le temps commença à changer d’une manière radicale au début de la semaine suivante. Les navires qui suivaient toujours leur route nord-ouest, dans la direction de Grayvard, commençaient à laisser derrière eux les eaux tropicales, le soleil ardent et le ciel limpide de l’été perpétuel régnant sous ces latitudes. Ils entraient dans une zone tempérée où l’eau était fraîche et où de lourdes brumes glacées flottaient au-dessus de la mer quand une brise tiède soufflait de l’équateur. À midi, la brume avait disparu mais, la majeure partie du temps, le ciel était pommelé ou même chargé de gros nuages bas. Une seule chose ne changeait pas : toujours pas la moindre goutte de pluie. Il n’avait pas plu une seule fois depuis que la petite flotte avait quitté Sorve et cela commençait à devenir préoccupant.

L’aspect de la mer était différent. Ils avaient maintenant laissé loin derrière eux les eaux familières de la Mer Natale et étaient entrés dans la Mer Jaune, séparée par une démarcation très nette des flots azurés de l’orient. Une épaisse couche écumeuse d’algues microscopiques jaunes, ressemblant à des vomissures, striées de longues traînées rouges semblables à des filaments sanguinolents, couvrait dans toutes les directions et jusqu’à l’horizon la surface de l’océan.

C’était répugnant, mais très fertile. L’eau grouillait de vie, une vie étrange et inconnue. Des poissons à grosse tête, lourds et disgracieux, de la taille d’un homme, aux écailles d’un bleu terne et dont les yeux noirs paraissaient aveugles, furetaient autour des bateaux comme des souches flottantes. De loin en loin, un élégant léopard de mer à la peau veloutée surgissait de l’eau avec une effrayante vélocité et en avalait un d’une seule goulée. Un après-midi, une créature tubulaire et râblée, longue d’une vingtaine de mètres et à la mâchoire en forme de hachette, apparut brusquement entre le navire de tête et l’étrave du bâtiment de Bamber Cadrell, et commença à marteler l’eau dans le sillage du navire de tête, se dressant au-dessus de la surface de l’eau et se laissant frénétiquement retomber sur la pointe de sa mâchoire. Quand il eut terminé, des quartiers de poissons bleus à grosse tête étaient disséminés sur l’écume jaunâtre. Des répliques en miniature du poisson-hache montèrent à la surface et commencèrent à se nourrir. Les poissons-chair abondaient dans ces eaux. Ils nageaient en tourbillonnant et leurs tentacules effilés avaient l’éclat d’une lame, mais ils demeuraient prudemment hors de portée des lignes de Kinverson, exaspérant le grand pêcheur.

— Des myriades de petits animaux aux nombreuses pattes, au corps chatoyant et transparent, se taillaient dans la masse jaunâtre de larges passages qui se refermaient aussitôt derrière eux. Gharkid en remonta un plein filet. Ils se débattaient et se jetaient furieusement contre les mailles, paniqués par la lumière du soleil, essayant désespérément de regagner l’eau. Quand Dag Tharp suggéra, en manière de plaisanterie, qu’ils étaient peut-être bons à manger, Gharkid en fit aussitôt bouillir une poignée dans leur eau teintée de jaune et les mangea en affectant une totale indifférence.

— Pas mauvais, dit-il. Vous devriez goûter.

Une heure plus tard, comme il ne montrait aucun signe d’indisposition, plusieurs autres, au nombre desquels se trouvait Lawler, décidèrent de courir le risque. Ils mangèrent tout, pattes comprises. Les petits crustacés étaient croquants, avec un goût vaguement sucré, et apparemment nourrissants. Aucun de ceux qui en avaient mangé n’éprouva de troubles. Gharkid passa la journée au poste de pêche et en remonta des milliers dans son filet. Le soir, tout l’équipage fit bombance.

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