La face des eaux [The Face of the Waters - fr]
- Автор: Силверберг Роберт
- Год: 1997
- Язык: французский
- Год: Livre de poche
- ISBN: 2-253-07191-9
- Переводчик: Patrick Berthon
- Жанр: Научная фантастика
Электронная книга - «La face des eaux [The Face of the Waters - fr]». Краткое содержание книги:
Mais lorsque l’armateur Delagard commet l’irréparable, les Gillies décident de chasser les humains.
Où fuir ? L’espace est inaccessible.
Il ne reste à Lawler, le médecin, et à ses compagnons qu’à se confier à l’océan, sur les vaisseaux de Delagard, en espérant rejoindre le continent mythique nommé la Face des eaux, de l’autre côté du monde.
Il était encore trop tôt pour commencer à se nourrir des globes oculaires, du sang et des fluides spinaux d’animaux marins – des techniques de survie que Kinverson avait expérimentées pendant de longues traversées solitaires sans pluie – et la situation n’était pas encore assez critique pour sortir le matériel permettant de distiller de l’eau de mer. C’était l’ultime recours, la production lente et continue d’eau douce, goutte après goutte, un procédé inefficace et fastidieux à n’utiliser qu’à la dernière extrémité.
Il y avait d’autres moyens. Le poisson cru, à la chair gorgée d’humidité et dont la teneur en sel était relativement faible, faisait maintenant partie de leur régime alimentaire quotidien. Lis Niklaus faisait de son mieux pour préparer et présenter des filets appétissants, mais ce régime devint vite lassant et même écœurant. Il était également utile de s’asperger la peau et d’imbiber ses vêtements d’eau de mer ; c’était une manière d’abaisser la température interne et donc de réduire les besoins en eau du corps. De plus, c’était le seul moyen de rester propre, car l’eau douce du bord était trop précieuse pour servir aux ablutions.
Mais un beau jour, dans le courant de l’après-midi, le ciel s’assombrit brusquement et un véritable déluge s’abattit sur eux.
— Des seaux ! hurla Delagard. Des bouteilles, des tonneaux, des bidons, tout ce qui vous tombe sous la main ! Sortez tout sur le pont !
Tout le monde commença à grimper et à dévaler les échelles, tirant tout ce qui pouvait contenir de l’eau, jusqu’à ce que le pont soit couvert de récipients de toute sorte. Puis ils se déshabillèrent, tous et toutes, et commencèrent à danser nus sous la pluie bienfaisante, comme des déments, pour débarrasser leur peau et leurs vêtements de la croûte de sel qui s’y était formée. Delagard, satyre trapu, velu, mamelu comme une femme, gambadait sur le pont. Lis Niklaus, riant et criant de joie, sautait à ses côtés, ses longs cheveux blonds collés à ses épaules, les deux énormes globes de ses seins tressautant comme des planètes menaçant de quitter leur orbite. Le petit Dag Tharp au corps de gringalet dansait avec Neyana Golghoz qui semblait assez robuste pour le faire passer d’une chiquenaude par-dessus son épaule. Seul, près du mât d’artimon, Lawler savourait la pluie quand Pilya Braun s’approcha de lui en se trémoussant, la prunelle étincelante, les lèvres entrouvertes en un sourire aguicheur. Sa peau olivâtre, luisante sous la pluie, était magnifique. Lawler dansa avec elle pendant une ou deux minutes, admirant ses cuisses musclées et sa poitrine opulente, mais quand, par ses mouvements, Pilya sembla manifester le désir de partir avec lui et d’aller chercher un petit coin tranquille dans l’entrepont, il fit semblant de ne pas comprendre ce qu’elle essayait de lui communiquer et elle finit par s’éloigner.
Gharkid gambadait sur la passerelle, à côté de ses tas d’algues. Dann Henders et Onyos Felk se tenaient par la main et dansaient en rond autour de l’habitacle. Le père Quillan s’était débarrassé de sa robe ; blafard et anguleux, la tête levée au ciel et les yeux vitreux, les bras écartés et les épaules agitées d’un mouvement mécanique, il semblait en transe. Leo Martello dansait avec Sundira ; deux jeunes gens minces, agiles et vigoureux qui allaient bien ensemble. Lawler chercha Kinverson du regard et le découvrit à l’avant du navire. Debout, nu sous la pluie, il laissait avec détachement l’eau dégouliner sur son corps de colosse.
Le grain ne dura pas plus d’un quart d’heure. Lis calcula par la suite qu’il leur avait fourni une demi-journée supplémentaire d’eau douce.
Entre les accidents du bord, les ampoules et les foulures, des dysenteries bénignes et, ce jour-là, une fracture de la clavicule sur le navire de Bamber Cadrell, Lawler avait constamment des soins à donner. Il ressentait la fatigue causée par la nécessité de se multiplier au service de toute la flottille. Accroupi devant l’appareillage incompréhensible de Dag Tharp, Lawler faisait par radio une grande partie de son travail. Mais une fracture ne pouvait être réduite par radio. Il lui fallut donc se rendre en glisseur sur la Déesse de Sorve de Cadrell pour s’en occuper.
Un déplacement en glisseur était une tâche malaisée. Le glisseur était un hydrofoil ultraléger actionné au moyen de pédales, aussi fragile que ces crabes géants aux pattes interminables que Lawler avait vus en plusieurs occasions se déplacer avec précaution sur le fond de la baie de Sorve. C’était une simple nacelle faite de feuilles d’un bois extrêmement léger et munie de pédales, de flotteurs, d’ailes fixées sur un portant extérieur pour assurer la sustentation et d’une hélice performante. La coque était recouverte d’une couche visqueuse de micro-organismes qui réduisaient le frottement.
Dann Henders accompagna Lawler jusqu’à la Déesse de Sorve. Le glisseur fut mis à l’eau avec un bossoir et les deux hommes descendirent en se laissant glisser le long d’un cordage. Les pieds de Lawler se trouvaient à peine à quelques centimètres de la surface de l’eau quand il prit place sur le siège avant du glisseur. La fragile embarcation qui se balançait doucement sur les flots paisibles donnait l’impression de n’être protégée que par une mince pellicule d’un abîme béant. Lawler se représenta des tentacules jaillissant des profondeurs, des yeux moqueurs, grands comme des soucoupes, fixés sur lui, des mâchoires argentées s’ouvrant démesurément.
— Prêt, doc ? demanda Henders en s’installant derrière lui. En avant !
En pédalant tous les deux de toutes leurs forces, ils permirent à peine au glisseur d’atteindre la vitesse nécessaire au décollage. C’est le début qui était le plus dur. Quand la vitesse fut suffisante, la paire d’ailes supérieures qui avaient assuré le démarrage se replièrent en sortant de l’eau, réduisant la résistance, et la petite paire d’ailes placées au-dessous prirent le relais pour supporter l’engin.
Mais il n’était pas question de ralentir. Comme toutes les embarcations rapides, le glisseur devait constamment demeurer dans sa lame d’étrave. S’ils ralentissaient la cadence, ne fût-ce qu’un moment, ils retombaient et étaient happés par les flots. Aucun tentacule ne se glissa vers eux pendant le court trajet, aucune mâchoire aux dents acérées ne vint chatouiller la plante de leurs pieds. Des cordages avaient été lancés par-dessus le bordage de la Déesse de Sorve et ils furent hissés sur le pont.
La clavicule cassée était celle de Nimber Tanamind, un hypocondriaque chronique dont le problème médical ne pouvait nullement, cette fois, être mis en doute. Une bôme lui avait fracassé la clavicule gauche et tout le haut de son corps massif était gonflé et meurtri. Pour une fois, là encore, Nimber ne se plaignait pas. Peut-être était-ce le choc, peut-être la peur, peut-être était-il abruti de douleur ; adossé à un tas de filets, l’air hébété, ses yeux fixaient le vague. Il avait les bras tremblants et ses doigts étaient agités de curieuses petites secousses. Brondo Katzin et sa femme Eliyana se tenaient à ses côtés tandis que Salai, la femme du blessé, arpentait fiévreusement le pont.
— Nimber, dit Lawler en refoulant son émotion, car il le connaissait depuis sa plus tendre enfance. Qu’as-tu encore fait, sombre idiot ?
Tanamind souleva légèrement la tête. Il semblait avoir très peur. Il ne répondit pas et se contenta d’humecter ses lèvres. Malgré la fraîcheur, son front était couvert de gouttes de sueur luisantes.
— C’est arrivé il y a combien de temps ? demanda Lawler à Bamber Cadrell.
— À peu près une demi-heure, répondit le capitaine.