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La face des eaux [The Face of the Waters - fr]

Электронная книга - «La face des eaux [The Face of the Waters - fr]». Краткое содержание книги:

Hydros est une planète-océan où vivent en bonne intelligence les Gillies, premiers habitants de ce monde, et quelques humains, sur des îles flottantes construites par les Gillies.
Mais lorsque l’armateur Delagard commet l’irréparable, les Gillies décident de chasser les humains.
Où fuir ? L’espace est inaccessible.
Il ne reste à Lawler, le médecin, et à ses compagnons qu’à se confier à l’océan, sur les vaisseaux de Delagard, en espérant rejoindre le continent mythique nommé la Face des eaux, de l’autre côté du monde.
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La plate-forme qu’ils avaient devant eux semblait ne servir que de gigantesque établi. Des groupes de Gillies travaillaient avec zèle sur son dos. Ils s’activaient dans soixante centimètres d’eau, tordant et lovant de longues fibres d’algues qui étaient déposées sur la plate-forme par des tentacules d’un vert luisant. Ces tentacules, gros comme le bras, très souples, avaient des terminaisons en forme de doigts. Personne, pas même Kinverson, n’avait la moindre idée de l’animal à qui les tentacules pouvaient appartenir.

— C’est merveilleux, dit le père Quillan, de voir de quelle manière tous ces différents animaux travaillent ensemble !

— À ma connaissance, dit Lawler en se tournant vers le prêtre, personne n’avait encore jamais vu une île en construction. Nous pensions que toutes les îles avaient des centaines, voire des milliers d’années. C’est donc comme cela qu’ils font ! Quel spectacle !

— Un jour, poursuivit Quillan, cette planète aura un sol ferme, comme toutes les autres. Dans quelques millions d’années, le fond de la mer s’élèvera. En construisant ces îles artificielles et en sortant de l’eau pour y vivre, les Gillies préparent la phase suivante de leur évolution.

— Comment savez-vous cela ? demanda Lawler en plissant les yeux.

— J’ai étudié la géologie et les théories de l’évolution au séminaire, quand j’étais sur Aurore. N’imaginez surtout pas que l’on enseigne uniquement aux prêtres la liturgie et les Écritures. Ou que nous prenons la Bible au pied de la lettre. Savez-vous que l’histoire géologique de cette planète est exceptionnellement calme ? Il n’y a pas eu de mouvements de l’écorce de la planète qui ont fait jaillir de la mer des chaînes de montagnes et des continents entiers comme cela s’est passé ailleurs. Tout est resté au même niveau, en majeure partie submergé. À la longue, l’érosion marine est venue à bout de toutes les terres émergées. Mais tout cela va changer. Des champs de gravitation internes créent lentement des turbulences et dans trente, quarante ou cinquante millions…

— Attendez, dit Lawler. Que se passe-t-il là-bas ?

Une vive altercation venait d’éclater entre Delagard et Dag Tharp. Le visage congestionné, une veine saillant sur le front, Dann Henders se mêlait à la dispute. Nerveux et irascible, Tharp se querellait à tout propos avec tout le monde, mais la vue de Dann Henders, habituellement si calme, en train de perdre son sang-froid, retint toute l’attention de Lawler.

— Que se passe-t-il ? demanda-t-il en s’approchant d’eux.

— Un acte d’insubordination, c’est tout, répondit Delagard. J’en fais mon affaire, docteur.

Le nez en bec d’aigle de Tharp était cramoisi et la peau flasque de son cou tremblotait.

— Nous avons suggéré, Henders et moi, d’aller jusqu’à l’île et de demander asile aux Gillies, expliqua-t-il à Lawler. Nous pouvons jeter l’ancre à proximité et les aider à construire leur île. Ce serait une œuvre commune, à laquelle nous aurions participé depuis le début. Mais Delagard ne veut pas en entendre parler, il dit que nous devons aller jusqu’à Grayvard. Qui sait combien de temps il nous faudra pour atteindre Grayvard ? Qui sait combien de saloperies venues de la mer, comme le filet de l’autre jour, vont encore ramper sur le pont ? Dieu sait ce qui nous attend ! Kinverson dit que nous avons eu énormément de chance jusqu’à présent, que nous n’avons encore rien rencontré de véritablement dangereux, mais combien de temps cela peut-il…

— C’est à Grayvard que nous allons, déclara Delagard d’un ton inflexible.

— Vous voyez ? Vous voyez ?

— Nous devrions au moins faire un vote, dit Henders. Qu’en pensez-vous, docteur ? Plus nous restons en mer, plus les risques sont grands de rencontrer la Vague, ou bien un de ces monstres dont Gabe nous a parlé, d’être pris dans une tempête mortelle ou n’importe quoi. Nous sommes devant une île en construction. Si les Gillies font appel à des plongeurs, à une plate-forme et à je ne sais quels autres animaux marins, pourquoi n’accepteraient-ils pas l’aide des humains ? Et ils pourraient nous en être reconnaissants. Mais, non, il ne veut même pas envisager cette possibilité !

— Depuis quand les Gillies ont-ils besoin de notre aide ? demanda Delagard en lançant un regard noir à l’ingénieur. Vous savez bien comment cela s’est passé à Sorve, Henders.

— Nous ne sommes pas à Sorve.

— C’est la même chose partout.

— Comment pouvez-vous en être si sûr ? rétorqua Henders. Écoutez, Nid, nous allons en parler avec les autres navires et nous verrons bien. Dag va appeler Yanez, Sawtelle et les autres, et…

— Restez où vous êtes, Dag ! ordonna Delagard.

Le regard de Tharp passa de Delagard à Henders, puis revint se poser sur l’armateur. Il ne bougea pas, mais ses fanons tremblotaient de colère.

— Écoutez-moi ! lança Delagard. Voulez-vous vraiment que nous soyons contraints de vivre sur cette île toute plate et ridiculement petite dont la construction prendra encore de longs mois, si ce n’est plusieurs années ? Et dans quoi vivrons-nous ? Des huttes d’algues ? Voyez-vous des vaarghs quelque part ? Voyez-vous une baie où nous pourrons nous procurer des matériaux utiles ? De toute façon, les Gillies ne nous accepteront pas. Ils savent que nous avons été chassés de Sorve à coups de pied dans les fesses. Tous les Gillies de la planète le savent, vous pouvez me croire.

— Si ces Gillies ne veulent pas de nous, insista Tharp, comment pouvez-vous être si sûr que ceux de Grayvard nous accepteront ?

Le visage de Delagard s’empourpra violemment. Pendant quelques instants, il sembla avoir été touché au vif. Lawler se rendit compte que Delagard n’avait pas encore mentionné une seule fois qu’il avait l’accord des véritables propriétaires de l’île pour s’installer sur Grayvard. Seuls les colons humains de l’île avaient accepté de leur offrir un asile.

Mais l’armateur se ressaisit rapidement.

— Vous dites des conneries, Dag ! Depuis quand avons-nous à demander aux Gillies l’autorisation d’émigrer entre les îles ? Une fois qu’ils ont accordé à des humains l’accès à une île, ils se foutent bien de savoir desquels il s’agit. De toute façon, ils sont incapables de nous distinguer les uns des autres. Tant que nous n’empiéterons pas sur le territoire gillie de Grayvard, il n’y aura pas de problèmes.

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