La face des eaux [The Face of the Waters - fr]
- Автор: Силверберг Роберт
- Год: 1997
- Язык: французский
- Год: Livre de poche
- ISBN: 2-253-07191-9
- Переводчик: Patrick Berthon
- Жанр: Научная фантастика
Электронная книга - «La face des eaux [The Face of the Waters - fr]». Краткое содержание книги:
Mais lorsque l’armateur Delagard commet l’irréparable, les Gillies décident de chasser les humains.
Où fuir ? L’espace est inaccessible.
Il ne reste à Lawler, le médecin, et à ses compagnons qu’à se confier à l’océan, sur les vaisseaux de Delagard, en espérant rejoindre le continent mythique nommé la Face des eaux, de l’autre côté du monde.
Une créature verte aux formes gracieuses, ressemblant un peu à un plongeur, mais plus petite, gisait sur la passerelle dans une flaque jaunâtre, comme si Kinverson venait juste de la sortir de l’eau. Lawler ne connaissait pas cette espèce. Très probablement une sorte de mammifère. Pourvu d’un appareil respiratoire, comme tant d’autres habitants des océans d’Hydros.
— Qu’est-ce que vous avez pris là ? demanda-t-il à Kinverson.
— Eh bien, doc, à vrai dire, on ne sait pas.
L’animal aquatique avait un front bas et tombant, un museau allongé terminé par des barbillons gris et raides, et un corps mince et fuselé, avec une nageoire caudale à trois lobes. La colonne vertébrale était apparente et les membres antérieurs aplatis formaient d’étroites nageoires qui n’étaient pas sans évoquer celles des Gillies et à l’extrémité desquelles dépassaient des griffes grises et crochues. Les yeux, noirs, ronds et luisants, étaient ouverts.
L’animal ne semblait pas respirer. Mais il n’avait pas l’air mort non plus. Il y avait dans ses yeux une expression qui pouvait être de la peur ou bien de l’incompréhension. Comment le savoir ? C’étaient les yeux d’une créature inconnue où l’on pouvait seulement lire une forme d’inquiétude.
— Il était empêtré dans les mailles d’un des filets de Gharkid que j’ai remonté, expliqua Kinverson. Même en passant toute sa vie sur cet océan, on n’arrêterait pas de découvrir des créatures nouvelles.
Il donna du doigt un petit coup sur le flanc de l’animal qui réagit en remuant légèrement, presque imperceptiblement, la queue.
— À mon avis, il est fichu, reprit Kinverson. Qu’en pensez-vous ? Dommage, il était beau.
— Laissez-moi regarder d’un peu plus près, dit Lawler.
Il s’agenouilla près de l’animal et posa délicatement la main sur son flanc. La peau était chaude, moite, peut-être fiévreuse. Il percevait une respiration très faible. L’animal roula les yeux pour voir ce que faisait Lawler, mais sans manifester beaucoup d’intérêt. Puis sa bouche s’ouvrit et Lawler découvrit avec stupéfaction qu’elle contenait un bizarre lacis de tissu ligneux, une structure sphérique formant un enchevêtrement de filaments blancs obstruant toute la bouche et le gosier de l’animal. Les filaments s’unissaient en une hampe épaisse qui disparaissait au fond de la gorge.
Lawler appuya les mains sur l’abdomen et sentit à l’intérieur un ensemble de nœuds et de bosses là où tout aurait dû être souple. Ses doigts avaient fini par perdre leur raideur et il était en mesure de lire la topographie de l’intérieur du corps de l’animal comme s’il l’avait disséqué avec un scalpel. Partout où il posait la main, il sentait la présence de l’organisme qui l’avait envahi. Il fit pivoter la créature et vit d’autres filaments du réseau fibreux sortant de l’anus, juste au-dessous de la queue.
L’animal émit soudain un son sec et saccadé. Sa bouche s’ouvrit toute grande, bien plus que Lawler ne l’aurait cru possible. L’enchevêtrement fibreux apparut, se projeta à l’extérieur comme s’il était monté sur un socle et commença de se balancer de droite et de gauche. Lawler se redressa rapidement et recula. Quelque chose ressemblant à une petite langue rose se détacha de la sphère fibreuse et se tortilla frénétiquement sur le pont, allant et venant avec une furieuse énergie. Lawler abattit sa botte sur elle au moment où elle passait devant lui en se dirigeant vers Sundira. Une deuxième langue autonome jaillit de la sphère. Lawler l’écrasa aussitôt. La sphère remuait lentement, comme si elle rassemblait son énergie pour en lancer d’autres.
— Balancez cet animal à l’eau, dit Lawler à Kinverson. Faites vite.
— Hein ?
— Soulevez-le et faites-le passer par-dessus bord. Allez-y !
Kinverson avait suivi la palpation d’un air à la fois intrigué et distant. Mais le ton insistant de Lawler le poussa à réagir. Il glissa une de ses grosses pattes sous le ventre de l’animal, le souleva et le lança en l’air. La créature retomba lourdement, inerte, comme un sac, mais, à la dernière seconde, elle parvint à se redresser et à prendre contact en douceur avec la surface de l’eau, la tête la première, comme si ses réflexes fonctionnaient encore partiellement. L’animal donna encore un puissant coup de queue et disparut instantanément sous l’eau.
— Qu’est-ce que ça veut dire ? demanda Kinverson.
— Infestation d’un parasite. Du museau à la queue, cet animal était rempli d’un organisme végétal. Vous avez bien vu sa bouche ? Et tout le reste de son corps était pareil. Il était totalement envahi par le parasite. Quant à ces petites langues roses… À mon avis, il s’agissait de rejets à la recherche d’un nouvel hôte.
— Comme pour le champignon tueur ? demanda Sundira en réprimant un frisson.
— Oui, quelque chose comme cela.
— Vous croyez qu’il aurait pu s’attaquer à nous ?
— Il allait essayer, dit Lawler, cela ne fait aucun doute. Dans un océan aussi vaste que celui-ci, les parasites ne peuvent se permettre de choisir un hôte spécifique. Ils se font héberger partout où ils le peuvent.
Il regarda par-dessus le plat-bord, comme s’il s’attendait à moitié à voir le navire entouré d’une nuée d’animaux marins grouillants de parasites et se laissant passivement flotter. Mais il n’y avait rien d’autre à voir que l’écume jaune veinée de filaments rouges. Il se retourna brusquement vers Kinverson.
— Je veux que vous interrompiez la pêche sous toutes ses formes jusqu’à ce que nous nous soyons suffisamment éloignés de cette partie de l’océan. Je vais aller voir Dag Tharp pour lui demander de transmettre cet ordre aux autres bâtiments.
— Nous avons besoin de nourriture fraîche, docteur.
— Vous tenez à prendre la responsabilité d’examiner personnellement chaque prise pour vérifier si elle n’héberge pas ce végétal parasite ?
— Certainement pas !
— Alors, nous ne péchons plus rien par ici. C’est aussi simple que cela. Je préfère me nourrir pendant quelque temps de poisson séché plutôt que d’avoir le ventre rempli par une de ces saloperies. Pas vous ?
Kinverson inclina gravement la tête.
— Dommage, dit-il, il était bien beau.
Le lendemain, naviguant toujours dans la Mer Jaune, ils eurent à affronter leur première lame de fond. Ils étaient en mer depuis plusieurs semaines et le plus étonnant restait qu’il leur avait fallu attendre si longtemps.
Il était impossible d’échapper à ces phénomènes de marée. Les trois lunes de la planète, petites et au déplacement rapide, tournaient autour d’Hydros en décrivant des orbites compliquées qui se croisaient et se recroisaient. À intervalles réguliers, elles se trouvaient alignées de telle manière qu’elles exerçaient une puissante force de gravitation sur la sphère liquide autour de laquelle elles tournaient. Cela provoquait le soulèvement d’une énorme masse d’eau qui se déplaçait continuellement autour du ventre de la planète en mouvement. Des mouvements ondulatoires de moindre amplitude, produits par les champs de gravitation de chacune des lunes, suivaient des trajectoires obliques. Les Gillies avaient conçu leurs îles de manière qu’elles puissent résister aux lames sur la trajectoire desquelles elles se trouvaient nécessairement à un moment ou à un autre. En certaines occasions exceptionnelles, les lames de moindre amplitude croisaient la trajectoire de la plus importante et déclenchaient le phénomène baptisé la Vague. Les îles des Gillies étaient également construites pour résister à la Vague, mais les bateaux et les navires qu’elle surprenait en mer étaient emportés comme fétus de paille. La Vague était ce que les marins redoutaient plus que tout au monde.