La face des eaux [The Face of the Waters - fr]
- Автор: Силверберг Роберт
- Год: 1997
- Язык: французский
- Год: Livre de poche
- ISBN: 2-253-07191-9
- Переводчик: Patrick Berthon
- Жанр: Научная фантастика
Электронная книга - «La face des eaux [The Face of the Waters - fr]». Краткое содержание книги:
Mais lorsque l’armateur Delagard commet l’irréparable, les Gillies décident de chasser les humains.
Où fuir ? L’espace est inaccessible.
Il ne reste à Lawler, le médecin, et à ses compagnons qu’à se confier à l’océan, sur les vaisseaux de Delagard, en espérant rejoindre le continent mythique nommé la Face des eaux, de l’autre côté du monde.
Cette première lame n’était pas des plus redoutables.
C’était une journée lourde et humide avec un soleil pâle, diffus, exsangue. Martello, Kinverson, Gharkid, Pilya Braun, ceux du premier quart, étaient de service.
— Mer houleuse droit devant ! cria Kinverson de son poste dans la mâture.
Onyos Felk, qui était à la barre, saisit la lunette d’approche. Lawler, qui venait juste de monter sur le pont après avoir fait son bilan médical quotidien… avec le reste de la flottille, sentit le pont s’enfoncer et se cabrer sous lui, comme si le navire avait posé sa quille sur quelque chose de solide. Des embruns jaunâtres lui fouettèrent le visage.
Il leva la tête vers le poste de timonerie. Felk lui faisait de grands signes véhéments.
— Une lame ! cria le cartographe. Descendez vous mettre à l’abri !
Lawler vit Pilya et Léo Martello fixer les cordages qui retenaient les voiles. Quelques instants plus tard, ils se laissèrent tomber sur le pont. Gharkid était déjà descendu dans l’entrepont et Kinverson arrivait à son tour au pas de course.
— Venez, doc, lança-t-il en lui faisant signe de le suivre. Il ne fait pas bon rester sur le pont maintenant.
— D’accord, dit Lawler.
Mais il demeura encore quelques instants près du bastingage. Et il vit la lame. Elle se dirigeait droit sur eux, venant du nord-ouest, comme une sorte de petit message de bienvenue de la lointaine Grayvard. C’était une épaisse muraille d’eau grise dressée sur l’horizon qui fonçait sur eux à une vitesse impressionnante. Lawler imagina une sorte de bâton se déplaçant dans la mer, juste au-dessous de la surface, et soulevant cette puissante crête distendue. Un vent froid, chargé d’embruns, la précédait comme un sombre présage.
— Doc ? cria Kinverson de l’écoutille. Le pont risque d’être balayé par la lame.
— Je sais, dit Lawler.
Mais la puissance de l’énorme vague le fascinait et le retenait en haut. Kinverson disparut dans l’intérieur du navire avec un haussement d’épaules. Lawler était seul sur le pont. Comprenant que les autres pouvaient décider de fermer le panneau de l’écoutille et le laisser seul, il lança un dernier regard dans la direction de la vague et se précipita vers l’ouverture. Tout le monde, à l’exception de Henders et de Delagard, était rassemblé dans l’escalier et se préparait à affronter le choc imminent.
Kinverson referma le panneau de l’écoutille et poussa la barre.
Un étrange grincement s’éleva des profondeurs du navire, quelque part à l’arrière.
— Le magnétron se met en marche, dit Sundira Thane.
— Vous avez déjà vécu cela ? demanda Lawler en se tournant vers elle.
— Trop souvent. Mais, cette fois-ci, ce ne sera pas méchant.
Le grincement s’amplifia. Le magnétron envoya vers le noyau de la planète constitué de fer en fusion un flux magnétique capable de soulever le navire d’un ou deux mètres au-dessus de l’eau, un peu plus si nécessaire, juste ce qu’il fallait pour qu’il échappe au plus fort de la lame. Le champ de déplacement magnétique était l’unique appareil d’une technologie avancée que les humains venus des autres planètes de la galaxie avaient réussi à emporter sur Hydros. Dann Henders avait déclaré un jour qu’un appareil aussi puissant que le magnétron pourrait avoir des applications beaucoup plus utiles aux colons que de permettre aux navires de Delagard de rester à flot sur une mer très agitée. Henders était probablement dans le vrai, mais l’armateur gardait les magnétrons sous clé, à bord de ses navires. Les appareils étaient sa propriété, les joyaux de la couronne de l’empire maritime des Delagard, l’origine de la fortune familiale.
— Sommes-nous montés ? demanda Lis Niklaus d’une voix inquiète.
— Quand le grincement s’arrêtera, répondit Neyana Golghoz. Voilà… Ça y est.
Tout était silencieux.
Le navire flottait juste au-dessus de la crête de la lame.
Cela ne dura qu’un moment. Quelle que fût sa puissance, le magnétron avait ses limites. Mais un moment suffisait. La lame arriva et le navire passa doucement par-dessus, puis redescendit de l’autre côté, reprenant contact avec l’eau dans le creux formé à sa base. En reprenant sa place sur les flots, il trembla, oscilla et toute sa membrure tressaillit. L’impact fut plus violent que Lawler ne l’avait imaginé et il dut s’arc-bouter pour ne pas être jeté au sol.
Puis tout se calma et la quille se retrouva d’aplomb.
Delagard sortit par l’écoutille donnant accès à la cale, le visage illuminé par un grand sourire d’autosatisfaction. Dann Henders le suivait de près.
— Et voilà ! annonça l’armateur. C’est terminé ! Tout le monde à son poste ! En avant toute !
Dans le sillage de la lame, la mer légèrement agitée se balançait comme un berceau. Quand il remonta sur le pont, Lawler vit la lame qui s’éloignait vers le sud-est, une ondulation écumeuse à la surface de l’eau. Il vit le pavillon jaune du Soleil Doré, le rouge des Trois Lunes, le vert et noir de la Déesse de Sorve. Plus loin, il distingua les deux autres bâtiments qui n’avaient apparemment pas souffert.
— Cela n’a pas été trop dur, dit-il à Dag Tharp qui venait de monter derrière lui.
— Attendez, dit Tharp. Attendez un peu.
4
La mer changea de nouveau. Un courant froid et rapide venant du sud ouvrait un sillon dans les algues jaunes. Il n’y eut d’abord qu’une étroite saignée d’eau libre au milieu de l’écume, puis une bande plus large et enfin, quand la flottille atteignit le courant en son endroit le plus large, la mer alentour retrouva une couleur d’un bleu limpide.
Kinverson demanda à Lawler s’il pensait que les animaux marins étaient maintenant à l’abri du parasite végétal. Les voyageurs n’avaient pas eu de poisson frais depuis plusieurs jours.
— Péchez donc quelque chose et nous verrons bien, lui dit Lawler. Mais faites attention quand votre prise sera sur le pont.
Mais Kinverson n’eut pas à faire attention à quoi que ce fût. Les filets qu’il remonta étaient vides, l’appât sur les hameçons intact. Il y avait pourtant des poissons en abondance dans ces eaux, mais ils restaient à distance des navires. Les voyageurs en voyaient parfois des bancs entiers qui s’éloignaient rapidement à leur approche. Les autres navires signalèrent la même chose. Ils auraient aussi bien pu naviguer dans des eaux totalement désertes.
L’heure du repas venue, il y eut des protestations dans la cuisine.
— Je ne peux rien vous préparer, si personne n’attrape rien, dit Lis Niklaus. Adressez-vous à Gabe.
Kinverson demeura indifférent.
— Je ne peux rien attraper si les poissons ne s’approchent pas de nous. Si vous n’êtes pas contents, vous n’avez qu’à plonger et à les attraper à mains nues. D’accord ?
Les poissons continuaient de garder leurs distances, mais les navires entraient dans une zone riche en algues de différentes sortes. Des masses flottantes d’une espèce rouge, aux ramifications très denses, se mêlaient aux longues lames étalées d’une succulente espèce bleu-vert. Gharkid se régala en les récoltant.
— Elles seront bonnes à manger, dit-il. Je le sais. Nous avons de quoi nous alimenter avec elles.
— Mais, objecta Léo Marte, si vous ne connaissez pas ces espèces…
— Je sais. Elles seront bonnes à manger.
Gharkid les goûta lui-même, avec cette innocence tranquille que Lawler trouvait si extraordinaire. L’algue rouge, déclara-t-il, était à consommer en salade, mais la bleu-vert serait meilleure cuite dans un peu d’huile de poisson. Il passait toutes ses journées au poste de pêche, remontant de pleins filets d’algues, jusqu’à ce que la moitié du pont soit recouverte d’une masse végétale trempée.