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Les martiens [The Martians - fr]

Электронная книга - «Les martiens [The Martians - fr]». Краткое содержание книги:

D’une mission d’entraînement en Antarctique aux terrifiantes tempêtes de sable qui balaient les canyons désolés de la planète rouge, Les Martiens met en scène toute une galerie de personnages ayant joué un rôle dans cette histoire de la colonisation de la planète soeur magistralement décrite par Kim Stanley Robinson dans sa trilogie martienne, d’ores et déjà saluée comme l’un des grands classiques de la science-fiction.
Depuis l’épopée des Cent — les premiers explorateurs —, ce sont des générations d’hommes et de femmes qui ont transformé en colonie durable ce qui n’était au départ qu’un avant-poste à l’existence bien ténue. Les expéditions internationales qui se sont succédé ont débouché sur la création d’un monde. Celui-ci a connu une évolution inéluctable, avec son cortège de luttes politiques, de révolutions et de conflits armés.
A une époque où la longévité est de l’ordre d’un siècle et demi, Les Martiens raconte l’épopée de générations d’humains vivant aux limites de la frontière ultime, où les paysages façonnés par les hommes sont sans cesse en butte aux monstrueux caprices de la nature.
Les Martiens, c’est la chronique épique d’une planète qui représente l’un des recours les plus plausibles de l’humanité. A l’horizon 2050, autrement dit demain…
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— D’accord, acquiesce Eileen.

Dougal se tourne vers Roger.

— Vous avez assez chaud ? lui demande-t-il.

Roger frissonne, incapable de répondre. Ils l’aident à se glisser dans son duvet et lui font prendre du thé, mais il a du mal à boire. Il tremble encore longtemps après le départ de Dougal.

— C’est bon signe, ces frissons, commente Frances. Mais il a affreusement froid. Trop pour se réchauffer. Il est peut-être en hypothermie. J’avoue que je n’ai pas chaud, moi non plus.

Eileen monte le réchaud au maximum jusqu’à ce qu’une sorte de touffeur emplisse la tente. Elle se glisse dans le duvet de Frances, à côté d’elle, en faisant bien attention à ne pas heurter son bras blessé. La situation n’est pas brillante et, à la lumière rougeoyante du poêle, ils ont les traits pincés.

— Ça va mieux, murmure Frances au bout d’un moment. J’ai bien chaud. Occupez-vous de lui, maintenant.

Roger se rend à peine compte qu’Eileen se glisse dans son duvet auprès de lui. Elle le bouscule, et il n’est pas content.

— Enlevez vos vêtements de dessus, ordonne Eileen.

En se contorsionnant, à moitié dans le duvet, à moitié au-dehors, ils réussissent à ôter la tenue d’escalade de Roger. Ils sont enfin blottis l’un contre l’autre dans leurs sous-vêtements thermiques, et Roger se réchauffe lentement.

— Dites donc, vous êtes gelé, commente Eileen.

— J’apprécie, murmure mollement Roger. Sais pas ce qui m’est arrivé.

— J’aurais dû me méfier. Vous n’avez pas assez bougé pendant la descente. Vous avez dû vous mettre le postérieur à l’air par ce vent glacial. Je n’ose imaginer l’indice éolien du froid.

Elle lui communique sa chaleur corporelle, son long corps dur collé contre le sien. Elle ne le laisse pas dormir.

— Pas encore. Retournez-vous. Tenez, buvez ça.

Frances le titille, lui maintient les paupières ouvertes.

— Allez, buvez !

Il s’exécute. Et elles finissent par le laisser dormir.

Dougal les réveille en faisant irruption sous la tente avec le ravitaillement. Il est couvert de neige.

— Af-freux, dit-il avec son sourire inimitable.

Il se précipite dans un duvet et se gave de thé. Roger regarde sa montre : minuit. Dougal est sur la brèche depuis près de vingt-quatre heures. Après avoir englouti une gamelle de ragoût, il remet sa cagoule, se roule en boule dans un coin de la tente et s’endort du sommeil du juste.

Le lendemain matin, la tempête fait toujours rage. Ils se préparent, non sans mal : ils sont quatre dans une tente prévue pour trois, et ils doivent faire attention au bras de Frances. Eileen contacte, par radio, ceux d’en bas. Elle leur ordonne de lever le camp sept et de se replier dans la grotte. Lorsqu’ils reprennent l’escalade, ils se rendent compte que Frances a tout le côté engourdi. Ils doivent fixer de nouveaux pitons et attacher des cordes de rappel pendant que l’un d’eux descend, à l’aide d’un jumar, le long de la corde fixe, à côté d’elle, la tête rentrée dans les épaules pour offrir le moins de prise possible au blizzard. Ils font une halte d’une heure au camp sept pour se reposer, manger un morceau, et ils repartent vers la grotte, en dessous. Le temps qu’ils regagnent ce sombre refuge, c’est le crépuscule.

Ils sont donc tous de retour dans la grotte où s’engouffre le vent. Les autres ont passé la journée de la veille à empiler les pierres du côté sud de l’entrée afin de construire un muret protecteur. Ça améliore un peu les choses.

La quatrième journée de tempête se passe dans les hurlements du vent, parfois entrecoupés de silence, avec de temps en temps une chute de neige. Tous les membres du groupe sont entassés dans l’une des grandes tentes carrées. Ils sont assis tout raides et jouent des coudes afin de se faire une place.

— Écoutez, je ne vais pas redescendre rien que parce que l’un de nous a un bras amoché, dit Marie.

— Je ne peux plus grimper, dit Frances.

Roger trouve qu’elle donne vraiment bien le change. Elle a une mine de papier mâché et un regard de droguée, mais elle est très cohérente et très calme.

— Je sais, répond Marie, mais nous pouvons nous diviser. Il ne faudra pas beaucoup de monde pour vous ramener aux voitures. Les autres pourraient prendre le matériel et continuer l’escalade. Si nous arrivons à la cache en haut de l’escarpement, nous n’aurons plus de problème de ravitaillement. Et dans le cas contraire, nous n’aurons qu’à redescendre comme vous. Mais je ne vois pas l’utilité d’abandonner maintenant. Nous ne sommes pas montés jusqu’ici pour redescendre si nous pouvons faire autrement.

Eileen regarde Ivan.

— Normalement, ce serait à vous d’aider Frances à redescendre.

Ivan fait la grimace, acquiesce d’un hochement de tête.

— C’est à ça que servent les sherpas, dit-il bravement.

— Vous pensez pouvoir y arriver à quatre ?

— À plus de quatre, nous ne ferions que nous gêner.

Il y a une rapide discussion sur l’état de leurs provisions. Hans est d’avis qu’ils en ont juste assez pour que la séparation en deux groupes présente un risque.

— Il me semble que notre responsabilité première doit être de veiller à ce que Frances redescende saine et sauve. Nous pourrons achever l’escalade une autre fois.

Marie argumente avec lui, mais Hans reçoit le soutien de Stephan, et tout le monde reste sur ses positions. Après un silence plein d’appréhension, Eileen s’éclaircit la gorge.

— Le plan de Marie me paraît jouable, dit-elle. Il y a suffisamment de provisions pour tout le monde, et les sherpas pourront redescendre Frances tout seuls.

— Ça ne nous laisse pas beaucoup de marge d’erreur, remarque Hans.

— Nous pouvons laisser l’eau au groupe qui redescend, insiste Marie. Il y aura assez de glace et de neige jusqu’au sommet pour ceux qui continueront l’escalade.

— Il va falloir nous rationner en oxygène, reprend Hans, pour que Frances en ait assez jusqu’en bas.

— D’accord, convient Eileen. Je propose que nous repartions demain ou après-demain, quel que soit le temps.

— Pas de problème, décrète Marie. Nous avons prouvé que nous pouvions monter et descendre par tous les temps avec les cordes fixes. Il va falloir que nous montions installer le camp neuf le plus vite possible. Disons demain.

— Pourvu que le temps s’arrange un peu.

— Nous devons remonter des vivres dans les campements du haut…

— Ouais. Nous allons nous en occuper, Marie. Ne vous en faites pas.

Tandis que les éléments se déchaînent, ils font les préparatifs en vue de la séparation. Roger, qui ne tient pas à s’en mêler, aide Arthur à ériger le muret à l’entrée de la grotte. La faille est complètement fermée du côté sud, d’où ils sont partis, et ils la poursuivent vers l’autre extrémité, mais ils doivent se contenter d’un mur de deux mètres de haut, car ils finissent par épuiser les blocs de pierre qui jonchent le sol de la grotte. Alors ils s’adossent à leur mur et regardent les autres se répartir les provisions. Le vent souffle toujours dans la grotte, mais de leur position, au pied du mur, ils se rendent compte qu’ils ont bien fait.

La répartition du matériel pose quelques problèmes. Marie est intransigeante sur le chapitre des bouteilles d’oxygène.

— Écoutez, vous redescendez, non ? lance-t-elle à Ivan. Vous n’en aurez plus besoin d’ici un camp ou deux.

— Frances en aura besoin beaucoup plus longtemps que ça, réplique Ivan. Et nous ne pouvons pas savoir combien de temps nous allons mettre à la redescendre.

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