Les martiens [The Martians - fr]
- Автор: Робинсон Ким Стэнли
- Серия: Mars (fr) #4
- Год: 2000
- Язык: французский
- Год: Presses de la Cit
- ISBN: 2-258-05422-2
- Переводчик: Dominique Haas
- Жанр: Космическая фантастика
Электронная книга - «Les martiens [The Martians - fr]». Краткое содержание книги:
Depuis l’épopée des Cent — les premiers explorateurs —, ce sont des générations d’hommes et de femmes qui ont transformé en colonie durable ce qui n’était au départ qu’un avant-poste à l’existence bien ténue. Les expéditions internationales qui se sont succédé ont débouché sur la création d’un monde. Celui-ci a connu une évolution inéluctable, avec son cortège de luttes politiques, de révolutions et de conflits armés.
A une époque où la longévité est de l’ordre d’un siècle et demi, Les Martiens raconte l’épopée de générations d’humains vivant aux limites de la frontière ultime, où les paysages façonnés par les hommes sont sans cesse en butte aux monstrueux caprices de la nature.
Les Martiens, c’est la chronique épique d’une planète qui représente l’un des recours les plus plausibles de l’humanité. A l’horizon 2050, autrement dit demain…
— Quatre heures.
— Ah. Mon réveil a dû sonner. C’est presque l’heure du point radio.
Il y a des nuages à l’est, mais ils constatent un sensible accroissement de la lumière quand Archimède se lève. Roger enfile ses bottes glaciales et gémit.
— Il faut que j’y aille, dit-il à Eileen tout en baissant juste assez la fermeture à glissière de la tente pour sortir.
— Restez attaché, surtout !
Dehors, une bourrasque catabatique manque le plaquer au sol. Il fait très froid, peut-être moins vingt, et l’effet aggravant du vent soufflant avec cette violence doit être extrême. Il a de nouveau la courante, hélas. Très soulagé, et complètement gelé, il remonte son pantalon et rentre dans la tente. Eileen est à la radio. Tout le monde doit rester à l’abri jusqu’à ce que le vent soit un peu retombé, dit-elle. Roger acquiesce vigoureusement. Lorsqu’elle coupe la communication, elle le regarde en souriant.
— Vous savez ce que dirait Dougal ?
— Mmm, très ravigotant !
Elle éclate de rire.
Le temps passe. Roger somnole. Il a enfin réussi à se réchauffer. En réalité, il préfère dormir pendant la journée, quand il fait plus chaud sous la tente.
Il est brutalement réveillé en fin de matinée par un cri poussé du dehors. Eileen sautille dans son duvet jusqu’au rabat de la tente. Dougal passe la tête par l’ouverture, abaisse son masque à oxygène sur sa poitrine, les refroidit avec son souffle haletant, glacé.
— Notre tente a été écrasée par un bloc de pierre, annonce-t-il d’un ton d’excuse. Frances a le bras cassé. J’ai besoin d’aide pour la faire redescendre.
— Redescendre où ça ? lance Roger, sans réfléchir.
— Je pensais à la grotte, ou au moins ici. Notre tente est écrasée, elle est exposée à tous les vents. Elle est dans son duvet, mais autant dire qu’il n’y a plus de tente.
Eileen et Roger enfilent gravement leur tenue d’escalade.
Dehors, le vent s’acharne sur eux, et Roger se demande s’il arrivera à grimper. Ils s’accrochent à la corde et montent, grâce à un jumar, avec la célérité que commande l’urgence. Les coups de vent qui s’abattent sur eux sont parfois si brutaux qu’ils doivent attendre, accrochés au rocher, réduits à l’impuissance. Au cours d’une bourrasque particulièrement violente, Roger commence à paniquer : il paraît impossible que la chair et les os, les étriers, la corde, les pitons et les mousquetons, que tout ça résiste aux forces incroyables déchaînées par le vent descendant, mais qu’y faire ? Alors il attend, blotti dans l’anfractuosité de la roche que suit la corde, en se refroidissant à chaque instant.
Ils entrent dans un long couloir sinueux, gelé, qui les protège un peu du vent, de sorte que leur progression est un peu facilitée. Des pierres, des blocs de glace dégringolent autour d’eux, comme des bombes ou des grêlons géants. Dougal et Eileen grimpent si vite qu’il a du mal à les suivre. À un moment donné, il est pris de faiblesse et se sent glacé ; il est bien couvert, mais il a le nez et les doigts gelés. Ses intestins se rappellent à son mauvais souvenir alors qu’il rampe sur un bloc de pierre encastré dans le couloir, et il pousse un gémissement. Il aurait mieux fait de rester sous la tente, ce jour-là.
Soudain, ils sont au camp neuf, une grande tente en forme de boîte, aplatie d’un côté. Le vent s’acharne sur les pans déchirés et elle claque comme un grand drapeau dans la tourmente, si fort qu’ils ont du mal à s’entendre. Frances est heureuse de les voir. Elle a les yeux rouges derrière ses lunettes.
— Je pense que je pourrai m’asseoir dans un anneau de corde et descendre en rappel si vous m’aidez ! crie-t-elle pour se faire entendre malgré le vacarme.
— Comment ça va ? demande Eileen.
— J’ai le bras gauche cassé juste au-dessus du coude. Je me suis fabriqué une espèce d’attelle. Je crève de froid, sinon je ne me sens pas trop mal. J’ai pris des analgésiques, mais pas assez pour être vaseuse.
Ils s’entassent dans ce qui reste de la tente, et Eileen allume un réchaud. Dougal se démène au-dehors dans l’espoir de rattacher la partie endommagée de la tente et de l’empêcher de claquer, mais ses efforts sont vains. Ils se font du thé et se glissent dans des duvets pour le déguster.
— Quelle heure est-il ?
— Deux heures.
— Mmm. Nous ferions mieux de partir tout de suite.
— Ouais.
Ramener Frances au camp huit prend du temps et ils sont tous gelés. Tant qu’ils grimpaient rapidement à l’aide de la corde fixe, ils arrivaient à garder leur chaleur, mais là, ils restent longtemps cramponnés à la roche pendant que Frances franchit en rappel l’une des sections les plus difficiles. Elle les aide de son mieux, avec son bras droit.
Elle négocie le bloc de pierre qui a donné tant de fil à retordre à Roger quand un coup de vent la heurte comme un poing géant et elle bascule, se retrouve à plat ventre sur la roche. Roger remonte d’un bond et la rattrape juste avant qu’elle ne roule sur son côté gauche, incapable de se retenir. L’espace d’un moment, il reste accroché là sans pouvoir faire autre chose que la stabiliser. Au-dessus d’eux, Dougal et Eileen poussent des cris. Mais il n’y a pas de place pour eux. Roger bloque le jumar sur la guide-rope au-dessus de lui, se hisse avec un bras, l’autre passé dans le dos de Frances. Ils se regardent dans les yeux à travers leurs lunettes. Elle cherche frénétiquement une prise avec son pied, en trouve plus ou moins une et le soulage d’une partie de son poids. En attendant, ils sont coincés là. Roger montre sa main à Frances, essaye de lui faire comprendre son plan : il va lui faire la courte échelle. Elle acquiesce. Il détache le jumar de la corde fixe, le rattache juste en dessous de Frances et descend jusqu’à ce qu’il trouve une bonne prise pour ses pieds. Il croise les mains, les lève vers le pied libre de Frances, le guide vers lui. Elle porte son poids sur son pied et descend – bel effort de sa part, car elle doit déguster… Ils n’ont pas le temps d’achever le mouvement qu’un nouveau coup de vent manque les déséquilibrer, mais ils se cramponnent l’un à l’autre et tiennent bon. Ils sont sous le rocher ; Dougal et Eileen peuvent maintenant passer par-dessus et redescendre Frances en rappel.
Ils repartent donc vers le bas. Hélas, l’effort a déclenché certaines réactions physiologiques chez Roger, qui est pris de coliques. Il maudit l’eau de la grotte et se retient désespérément, mais ses tripes ne veulent rien savoir. Il explique ce qui lui arrive, par geste, aux autres, descend le long de la corde fixe, dégageant la voie pour ceux qui descendent, et trouve un petit coin tranquille. Baisser son pantalon alors que le vent s’acharne sur lui et le fait tourner comme un pantin autour de la corde fixe est un véritable exploit, et il ne cesse de jurer tout en se soulageant. C’est indiscutablement la chiasse la plus glacée de toute sa vie. Le temps que les autres le rejoignent, il tremble si fort qu’il arrive à peine à avancer.
Ils déboulent au camp huit vers le coucher du soleil. Eileen lance des appels radio, informe les camps d’en bas de la situation et leur donne ses instructions. Personne ne discute quand elle prend ce ton tranchant.
Le problème est que les ressources en vivres et en oxygène du camp huit sont au plus bas.
— Je vais descendre chercher du ravitaillement, propose Dougal.
— Vous êtes dehors depuis assez longtemps, objecte Eileen.
— Non, non. Un bon repas chaud et j’y retourne. Restez là avec Frances et Roger, qui est gelé.
— On pourrait demander à Arthur ou à Hans de monter nous rejoindre…
— Je ne vois pas l’intérêt. Ils seraient obligés de rester ici, et nous sommes déjà assez à l’étroit. Et puis je suis le plus habitué à grimper dans le noir, avec ce vent.