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Les martiens [The Martians - fr]

Электронная книга - «Les martiens [The Martians - fr]». Краткое содержание книги:

D’une mission d’entraînement en Antarctique aux terrifiantes tempêtes de sable qui balaient les canyons désolés de la planète rouge, Les Martiens met en scène toute une galerie de personnages ayant joué un rôle dans cette histoire de la colonisation de la planète soeur magistralement décrite par Kim Stanley Robinson dans sa trilogie martienne, d’ores et déjà saluée comme l’un des grands classiques de la science-fiction.
Depuis l’épopée des Cent — les premiers explorateurs —, ce sont des générations d’hommes et de femmes qui ont transformé en colonie durable ce qui n’était au départ qu’un avant-poste à l’existence bien ténue. Les expéditions internationales qui se sont succédé ont débouché sur la création d’un monde. Celui-ci a connu une évolution inéluctable, avec son cortège de luttes politiques, de révolutions et de conflits armés.
A une époque où la longévité est de l’ordre d’un siècle et demi, Les Martiens raconte l’épopée de générations d’humains vivant aux limites de la frontière ultime, où les paysages façonnés par les hommes sont sans cesse en butte aux monstrueux caprices de la nature.
Les Martiens, c’est la chronique épique d’une planète qui représente l’un des recours les plus plausibles de l’humanité. A l’horizon 2050, autrement dit demain…
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Hans secoue la tête en souriant. Et fait un geste en direction de la flasque de cognac.

— Ce qu’il y a, c’est que le bouclier de lave d’Olympus Mons n’est qu’une seule et unique masse de roche – stratifiée, je vous l’accorde, mais dans l’ensemble une grosse calotte de basalte déposée sur une surface un peu plus tendre. Bon, l’essentiel du poids de cette calotte, et de loin, se trouve près du centre – le pic du volcan, vous me suivez ? Le basalte a une certaine flexibilité, comme toutes les roches. La calotte proprement dite est donc quelque peu déformable. Ça explique que le centre, qui est le plus lourd, s’enfonce le plus, et que la périphérie du bouclier, qui est solidaire d’une unique calotte flexible, remonte vers le haut.

— De six kilomètres ? objecte Arthur. Vous voulez rire !

Hans hausse les épaules.

— N’oubliez pas que le volcan se dresse à vingt-cinq kilomètres au-dessus de la plaine environnante. Le volume du volcan est cent fois supérieur au volume du plus grand volcan de la Terre, le Mauna Loa, et pendant trois milliards d’années au moins il appuie sur cet endroit.

— Même si c’est comme ça que les choses se sont passées, ça n’explique pas la symétrie de l’escarpement, objecte Frances.

— Mais si, justement. C’est même l’aspect le plus révélateur. La périphérie du bouclier de lave se soulève, d’accord ? De plus en plus haut, jusqu’à ce que la limite de flexibilité du basalte soit atteinte. En d’autres termes, le bouclier n’est pas déformable à l’infini. Lorsque les tensions sont trop importantes, la roche cède. La partie qui se trouve à l’intérieur de la cassure continue à s’élever tandis que ce qui est au-delà s’effondre. C’est ainsi que la plaine qui se trouve en dessous de nous fait encore partie du bouclier de lave d’Olympus Mons, bien qu’elle soit au-delà du point de rupture. Et comme la lave faisait partout à peu près la même épaisseur, elle a cédé partout à la même distance à peu près du pic, nous donnant l’escarpement vaguement circulaire que nous sommes en train d’escalader !

Hans agite la main avec une fierté d’architecte. Frances renifle.

— J’ai du mal à imaginer ça, dit Arthur en tapotant le sol. Vous voulez dire que l’autre moitié de cette grotte serait sous le talus couvert de débris, en contrebas ?

— Exactement, répond Hans, rayonnant. Sauf que l’autre moitié n’a jamais été une grotte. C’était probablement une petite plaque plus ou moins circulaire de tuf, emprisonnée dans cette lave basaltique beaucoup plus dure. Lorsque le bouclier s’est rompu, entraînant la formation de l’escarpement, le dépôt de tuf a été coupé en deux, et l’endroit de la section a été exposé à l’érosion. Et voilà comment, quelques siècles plus tard, nous avons cette petite grotte si confortable…

— J’ai du mal à imaginer ça, répète Arthur.

Roger s’octroie une gorgée de cognac et acquiesce sans mot dire. Décidément, il n’est pas facile de transposer les théories de l’aréologie, où les montagnes se comportent comme de la pâte à modeler ou du dentifrice, à l’immense réalité de basalte dur et concret qui se trouve tout autour d’eux.

— C’est le temps nécessaire à ces transformations qui est difficile à imaginer, dit-il tout haut. Ça a dû prendre…

Il agite la main.

— Des milliards d’années, poursuit Hans. Nous ne pouvons pas nous représenter correctement cette durée. Mais nous pouvons voir des signes certains de son passage.

Et il ne nous aura pas fallu plus de trois siècles pour réduire ces signes à néant, ajoute silencieusement Roger. Ou la plupart. Et faire un parc à la place.

Au-dessus de la grotte, la paroi de la falaise recule un peu, et la Bande de Jaspe lisse laisse place à une pente chaotique, confuse, de goulets de glace, de contreforts et de rainures horizontales, peu profondes, qui singent leur grotte, en contrebas. Ces rainures, qu’ils appellent des marches, sont à éviter comme les crevasses sur sol horizontal, car le surplomb forme à chaque fois un obstacle redoutable à franchir. Les goulets de glace procurent la meilleure voie vers le haut, et l’escalade se résume à négocier ce qui apparaît comme un delta à la verticale, ou le tracé d’un éclair figé dans la paroi par le gel. Tous les matins, lorsque le soleil frappe la paroi, il y a une heure environ de chutes de pierres et de glace assez pénible. Ils ont parfois des sueurs froides. Un matin, Hannah est sérieusement contusionnée par un bloc de glace reçu en pleine poitrine.

— Le truc, c’est de rester dans la faille entre la glace de la cheminée et la paroi rocheuse, dit Marie à Roger alors qu’ils battent en retraite dans un cul-de-sac.

— Ou d’arriver à destination avant le lever du soleil, répond Dougal.

C’est ce qu’il suggère à Eileen et, suivant sa recommandation, ils commencent à se lever bien avant l’aube pour effectuer les parties exposées de l’escalade. Dans l’obscurité glaciale, l’alarme d’un bloc-poignet se met à sonner. Roger se retourne dans son duvet, essaie d’éteindre le sien, mais c’est celui de sa compagne de tente. Il pousse un gémissement, s’assied, tend le bras et allume son réchaud. Bientôt, les résistances brillent d’une lueur orangée réconfortante qui permet d’y voir un peu, et la température remonte sous la tente. Eileen et Stephan se redressent et tentent de chasser les dernières bribes de sommeil. Ils ont les cheveux ébouriffés, le visage bouffi, fatigué, marqué par ce qui leur tenait lieu d’oreiller. Il est trois heures du matin. Eileen pose un faitout de glace sur le réchaud, faisant baisser la lumière. Elle allume une lampe au minimum, arrachant néanmoins un gémissement à Stephan. Roger fouille dans les provisions, sort du thé et du lait en poudre. Le petit déjeuner est merveilleusement revigorant, et puis, tout à coup, il faut qu’il aille aux toilettes – providentielles mais glaciales. Il enfile ses bottes – le moment le plus pénible de la séance d’habillage. Autant mettre ses pieds dans des blocs de glace. Et puis il faut sortir de la tente bien chaude dans le froid intense de la grotte. Il va, dans le noir, aux toilettes. Les autres tentes brillent d’une douce lueur – le moment est venu de partir, dans le petit matin, à l’assaut du haut des pentes.

Le temps qu’Archimède, le premier des miroirs de l’aube, apparaisse, ils sont sur les pentes, au-dessus de la grotte, depuis près d’une heure, et ils grimpent à la lueur de leurs lampes frontales. C’est mieux avec les miroirs de l’aube : ils ont assez de lumière pour voir où ils mettent les pieds, mais la roche et la glace ne sont pas encore assez réchauffées pour se mettre à tomber. Roger escalade les cordons de glace à l’aide de ses crampons ; il adore les utiliser, taper dans la glace souple avec les pointes de devant, et adhérer à la paroi comme avec de la glu. Dessous, Arthur chante un hymne en l’honneur de ses crampons : « Spiderman, Spiderman, Spiderman, Spidermannnn. » Mais une fois au-dessus des cordes fixes, le souffle lui manque pour chanter ; être premier de cordée n’est pas de tout repos. Roger se retrouve bras et jambes écartelés sur une faille, le pied droit enfoncé dans la cascade de glace, le pied gauche calé dans une niche de la taille de l’ongle de son gros orteil, la main gauche tenant le manche du piolet, qui est fermement planté dans la glace, au-dessus, la main droite en train de tourner laborieusement la poignée d’une broche à glace qui servira de piton dans ce petit couloir. L’espace d’un instant, il se dit qu’il est à dix mètres au-dessus du premier ancrage, suspendu par trois pitons minuscules. Et à bout de souffle.

En haut de cette faille, il y a une petite vire sur laquelle se reposer, et quand Eileen se hisse au-dessus de la corde fixe, elle trouve Roger et Arthur allongés sur la roche, dans le soleil du matin, comme des poissons mis à sécher. Elle les regarde en reprenant son souffle.

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