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Les martiens [The Martians - fr]

Электронная книга - «Les martiens [The Martians - fr]». Краткое содержание книги:

D’une mission d’entraînement en Antarctique aux terrifiantes tempêtes de sable qui balaient les canyons désolés de la planète rouge, Les Martiens met en scène toute une galerie de personnages ayant joué un rôle dans cette histoire de la colonisation de la planète soeur magistralement décrite par Kim Stanley Robinson dans sa trilogie martienne, d’ores et déjà saluée comme l’un des grands classiques de la science-fiction.
Depuis l’épopée des Cent — les premiers explorateurs —, ce sont des générations d’hommes et de femmes qui ont transformé en colonie durable ce qui n’était au départ qu’un avant-poste à l’existence bien ténue. Les expéditions internationales qui se sont succédé ont débouché sur la création d’un monde. Celui-ci a connu une évolution inéluctable, avec son cortège de luttes politiques, de révolutions et de conflits armés.
A une époque où la longévité est de l’ordre d’un siècle et demi, Les Martiens raconte l’épopée de générations d’humains vivant aux limites de la frontière ultime, où les paysages façonnés par les hommes sont sans cesse en butte aux monstrueux caprices de la nature.
Les Martiens, c’est la chronique épique d’une planète qui représente l’un des recours les plus plausibles de l’humanité. A l’horizon 2050, autrement dit demain…
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— Le moment est venu d’utiliser l’oxygène, déclare-t-elle, haletante.

Lors du point radio du milieu de la matinée, elle dit à l’équipe du dessous de monter les bouteilles d’oxygène au campement suivant avec les tentes et le reste du matériel.

Trois bivouacs ont été montés au-dessus de la grotte, qui sert en quelque sorte de camp de base, auquel ils peuvent retourner de temps en temps, et ils avancent assez bien. Chaque nuit, ils dorment par petits groupes, dispersés dans chacun des bivouacs. Ils sont obligés d’utiliser l’oxygène pendant presque toute l’escalade, et ils dorment pour la plupart avec un masque, le régulateur tourné au minimum. Ils essaient de monter les campements d’altitude sans oxygène, mais ils sortent de l’opération épuisés et gelés. Quand les bivouacs sont dressés, à la fin de la journée d’escalade, ils passent les après-midi dans l’ombre, à rôder en buvant des boissons chaudes et en battant la semelle pour se réchauffer les pieds, dans l’attente du point radio du soir et des consignes pour la journée du lendemain. À ce stade, c’est un plaisir de laisser réfléchir Eileen.

Une après-midi, en grimpant au-dessus du campement le plus élevé avec Eileen, Roger se tient dos à la paroi parce qu’il assure Eileen pour franchir un point difficile. Le vent souffle dans leur direction des nuages d’orage pareils à des champignons à longue queue. Seul le haut des nuages est plus haut qu’eux. C’est la fin de l’après-midi, et la paroi de la falaise n’est qu’une ombre. La tige cotonneuse des nuages est sombre, d’un gris menaçant. Au-dessus s’épanouissent les nuages proprement dits, d’un blanc étincelant, dans la partie du ciel éclairée par le soleil, et cette lumière est partiellement renvoyée sur la falaise. Roger tend la corde, lève les yeux vers Eileen. Elle amorce le franchissement d’un dièdre, un angle de rocher qui a la forme d’un livre ouvert à quatre-vingt-dix degrés. Son masque à oxygène lui couvre la bouche et le nez. Roger effectue une traction. Elle baisse les yeux, et il lui indique l’immense amas de nuages. Elle hoche la tête, écarte son masque.

— On dirait des vaisseaux ! De gros paquebots ! dit-elle.

Roger repousse son masque sur sa joue.

— Vous pensez qu’il pourrait y avoir de l’orage ?

— Je n’en serais pas surprise. Nous avons eu de la chance, jusque-là.

Elle replace son masque et commence à grimper en enfonçant les doigts des deux mains dans la faille, plaquant les semelles de ses deux bottes sur la paroi, juste en dessous de ses mains, et se hissant sur le côté, si bien qu’elle se retrouve à marcher latéralement vers le haut sur l’une des parois. Roger veille à ce que la corde qui l’assure reste bien tendue.

Les vents d’ouest dominants de Mars se heurtent sur Olympus Mons et les masses d’air montent le long du pic au lieu de se déverser sur ses flancs. La montagne est si haute qu’elle se dresse au-dessus de l’atmosphère, repoussant les vents de part et d’autre. L’air ainsi compressé redescend en tournoyant le long du flanc est, froid et glacé, après avoir abandonné son humidité sur le flanc ouest, où se forment les glaciers. C’est le schéma habituel, en tout cas ; mais quand un système cyclonique souffle du sud-ouest, il assène au volcan un coup violent venu du sud, se comprime en heurtant le quart sud-est du bouclier et rebondit avec une force accrue vers l’est.

— Que dit le baromètre, Hans ?

— Quatre cent dix millibars.

— Vous voulez rire !

— Ce n’est pas tellement en dessous de la normale, en fait.

— Vous voulez rire ?

— D’un autre côté, c’est assez bas quand même. Je pense que nous entrons dans un système de basses pressions.

L’orage commence par des vents catabatiques : de l’air froid qui tombe sur le bord de l’escarpement et s’abat sur la plaine. Parfois, la force du vent d’ouest soufflant sur le bouclier provoque des bourrasques sur la falaise dressée dans sa parfaite immobilité. La légère dépression ainsi provoquée est rapidement comblée par un coup de vent vers le bas, qui fait claquer la paroi des tentes et soumet leur structure à rude épreuve. Roger pousse un grognement alors qu’une bourrasque manque écraser la tente, et regarde Eileen en secouant la tête.

— Il va falloir s’y habituer, dit-elle. Il arrive que des coulées de vents descendants heurtent le haut de la paroi. (Et SBAM !) Cela dit, celle-ci semble un peu plus forte que d’habitude. Enfin, tant qu’il ne neige pas, hein ?

Roger jette un coup d’œil par le petit hublot pratiqué dans le rabat de la tente.

— Non, il ne neige pas. Mais il fait un froid épouvantable, dit-il en se retournant dans son duvet.

— Tant mieux. S’il neigeait, ce serait très mauvais signe.

Elle commence à lancer des appels radio. Ils sont, Roger et elle, au camp huit (la grotte a maintenant été rebaptisée camp six) ; Dougal et France sont au camp neuf, le plus haut et le plus exposé des nouveaux campements. Arthur, Hans, Hannah et Ivan sont au camp sept, et les autres en bas, dans la grotte. Ils sont un peu trop éparpillés, mais Eileen rechignait à démonter les dernières tentes de la grotte. Roger commence maintenant à comprendre pourquoi.

— Tout le monde reste à l’abri, demain matin, jusqu’à ce que je donne de nouvelles instructions. On fera le point aux miroirs de l’aube.

Le vent forcit toute la nuit, et Roger est réveillé à trois heures du matin par un coup de boutoir particulièrement violent contre les parois de la tente. On n’entend presque pas le vent qui heurte la roche, et puis il y a un WHAOUF ! et brusquement la tente rugit et se convulse comme une baleine torturée. Le vent faiblit quelque peu, les roches se mettent à ululer doucement. Un moment de calme. Il écoute le souffle du vent, ses soudaines bourrasques, les grincements de la tente, repoussée dans le fond de la niche où ils l’ont dressée, puis de nouveau aspirée vers le haut. Le sifflement réconfortant d’un masque à oxygène, qui lui réchauffe le nez, pour une fois – et WHAOUF ! Eileen a l’air de dormir, la tête enfouie dans son duvet ; seuls son bonnet et le tuyau d’oxygène émergent du haut, resserré. Roger s’émerveille que les hurlements du vent ne la réveillent pas. Il regarde sa montre et décide qu’il est inutile d’essayer de se rendormir. Le givre formé par la condensation, sur la paroi intérieure de la tente, lui tombe sur la figure comme de la neige, l’effrayant un instant. Mais il braque rapidement le rayon de sa lampe sur le petit hublot transparent pratiqué dans le rabat de la tente et vérifie qu’il ne neige pas. À la maigre lueur de la lampe, Roger pose un faitout de glace sur le réchaud cubique, l’allume. Il remet ses mains glacées dans le duvet et regarde le réchaud. Très vite, les résistances concentriques brillent d’un bel orange vif et irradient une chaleur palpable.

Une heure plus tard, il fait sensiblement plus chaud sous la tente. Roger déguste un thé bouillant et essaie d’anticiper les coups de vent. Il y a apparemment du dépôt dans l’eau obtenue en fondant la glace de la grotte. Roger a eu des problèmes digestifs, ainsi que trois ou quatre autres, et il éprouve à nouveau les premiers symptômes de dysenterie glaciaire. Il se retient à grand-peine. Un coup particulièrement violent sur la paroi de la tente réveille Eileen. Elle passe la tête hors de son duvet, l’air désorientée.

— Le vent souffle de plus en plus fort, lui explique Roger. Vous voulez du thé ?

— Mmouais, fait-elle en ôtant son masque à oxygène avant de prendre la tasse pleine qu’elle vide goulûment. Hé, j’avais soif !

— Oui. C’est un effet de l’oxygène, apparemment.

— Quelle heure est-il ?

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