Les martiens [The Martians - fr]
- Автор: Робинсон Ким Стэнли
- Серия: Mars (fr) #4
- Год: 2000
- Язык: французский
- Год: Presses de la Cit
- ISBN: 2-258-05422-2
- Переводчик: Dominique Haas
- Жанр: Космическая фантастика
Электронная книга - «Les martiens [The Martians - fr]». Краткое содержание книги:
Depuis l’épopée des Cent — les premiers explorateurs —, ce sont des générations d’hommes et de femmes qui ont transformé en colonie durable ce qui n’était au départ qu’un avant-poste à l’existence bien ténue. Les expéditions internationales qui se sont succédé ont débouché sur la création d’un monde. Celui-ci a connu une évolution inéluctable, avec son cortège de luttes politiques, de révolutions et de conflits armés.
A une époque où la longévité est de l’ordre d’un siècle et demi, Les Martiens raconte l’épopée de générations d’humains vivant aux limites de la frontière ultime, où les paysages façonnés par les hommes sont sans cesse en butte aux monstrueux caprices de la nature.
Les Martiens, c’est la chronique épique d’une planète qui représente l’un des recours les plus plausibles de l’humanité. A l’horizon 2050, autrement dit demain…
— Je me demande si c’est Arthur et Marie qui les ont faits.
Seule la corde fixe permet à Roger de franchir ce passage, tellement il est difficile. Un autre bloc de glace dégringole, et ils poussent un juron.
Un pied apparaît en haut de la fissure pareille à un livre ouvert dans laquelle ils grimpent – un dièdre.
— Hé ! Faites attention, là-haut ! Vous nous balancez des blocs de glace sur la tête !
— Oh, pardon ! Nous ne savions pas que vous étiez là !
Arthur et Marie descendent en rappel vers eux.
— Pardon, répète Marie. Nous ne pouvions pas penser que quelqu’un monterait si tard. Vous avez encore de la corde ?
— Ouais.
Le soleil disparaît derrière la falaise, abandonnant le ciel aux miroirs du crépuscule et leur lumière de réverbère. Arthur les regarde alors que Marie bourre leur sac de corde.
— C’est magnifique ! s’exclame-t-il. Sur Terre aussi, ils connaissent le parhélie, vous savez : c’est un effet d’optique qui se produit quand il y a des cristaux de glace dans l’atmosphère. On l’observe généralement dans l’Antarctique : de grands halos autour du soleil, et de faux soleils en deux points du halo. Mais je ne pense pas qu’ils aient jamais eu quatre faux soleils de chaque côté. C’est magnifique !
— Allons-y, dit Marie sans lever les yeux. On se retrouve au camp cinq, ce soir.
Et les voilà partis, très vite, vers le haut de la falaise, à l’aide de la corde et des deux parois du dièdre.
— Drôle de couple, dit Stephan en redescendant vers le camp cinq.
Le lendemain, ils remontent encore des longueurs de corde. À la fin de l’après-midi, au bout d’une très longue escalade, ils retrouvent Arthur et Marie assis dans une grotte, à flanc de falaise. L’anfractuosité est assez vaste pour contenir tout le campement.
— Vous imaginez ça ? s’écrie Arthur. On se croirait à l’hôtel !
L’ouverture de la grotte est une faille horizontale de près de quatre mètres de haut et d’une quinzaine de mètres de largeur. Le sol est relativement plan, couvert, près de l’entrée, par une mince couche de glace, et jonché de débris tombés de la voûte, qui est irrégulière, mais solide. Roger ramasse l’une des pierres trouvées à terre et la dépose dans l’ouverture de la grotte, à l’endroit où le sol rencontre la paroi, formant une fissure étroite. Marie essaie de joindre quelqu’un en bas, à la radio, pour raconter sa trouvaille. Roger s’aventure vers le fond de la grotte, à une vingtaine de mètres de l’entrée, et se penche pour inspecter l’amas de gravats, à l’endroit où le sol et la voûte se rencontrent.
— Ça va être agréable de dormir à plat, pour changer, dit Stephan.
En regardant par l’ouverture de la grotte, Roger voit un grand sourire de ciel lavande.
Quand Hans arrive et voit ça, il est tout excité. Il donne des coups de poing et de piolet partout, braque sa lampe-torche dans les creux et les anfractuosités de la grotte.
— C’est du tuf, vous voyez ? dit-il en leur montrant un bout de caillou. C’est un volcan en bouclier, ce qui veut dire qu’il a craché très peu de cendres, d’où sa forme aplatie. Mais il a bien dû y avoir quelques éruptions de cendres, au fil des ans, et quand les cendres sont comprimées ça devient du tuf – cette roche que vous voyez là. Le tuf est beaucoup plus tendre que le basalte et l’andésite, et avec le temps, la couche supérieure, exposée aux intempéries, s’est érodée, nous laissant ce magnifique hôtel.
— Magnifique, vraiment, commente Arthur.
Le reste de l’équipe les rejoint dans le crépuscule des miroirs, et il y a encore de la place dans la grotte. Ils dressent les tentes pour dormir, posent les lampes à même le sol et prennent leur dîner en formant un vaste cercle autour d’une collection de petits réchauds rougeoyants. Les grimpeurs avalent des écuelles de ragoût, les yeux brillants d’allégresse. Il y a quelque chose de merveilleux dans cet abri sûr, creusé à même la paroi de la falaise, trois mille mètres au-dessus de la plaine. C’est une joie inespérée de se prélasser sur le sol plat, sans être obligé de s’accrocher. Hans n’a pas cessé de rôder dans la grotte, sa lampe torche à la main. De temps en temps, il pousse un sifflement.
— Hans ! appelle Arthur après dîner, quand les bols et les gamelles ont été nettoyés. Allez, venez par ici. Asseyez-vous là, tenez.
Marie fait circuler sa flasque de cognac.
— Expliquez-moi, Hans : comment se fait-il que cette grotte soit là ? Et pourquoi, d’ailleurs, cet escarpement est-il là ? Pourquoi Olympus Mons est-il le seul volcan du monde connu à être entouré d’une telle falaise ?
— Ce n’est pas le seul volcan dans ce cas, objecte Frances.
— Allons, Frances, répond Hans. Vous savez bien que c’est le seul grand volcan en bouclier à être encerclé par une falaise. Ceux auxquels vous songez, qui ont été remarqués en Islande, ne sont que les petits évents de volcans plus vastes.
— D’accord, convient Frances en hochant la tête. Mais l’analogie tient peut-être quand même.
— Peut-être, convient Hans avant de se tourner vers Arthur. Comme vous pouvez le constater, il n’y a pas de consensus général quant à l’origine de l’escarpement, mais je crois pouvoir dire que ma théorie est généralement admise… vous êtes d’accord, Frances ?
— Oui…
Hans a un bon sourire et parcourt le groupe du regard.
— Vous comprenez, Frances fait partie de ceux qui croient que les éruptions du volcan se sont produites, à l’origine, à travers une calotte glaciaire, et que le glacier a agi comme une muraille qui aurait contenu la lave, créant cet effet de falaise après la disparition de la glace.
— On retrouve en Islande des volcans assez analogues, confirme Frances. Leur formation s’explique par le fait que la lave jaillissait sous la glace et à travers elle.
— Quoi qu’il en soit, reprend Hans, je crois plutôt, et je ne suis pas le seul, que c’est le poids d’Olympus Mons qui a provoqué l’escarpement.
— Je vous l’ai déjà entendu dire, intervient Arthur, mais je ne comprends pas comment les choses auraient pu se passer.
Stephan se déclare d’accord avec cette objection, et Hans soutire un peu de cognac dans la flasque.
— Le volcan est très vieux, vous comprenez, reprend-il d’un air réjoui. Près de trois milliards d’années, sur le même site, ou tout près – la dérive tectonique est infime, contrairement à ce qui se passe sur Terre. Alors, le magma jaillit vers le haut, la lave se répand à l’extérieur, de façon répétée, se dépose sur une roche plus tendre – probablement le régolite labouré résultant du bombardement météoritique intense qui a suivi la naissance de la planète. Un poids énorme s’est trouvé accumulé à la surface, et ce poids n’a cessé d’augmenter au fur et à mesure que le volcan croissait. Je n’ai pas besoin de vous dire que c’est un très, très gros volcan. À la fin, son poids était tel qu’il a écrasé la roche plus tendre en dessous. On retrouve de cette roche au nord-est, sur la partie aval de la Bosse de Tharsis ; c’est par là que la roche compressée a dû être repoussée. L’un de vous a-t-il visité l’auréole d’Olympus Mons ? C’est une région fascinante, commente-t-il comme plusieurs d’entre eux hochent la tête en signe d’acquiescement.
— D’accord, reprend Arthur. Mais pourquoi cela n’a-t-il pas tout simplement enfoncé la zone entière ? Normalement, ça aurait dû former une dépression autour du bord du volcan, plutôt que cette falaise ?
— Exactement ! s’exclame Stephan.