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La vieille qui marchait dans la mer

Электронная книга - «La vieille qui marchait dans la mer». Краткое содержание книги:

Lorsqu'on demande à Stephen King, le fameux romancier américain, pourquoi il a choisi d'écrire sur des sujets aussi macabres, il répond : « Qu'est-ce qui vous fait penser que j'ai le choix ? »
Un romancier ne l'a jamais, il obéit au papier, un point c'est tout !
Pour ma part, lorsque j'ai commencé ce livre, j'avais l'intention d'écrire une histoire cocasse, haute en couleur : celle d'une vieille aventurière qui se donne un dauphin avant de raccrocher, et le forme à l'arnaque.
Je ne me doutais pas, à cet instant, que j'allais commettre l'ouvrage le plus grinçant de ma carrière, m'enfoncer dans un conte de fées noir à vous en flanquer le vertige, et peut être même dépasser certaines limites.
Mais je ne regrette rien. Quand on est capable de tout il faut le prouver.
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— Que lui voulez-vous ?

Le petit homme roux sentait fort ; malgré l’air conditionné qui continuait de marcher et bien que ce fût contre-indiqué, elle abaissa à demi la vitre de son côté.

— Il est temps que je vous résume les faits, madame, déclara soudain l’Anglais. Vous n’êtes pas sans savoir qu’à l’occasion de ses vingt ans, le prince Mouley Driz a offert à sa fille un diadème d’une très grande valeur.

— J’étais aux fêtes du couronnement, plaisanta Milady.

— Je sais, madame, et votre pseudo-neveu aussi y assistait. Avant que ne commence la soirée, le prince avait disposé le diadème sur une colonne dans le salon d’apparat. Un garde de la maison le surveillait. Malheureusement, pendant sa faction, il s’est produit une panne locale de lumière et l’homme est allé prévenir les gens de l’office. Quelqu’un a mis à profit sa brève absence pour échanger le diadème contre une copie assez mal fagotée. Naturellement, au moment de la cérémonie, Son Altesse s’est aperçue de la chose mais, soucieuse de ne pas gâcher la fête, elle n’a rien dit. Le soir même, elle s’assurait les services de l’Agence Bluebarnett and Sonde Londres, à laquelle j’ai l’honneur d’appartenir en qualité d’enquêteur en chef. J’ai, dès mon arrivée, entrepris les investigations qui s’imposaient, madame. Elles m’ont appris que la panne de lumière ayant permis le vol avait été provoquée par une fourchette à dessert dont on avait engagé deux des dents dans les trous d’une prise électrique afin de provoquer un court-circuit. Le malfaiteur s’est débarrassé précipitamment de l’objet en le jetant dans un immense cache-pot où je l’ai récupéré. Le manche de la fourchette comportait des empreintes. Certaines appartiennent aux domestiques, mais on y trouve en outre celles de Lambert Crissier.

Il s’exprimait d’un ton léger, presque badin.

« Un enviandé de snob, Seigneur ! Il faudrait lui arracher les couilles et l’étouffer en les lui enfonçant dans la gorge, Vous pensez comme moi, n’est-ce pas ? »

— Attendez, dit-elle, comment vous êtes-vous procuré les empreintes de mon neveu ?

Par bravade, elle appuyait sur le mot neveu.

Il sourit.

— Ca n’avait rien de très difficile, madame, j’ai seulement récupéré la bouteille d’eau minérale qu’il boit pendant son cours de tennis. En sueur, sur une surface embuée, c’est la foire aux empreintes.

— Vous le soupçonniez donc ?

— Je l’avais rangé parmi les coupables possibles, admit Evelyn Stern.

— Pourquoi ?

Elle se sentait froide et tranchante, prête à la lutte, avec même un louche appétit de bagarre, une excitation qui confinait à la volupté. Ce sale petit youtre anglais, elle allait le niquer dans les grandes largeurs !

— J’ai demandé au prince et aux siens s’il s’était produit quelque fait insolite dans leur entourage au cours des jours ayant précédé ce que vous appelez « les fêtes du couronnement ». On m’a rapporté une fumeuse histoire de hold-up chez un coiffeur où se trouvait la princesse Shérazade, hold-up qui échoua grâce à la courageuse intervention de M. Crissier.

— Qu’imaginez-vous, monsieur Stern ?

— Tout, répondit simplement l’homme roux, parce que ma profession consiste à tout imaginer..

« A moi de jouer ! Là, il va falloir déballer le grand jeu ! Ce fouille-merde n’est pas facile à chambrer. La sincérité est l’apanage des grands comédiens. Si je n’entre pas dans la peau du personnage, je l’ai dans le cul, Seigneur, et profond ! »

— Donnez-moi votre main, monsieur Stern, balbutia la vieillarde.

Elle avançait la sienne et attendait. Interloqué par cette demande, Stern finit par poser sa main dans celle de Milady.

— Touchez ! dit-elle en entraînant les doigts du détective jusqu’à sa pauvre poitrine et en les y appliquant. Vous sentez mon pauvre cœur ? S’il bat encore, il bat comme un fou, n’est-ce pas ?

— Je conçois votre émotion, déclara le rouquin en récupérant vivement sa main.

— Vous voulez dire que je meurs, dit Milady.

Elle restait digne malgré son désespoir. Stern pensa qu’elle ressemblait à une mère crucifiée par la mort de son enfant. Sa lèvre inférieure tremblotait, ses narines se pinçaient, sa peau devenait diaphane sous le maquillage, et ses larmes contenues s’entendaient dans sa voix.

— Voyons, madame, dit Stern, il se trouve que vous vous êtes laissé abuser par le charme d’un jeune garçon au visage d’ange. Ce n’est pas la première fois qu’une personne d’un certain âge se prend aux grâces d’un coquin.

Elle renversa sa tête en arrière et se mit à haleter.

— Non, non, ce n’est pas cela, monsieur Stern.

Et puis elle s’évanouit. Sa bouche devint blanche, tandis qu’un faible tic d’agonie agitait ses maigres épaules. En la voyant dans cet état, Evelyn Stern fut emmerdé jusqu’à la moelle des os. Il n’avait pas prévu une telle réaction de la vieille femme. Fallait-il qu’elle tînt à son giton pour être pareillement commotionnée en apprenant qu’il était un voleur ! Stern se dit qu’elle n’avait pu piloter elle-même la Rolls et il sortit pour chercher le chauffeur. Il aperçut le Philippin en train de somnoler contre le bac à arbustes, et le héla.

— Votre patronne vient de prendre un malaise, lui dit-il, il faut la conduire d’urgence chez un médecin !

— Non, à la villa, répartit le domestique. Vous pouvez m’aider ?

Stern reprit sa place auprès de Lady M. Pendant que la voiture parcourait les quinze cents mètres qui les séparaient de la demeure, l’Anglais palpa le pouls de sa « victime ». Celui-ci battait à un rythme si bas qu’il donnait l’impression de devoir cesser d’un instant à l’autre. Lorsqu’ils atteignirent la Villa Carmen, les deux hommes portèrent la malade jusqu’à sa chambre. Ils la déposèrent sur son grand lit ombreux et alors seulement elle exhala un soupir et ses yeux qui étaient restés ouverts retrouvèrent un peu de lucidité.

— Je vais appeler ma femme pour des remèdes, prévint Hung.

— Comment vous sentez-vous, madame ? demanda le rouquin.

Elle clapa à vide et sa main droite se souleva légèrement.

— Je suis tout à fait navré de vous avoir causé cette émotion, assura Stern.

Nouveau mouvement menu et vague de la patiente.

« Seigneur, je ne dois pas être mal dans mon rôle de mourante, ce tournesol britannique a mordu à pleines dents dans la feinte. »

Evelyn Stern la regarda et dit :

— Vous reprenez des couleurs, madame ; votre indisposition aura été passagère. Je vais me retirer, nous reprendrons cette pénible conversation dès que vous serez rétablie.

— Non ! Non ! chuchota Milady.

— Vous voulez que je reste ?

Elle approuva d’un difficile signe de tête.

— J’ai… tout… compris, balbutia Lady M.

— Qu’entendez-vous par là ?

La femme de chambre arrivait en poussant des plaintes de détresse. Elle apportait néanmoins des pilules et en glissa une dans la bouche de sa maîtresse.

Tout cela avait été orchestré préalablement, car Lady M. savait s’entourer d’un personnel fanatisé auquel elle pouvait demander n’importe quoi.

— Laissez-nous ! ordonna-t-elle aux Philippins, dans un souffle.

Ils se retirèrent et la vieille fit mine d’avoir récupéré quelque peu.

— J’ai tout compris, répéta-t-elle à l’adresse de Stern.

— C’est-à-dire, madame ?

Elle chercha sa respiration, la trouva par miracle et des larmes coulèrent sur sa pauvre figure flétrie.

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