La vieille qui marchait dans la mer
- Автор: Дар Фредерик
- Год: 2010
- Язык: французский
- ISBN: 978-2-265-08954-9
- Жанр: Полицейские детективы
Электронная книга - «La vieille qui marchait dans la mer». Краткое содержание книги:
Un romancier ne l'a jamais, il obéit au papier, un point c'est tout !
Pour ma part, lorsque j'ai commencé ce livre, j'avais l'intention d'écrire une histoire cocasse, haute en couleur : celle d'une vieille aventurière qui se donne un dauphin avant de raccrocher, et le forme à l'arnaque.
Je ne me doutais pas, à cet instant, que j'allais commettre l'ouvrage le plus grinçant de ma carrière, m'enfoncer dans un conte de fées noir à vous en flanquer le vertige, et peut être même dépasser certaines limites.
Mais je ne regrette rien. Quand on est capable de tout il faut le prouver.
Après le caviar, on passa au poisson qui nécessita un Chablis sec et fruité. Ensuite, il y eut une pièce de bœuf puissamment arrosée de Chambertin.
Quand on servit le dessert accompagné d’un Yquem 67, Noémie comprit qu’elle était tout à fait ivre et eut du mal à s’en excuser, d’une voix savonneuse. Lady M. s’amusait beaucoup, assurant qu’elle aussi se sentait partie, ce qui, bien entendu, était faux.
Lorsqu’ils passèrent au salon pour le café, la vieille femme chuchota à Lambert :
— Ne fais donc pas cette tête d’enterrement, petit homme ; on dirait que tu rentres en clinique pour y subir une grave intervention !
— C’est un peu ce que j’éprouve, admit-il, penaud.
— Serais-tu une couille molle ?
Il haussa les épaules. Ce soir, Milady l’irritait par son numéro de séduction. Il la préférait typhon que zéphyr. Les éclats lui convenaient mieux que les fadaises. Lady M. pria Pompilius de brancher de la musique qu’elle avait préalablement sélectionnée. Des tangos très anciens, oubliés, mais dont elle se repaissait parce qu’ils lui rappelaient sa vie ardente. Elle se mit à les commenter pour son invitée.
— J’ai dansé ça au casino de Deauville, dans les années 30. J’étais, en ce temps-là, la maîtresse d’un grand avocat parisien dont le nom ne vous dirait rien mais qui tenait le haut du pavé à l’époque. Une gueule de tribun révolutionnaire. Quand il parlait, c’était du miel qui vous dégoulinait dans les oreilles. Et au lit, ce maître du barreau devenait Casanova ! Si je pouvais vous raconter ses initiatives incroyables ! Il avait les trouvailles démoniaques d’un Asiatique vicieux. Vous n’avez jamais fréquenté d’Asiatique, Noémie, ma chérie ? Ne ratez pas l’expérience si d’aventure l’occasion se présente. Côté membre, ce n’est pas Byzance, mais quelle technique époustouflante ! Oh ! il me vient une idée. Pompilius, vétuste polisson, vous devriez nous brancher cette cassette porno que nous avions achetée à Hong Kong. Vous allez avoir une idée de la question, Noémie. J’ignore si les protagonistes sont chinois, indonésiens ou malais, mais ce document mérite d’être visionné, comme l’on dit dans votre jargon.
— Croyez-vous que ce soit bien convenable, tout amour ? bafouilla le vieillard, effaré.
Lady M. s’emporta :
— Mais il devient pudibond, ce moribond en bleu croisé ! Pour qui prenez-vous Noémie, pour une oie blanche fraîchement sortie du couvent ? Vous n’êtes plus au siècle des Lumières, vieille baderne compassée !
Il sortit en maugréant. Pendant son absence, Lady M. fit placer Noémie sur le canapé, face au poste de télé, puis elle supprima elle-même toutes les sources lumineuses du salon, à l’exception d’une lampe en terracota, placée au fond de la pièce et dont l’abat-jour de parchemin rendait la clarté confidentielle.
Son dessein lui donnait de la vigueur. Elle se mouvait presque facilement, animée d’une gaieté factice de mère maquerelle préparant un coup délicat à l’intention d’un client privilégié.
« Vous êtes une diablesse, Milady. Une perverse, Il y a une haine fiévreuse dans vos préparatifs. Je ne me prêterai pas à votre triste jeu. C’est la cruauté de l’âge qui se manifeste. Vous jouissez d’organiser des plaisirs que vous ne pouvez plus éprouver. La nuit, il arrive que, dans mon sommeil, mon pied touche le vôtre. Aussitôt ce contact me réveille et je vous fuis à en tomber du lit. Votre chair est froide comme la mort ! Il faudrait vous jeter dans un brasier et que vous brûliez comme les sorcières au Moyen Âge. L’anéantissement par le feu est la seule fin envisageable pour vous ! »
Pompilius revint avec la cassette demandée et la brancha dans la mâchoire complaisante du magnétoscope.
— Assieds-toi près de Noémie, Lambert !
Un ordre ! Il quitta son fauteuil et obéit.
— Eteignez la dernière lampe, Pompilius !
Le vieux beau fit ce qu’elle lui demandait et resta à l’écart. Il pensait au moment où il avait dégusté cette jeune femme dans la Rolls. Une mélancolie le poignait. Lady M. avait pris place dans un fauteuil presque à côté du poste, perpendiculairement à ce dernier, afin de pouvoir regarder simultanément ou presque, l’écran et les spectateurs.
Une ambiance cafardeuse flottait dans le salon. Noémie, à travers son ivresse, comprit que tout cela avait été prémédité et qu’elle allait bientôt se donner en spectacle à ces vieux. En elle, quelque chose s’insurgeait, et elle se dressa avec l’intention de partir, mais Lambert la cueillit par la taille et la força à s’asseoir. Puis il l’embrassa sur la bouche. Alors elle céda au trouble perfide du moment. La cassette débutait par une scène de zoophilie. On voyait en gros plan un hideux chien pékinois enfouir son plat museau dans le sexe béant d’une matrone jaune, adipeuse. Tout de suite après, il y eut une effroyable sodomie de chevrettes par une horde de faux samouraïs en délire. Enfin les choses se calmèrent, on passa dans un univers neutre, fait de murs de papier blanc et de bambou, au sol jonché de nattes. Un jeune éphèbe en costume de danseur surgit. Une fille parut à son tour, alors que l’homme avait déjà commencé de danser. Elle était habillée en Thaïlandaise. Après quelques figures, ils arrachèrent une partie de leurs vêtements, et, par un habile agencement, se trouvèrent dénudés depuis le bas des cuisses jusqu’au nombril. On les avait épilés, ce qui rendait leur nudité brutale. Le sexe de la fille s’entrouvrait spontanément grâce à un jeu de contractions assez stupéfiant ; celui du garçon ressemblait à un bâtonnet parfaitement rond et droit, planté au bas de son ventre plat. Ces deux sexes avaient quelque chose d’intensément lubrique.
— Etonnant, n’est-ce-pas ? fit la voix flûtée de Milady. Vous allez voir : ce qui suit est prodigieux !
En effet, le couple adopta une position assez inhabituelle en amour : la fille se tint sur une seule jambe, le corps en arc de cercle, l’autre jambe haut levée, ce qui distendit les lèvres de son sexe. L’homme agit de même. En sautillant sur un seul pied, il vint se placer derrière sa partenaire et, sans s’aider de ses mains, la pénétra avec une aisance stupéfiante. Quand il se trouva en elle le couple se livra alors à un mouvement de va-et-vient étonnamment conjugué. Le réalisateur prit un gros plan de leur coït insensé. Le doux lamento de la femme ponctuait le lent développement de l’acte. Peut-être plus que la fornication elle-même, cette plainte de jouissance en forme de mélopée créait la lubricité de la scène.
— Un sommet de la volupté, n’est-ce pas ? chuchota Milady dans la pénombre.
Noémie respirait de plus en plus fort et, n’y tenant plus, elle posa une main affolée sur le pantalon gonflé de Lambert.
« Seigneur, ça y est, voyez comme elle a le feu aux miches, cette salope ! Boudin, va ! Elle doit se laisser grimper par n’importe qui, la conne ! C’est pas de la viande pour mon Lambert, ça, Seigneur, Vous Vous en rendez bien compte, Vous n’êtes pas tombé de la dernière pluie. Bon, que va-t-il lui bricoler, le dadais ? Certes, notre présence l’intimide, mais quand les sens sont portés à l’incandescence, la gêne, hein, Seigneur, Vous m’avez saisie ? Bon, il lui roule une pelle, il faut bien commencer par là. Le baiser, c’est la clé de sol de l’amour. Ce que j’aimerais prendre la langue de ce bêta dans ma bouche ! Elle doit avoir un goût délicieux. Bon, il lui a bouffé la gueule, et maintenant, qu’est-ce qu’il va lui faire ? C’est jeunot, ça manque d’invention. Deux doigts dans la chatte histoire de vérifier qu’elle lubrifie bien, je parie ? Tout juste ! Notez, Seigneur, que par-dessous la culotte, ce n’est pas dénué d’intérêt. Je ne sais pas si Vous l’aurez remarqué, Vous qui êtes un pur esprit, mon pauvre, mais l’étoffe est parfois un adjuvant puissant qui renforce le plaisir de la peau. Tenez, rappelez-Vous le capitaine de Saint-Priarche que je devais branler à travers son slip ; un grand maigre avec des favoris en pointe d’hidalgo. Son bonheur c’était de décharger dans ses hardes. Une fois arrivé à bon port, il avait pas l’air flambard, ça, je dois le dire ! Et après, que va décider mon cher ange ? Il ne va pas renifler ses doigts quand même ! Un peu de tenue, que diable ! Ou alors, on les lèche, ça fait plaisir à la dame ; ça traduit la confiance aveugle qu’on a en elle. Non : il ne les porte pas à son nez. Un bon point pour lui. Il n’y a pas à dire, Seigneur, quand on a été élevé chez les jésuites, il en reste toujours quelque chose. Mais qu’est-ce qui lui prend ? Il sort sa tige ! Il lui ouvre les jambes ! Je rêve, Seigneur ! Il ne va pas nous l’enfiler tout de go, comme un soudard ! Dites quelque chose ! »