Le clan de l'ours des cavernes
- Автор: Ауэл Джин М.
- Серия: Les enfants de la Terre #1
- Год: 2002
- Язык: французский
- Год: J'ai Lu
- ISBN: 2-258-05932-1
- Переводчик: Philippe Rouard
- Жанр: Исторические приключения
Электронная книга - «Le clan de l'ours des cavernes». Краткое содержание книги:
Les femmes étaient censées se montrer dociles, soumises, modestes et humbles, et le jeune homme considérait comme un affront personnel l’absence de toute servilité chez Ayla. Cela représentait une menace pour sa virilité. Il l’observa attentivement, afin de discerner ce qu’il y avait en elle de changé, et lui envoya même quelques calottes, rien que pour voir sa peur et pour l’humilier.
Ayla s’efforçait d’obéir aussi vite que possible aux ordres de Broud. Elle n’avait pas conscience de sa liberté d’allure et de son aisance, acquises à arpenter les forêts et les prés, de son attitude fière, née des exploits récents dans l’art de manier la fronde mieux que son jeune rival, et de la confiance en soi qu’elle gagnait chaque jour davantage. Elle ne comprenait pas pourquoi Broud s’en prenait si souvent à elle, et Broud lui-même aurait été incapable de dire en quoi elle le dérangeait tant.
Le souvenir cuisant du jour où elle avait usurpé à son profit l’attention générale y était pour quelque chose, mais la raison véritable résidait dans son origine étrangère, dans sa naissance chez les Autres. Elle représentait une nouvelle race, plus jeune, plus vigoureuse, plus dynamique, moins conditionnée par les acquis de la mémoire. La morphologie même de son crâne annonçait une nouvelle intelligence. Il naîtrait de son cerveau des idées comme le Peuple du Clan ne saurait même en rêver. La race d’Ayla appartenait à l’avenir, celle du Clan était déjà du passé.
Broud sentait de façon inconsciente et profonde la différence de leurs destins. Ayla constituait non seulement une menace pour sa virilité mais pour son existence même. Sa haine à l’égard de la fillette était celle de l’ancien pour le nouveau, de la tradition envers l’innovation, de ce qui meurt envers ce qui vit. La race de Broud était trop statique ; elle n’évoluait pas. Quant à Ayla, elle représentait une nouvelle expérience de la nature, et en essayant de modeler son comportement sur celui des femmes, elle ne faisait qu’adopter une façade. En fait, elle essayait de découvrir le moyen de satisfaire un profond besoin qui cherchait à s’exprimer et, au fond d’elle-même, elle était déjà entrée dans la voie de la révolte.
Par une matinée qui s’était révélée particulièrement éprouvante pour elle, Ayla alla se désaltérer à la petite mare. Les hommes s’étaient réunis de l’autre côté de l’entrée de la caverne pour organiser la prochaine chasse. Ayla en était heureuse, car ainsi Broud ne serait pas là pour la harceler comme il prenait plaisir à le faire. Pourquoi fait-il toujours appel à moi pour les corvées ? Et j’ai beau m’exécuter du mieux que je le peux, il n’est jamais satisfait. Comme j’aimerais qu’il me laisse tranquille !
— Aïe ! s’écria-t-elle involontairement, surprise par la violence du coup que Broud venait de lui porter.
Tout le monde se tourna vers elle, puis regarda aussitôt ailleurs. Quand on est presque une femme, on s’abstient de crier quand on reçoit une taloche.
— Espèce de paresseuse ! A quoi rêvassais-tu, assise à ne rien faire s’exclama Broud. Je t’ai demandé de nous apporter à boire et tu n’as pas obéi. Pourquoi faut-il qu’on te le dise deux fois ?
Une bouffée de rage envahit Ayla. Elle s’en voulait d’avoir crié, de s’être humiliée devant tout le clan. Elle se leva, mais au lieu de bondir sur ses pieds, prompte à obéir, elle prit tout son temps et, jetant à Broud un regard noir, elle se mit en devoir d’apporter à boire aux hommes, muets de stupeur. Comment osait-elle se montrer si insolente ?
Donnant libre cours à sa colère, Broud se jeta sur elle, la fit pivoter et lui envoya en plein visage un coup de poing qui la projeta à terre. Il lui asséna un autre coup violent tandis qu’elle roulait en boule pour tenter de se protéger. Aucune plainte ne sortit de sa bouche, bien que le silence ne soit plus de rigueur en de telles circonstances. La fureur de Broud croissait avec sa violence ; il voulait l’entendre crier et, aveuglé par la rage, il fit pleuvoir sur elle une volée de coups féroces.
Se cuirassant contre la douleur, elle serra les dents, résolue à ne pas lui concéder ce plaisir. Mais au bout de quelques instants, elle n’était même plus en mesure de hurler.
Lentement, à travers le voile rouge qui l’aveuglait, elle prit vaguement conscience qu’on avait cessé de la battre. Elle sentit Iza l’aider à se relever et, en s’appuyant sur elle de tout son poids, elle tituba, à moitié évanouie, jusqu’à la caverne. Elle éprouva une vague sensation de bien-être quand la guérisseuse lui appliqua des cataplasmes et, avant de sombrer dans le sommeil, elle sentit confusément qu’on lui faisait absorber un breuvage amer.
A son réveil, la faible lueur de l’aube soulignait à peine le contour des objets familiers. La fillette essaya de se redresser, mais tout son corps se rebella, lui arrachant un gémissement qui réveilla Iza. La guérisseuse fut aussitôt auprès d’elle, les yeux pleins d’inquiétude et de compassion. De sa vie, elle n’avait vu quelqu’un se faire corriger aussi sauvagement. Son époux, même dans ses pires moments, ne l’avait jamais pareillement battue. Iza était convaincue que Broud l’aurait tuée si on ne l’en avait empêché à temps. C’était une pénible scène qu’elle n’était pas près d’oublier.
A mesure que la mémoire lui revenait, Ayla se sentait envahie par la peur et la haine. Elle savait qu’elle n’aurait pas dû faire preuve d’une telle effronterie, mais jamais elle n’aurait imaginé une réaction aussi violente. Pourquoi donc Broud en était-il arrivé à cette extrémité ? Ce matin-là, Brun était en colère, d’une colère froide qui incita chacun à l’éviter autant que possible. S’il désapprouvait l’impudence d’Ayla, la réaction de Broud ne lui déplaisait pas moins. Broud avait eu raison de corriger la fillette mais avait largement exagéré l’ampleur de la punition. Il n’avait même pas répondu à Brun qui lui ordonnait d’arrêter ; il avait fallu que Brun l’écarte de force. Mais il y avait plus grave : Broud avait perdu son sang-froid d’une manière indigne d’un homme, à cause d’une femme, à cause d’une fillette un peu trop effrontée.
Après l’éclat de Broud à la clairière, Brun avait pensé que le jeune homme ne se laisserait plus aller à de tels excès. Or, il venait de récidiver plus gravement encore. Et pour la première fois, Brun commença à se demander, la mort dans l’âme, s’il serait sage de remettre à Broud la direction du clan. Plus que le fils de sa compagne, Brun était persuadé que Broud était une émanation de son propre esprit et il l’aimait plus que la vie même. Peut-être l’avait-il mal élevé ? se demanda-t-il, prenant sur lui les défauts du garçon. Peut-être s’était-il montré trop tolérant à son égard ?
Brun laissa couler plusieurs jours avant de parler à Broud, afin de bien réfléchir à tout ce qu’il devrait lui dire. Broud passa tout ce temps dans un état d’intense agitation, quittant à peine son foyer, et ce fut avec un réel soulagement qu’il vit Brun lui faire signe de le suivre. Il ne redoutait rien autant que la colère de Brun, et ce ne fut pas sans stupeur qu’il vit celui-ci lui exposer le fond de sa pensée avec des gestes simples et calmes. Se déclarant personnellement responsable des erreurs du fils de sa compagne, il se présenta à lui non comme le chef redoutable que le garçon avait toujours craint et respecté, mais comme un homme aimant et profondément déçu. Broud se sentit envahi de remords.
Puis il perçut une froide détermination dans le regard de Brun qui, à contrecœur, se devait de faire passer en priorité le bien de son clan.