Dominium Mundi. Livre II
- Автор: Baranger François
- Серия: Dominium Mundi #2
- Год: 2014
- Язык: французский
- Год: Critic
- ISBN: 979-1-090648-18-0
- Жанр: Космическая фантастика
Электронная книга - «Dominium Mundi. Livre II». Краткое содержание книги:
« Il a raison, admit-il. Si l’un de vos gardes repérait par hasard un éclaireur, il devrait être capable de le neutraliser avant qu’il ne vous signale.
— De l’abattre », fit Liétaud pour enfoncer le clou.
L’air dépité, Albéric hocha la tête.
« Hier, lorsque vous m’avez capturé, je n’ai même pas été capable de me défendre. Je crois que j’ai même réussi à me désarmer tout seul ! »
Bien qu’il ait parlé sur le ton de la plaisanterie, personne n’avait le cœur à rire.
« Que faire alors ? s’exclama Silvio, agacé par ce soudain accès de pessimisme. Nous ne sommes pas des soldats entraînés, bene ! Nous le savions déjà. Ce n’est pas une raison pour baisser les bras ! Nous n’allons tout de même pas nous rendre aux militaires sous prétexte que nous ne serions pas capables de, euh … di uccidere un esploratore ! Nous avons tout de même réussi à nous évader, alors nous ne devons pas être aussi … inutili que ça.
— Nous pouvons peut-être vous apprendre quelques rudiments de combat », proposa Liétaud.
Tancrède le regarda, à la fois surpris et content de voir que son ami, qui décidément l’étonnait toujours, ne nourrissait pas de préjugé envers les inermes. Il était certain qu’aucun autre super-guerrier ne se serait jamais abaissé à partager son savoir avec des classes zéro.
« Vous feriez cela ? demanda Pascal, incrédule.
— Oui, répondit Liétaud sans hésiter. Si vous le demandez.
— Bien sûr que nous le demandons ! » s’exclama Albéric, visiblement soulagé. Tous les autres approuvèrent en souriant comme si on venait de leur ôter un poids important.
Tancrède comprit alors qu’au-delà de la posture de rebelles que ces hommes et ces femmes prenaient afin de se donner un peu de courage, ils étaient en réalité désespérés. Aucun ne se faisait d’illusion sur leurs chances de survie et encore moins sur leurs chances de retour. Alors que le statut d’enrôlé de force ne leur laissait déjà guère d’espoir de connaître une vie meilleure, devenir des évadés leur avait ôté l’espoir d’en avoir simplement une.
« Vous pourriez vous battre… », murmura-t-il.
Le front baissé, les yeux dans le vague, Tancrède avait pensé à voix haute. Il releva la tête et croisa des regards interrogateurs.
« Nous pourrions nous battre, répéta-t-il un peu plus fort.
« Tu veux dire que vous allez nous apprendre à tirer, corrigea Silvio. Oui, c’est ce que Liétaud vient de nous dire.
— Non, pas seulement. Vous pouvez… Nous pouvons faire davantage. Si nous voulons changer notre avenir, nous devons combattre. »
Liétaud, qui de toutes les personnes présentes était celui qui connaissait le mieux le Normand, sembla soudain inquiet.
« Je croyais que tu plaisantais hier lorsque tu as dit qu’attaquer la Nouvelle-Jérusalem ne serait peut-être pas une mauvaise idée…
— Non, bien sûr qu’il n’est pas question d’attaquer la Nouvelle-Jérusalem à nous seuls. Néanmoins, il est possible de faire quelque chose contre cette guerre absurde. Nous pouvons tenter de trouver leur point faible, leur talon d’Achille, et les faire plier.
— Excuse-moi, soldat, mais c’est ton idée qui est absurde ! intervint Pierre Sanche. Ce que tu dis est insensé. Le mieux pour nous est de trouver un endroit où nous installer, meilleur qu’ici et surtout, beaucoup plus loin, puis essayer de s’habituer à cette foutue planète.
— Ne soyez pas naïfs ! Une fois les combats terminés, ils ratisseront cette “foutue planète” tant qu’ils ne vous auront pas trouvés. Vous avez déserté ; ils ne peuvent laisser un tel crime impuni. Le répit dont vous bénéficiez à cause de la guerre ne durera qu’un temps. »
Tancrède soulignait ses paroles en martelant la table de son index tendu.
« Ne croyez pas que vous fonderez une colonie ou quelque chose dans ce genre, ils ne vous laisseront jamais faire ! »
À voir les mines déconfites des inermes, Tancrède comprit que c’était plus ou moins ce qu’ils projetaient sans oser l’avouer.
« Par ailleurs, ce n’est pas comme ça que vous vous donnerez une chance de rentrer chez vous. Or, je crois que ce n’est pas impossible. »
Alors qu’il n’avait rien dit au cours de la réunion, Abel Doron, l’un des nouveaux venus à l’état-major, répliqua, non sans colère :
« Arrête ! C’est un mensonge et tu le sais ! »
Tancrède battit des paupières.
« Pourquoi ?
— Jamais nous ne rentrerons chez nous, tu cherches à nous tromper pour parvenir à tes fins. Tu as peut-être besoin de te racheter une conscience pour tous les Atas que tu as assassinés, mais je ne vois pas au nom de quoi tu nous entraînerais dans ta revanche personnelle contre l’ECM ! »
Tancrède ouvrit la bouche pour répondre, mais rien ne vint. Ce que venait de dire cet homme était injuste et blessant, cependant il ne put s’empêcher d’y voir une part de vérité. Un silence gêné s’installa.
Albéric, qui observait Abel comme s’il venait de comprendre quelque chose, intervint d’une voix calme, mais parfaitement déterminée.
« Si Tancrède pense que c’est possible, alors je le crois. »
Cette déclaration parut faire de l’effet sur l’assistance. Albéric, l’esprit le plus pragmatique et obstiné parmi les évadés, accordait du crédit à ce que venait de dire ce Méta-guerrier, alors cela valait la peine d’y réfléchir. Bien qu’il s’abstînt de répondre, Abel eut un geste qui signifiait clairement : « Si vous êtes tous devenus fous, tant pis pour vous ! »
Pensant lui aussi qu’il était préférable de ne rien ajouter, Tancrède rendit son regard à Albéric en espérant qu’il ne le décevrait pas une seconde fois.
Comme pour tous les barons de la croisade, les quartiers de Godefroy de Bouillon étaient construits en dur, dans une zone un peu à l’écart de l’agitation permanente du reste du camp. Trois bâtiments de thermo-béton contenant chacun une dizaine de pièces et reliés entre eux par des passerelles couvertes.
Ce n’était ni très spacieux, ni très confortable en comparaison de n’importe quelle demeure digne d’un duc sur Terre, mais rapporté aux standards de la Nouvelle-Jérusalem, c’était un palais. Sachant dans quelles conditions vivaient les troupes, à quarante dans des baraquements tout juste climatisés, Godefroy en éprouvait parfois quelque gêne. Toutefois, un duc devait se conformer aux standards aristocratiques s’il voulait être pris au sérieux. De toute façon, étant donné qu’il passait le plus clair de son temps sur le front, il avait peu l’occasion d’y séjourner. Ce soir-là, justement, il s’apprêtait à y passer la nuit.
Le matin même, alors qu’il était encore sur le terrain, il avait reçu un fort curieux message. Un page était venu incognito dans l’une des barges de transport lui apporter discrètement un message de Pierre l’Ermite. Une lettre écrite à la main !
Il en avait deviné la teneur avant même de l’ouvrir. Si l’on s’abstient de passer par le réseau officiel de communications, il est probable que l’on tienne à ce que cela reste secret. Et en effet, le guide spirituel de la croisade l’informait qu’il souhaitait s’entretenir avec lui, seul et dans la plus grande discrétion. Il suggérait même que le duc de Basse-Lorraine rentre au plus vite à la Nouvelle-Jérusalem et demande à être entendu en confession à la cathédrale en prétextant que son propre confesseur se trouvait indisposé. Comme par hasard, Pierre se chargerait volontiers de cette tâche.